LE CARNAVAL

Publié le par N.L. Taram

Notre ami Matthieu, toujours passionné par l'écriture, m'a adressé un texte concernant le carnaval de Bergues. Ayant passé ma jeunesse en Occitanie et, ensuite, un demi-siècle en "Maohinésie", j'ai été surpris, curieux et intéressé par le déroulement de cette fête chez les Ch'timis, habitants du "grand nord" de la France.

J'en ai fait la lecture à ma douce Maiarii qui, elle aussi, a été surprise de voir comment s'amusaient les ancêtres de son arrière grand-mère (eh oui ! on peut s'appeler Taruoura et avoir des ancêtres ch'timis)

 

Bergues est une commune française située dans le Blootland à environ 10 kilomètres au sud de Dunkerque. En fait dans ce texte, il est question de la "Bande de Bergues" qui participe activement à l’ensemble des festivités qui ont lieu dans l’agglomération dunkerquoise, connues sous le nom de "Carnaval de Dunkerque".

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bergues#Culture.2C_folklore_et_traditions

 

Le carnaval de Dunkerque >>>

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Dunkerque

 

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Candide était venu passer le carnaval à  Venise. 255 ans plus tard, début avril, j'étais à  Bergues !

 

"Au carnaval, tout le monde est jeune, même les vieillards. Au carnaval tout le monde est beau, même les laids." Nicolaï Evreïnov, dramaturge russe (1879-1953)

 

Dimanche 6 avril, l'heureuse surprise. La matinée qui s'est bien passée avec les filles tend à  sa fin et préfigure une calme après-midi. Toutefois, une option que je n'ose encore imaginer sérieusement n'arrête pas de me courtiser. Deux jours auparavant, d'une discussion anodine à  l'école entre collègues en pause, une idée de sortie post-inspection (donc festive) a surgi parmi d'autres : le carnaval de Bergues, l'un des tous derniers de la saison ; ça serait mon premier. 11h50. Matthieu, je me dis, il est temps de faire des choix, disons plutôt de les soumettre à  l'autorité compétente au sein de ton couple. Je tâte le terrain : arguments, thèse, antithèse. Je prends mon téléphone pour un, puis deux coups de fils : une défection (sic), et sans lien, une place dans une voiture, (re)concertation familiale (je préfère redemander), synthèse ... (suspense) ... ticket de sortie accordé ! Cool, c'est parti mais ma joie à  peine éclose est de courte durée... Je suis sans habit ! A mon cher collègue L. je suis prêt à  confirmer ma présence (3ième coup de fil) si ma nud(ll)ité face à  l'évènement qui s'annonce n'est pas rédhibitoire. L. est un homme génial. Fondamentalement. Là, par exemple, il me rassure. On trouvera bien quelque chose pour me couvrir, on avisera, ne ternissons pas un enthousiasme naissant qui ne demande qu'à  s'épanouir...

 

1ière étape, le bon wagon. Chez C. une proche amie de L. tout aussi sympathique (mais est-ce vraiment une surprise ? Les gens biens s'attirent, ça doit être une loi physique universelle), une pause café, puis la route jusqu'à  un patelin dans les Flandres près d'Hondschoote pour retrouver d'autres amis : c'est la 2ième étape. (à  propos, ne pas  prononcer "on s' shoote" mais "Honne ts- côte"sinon vous déclencherez les rires des autochtones, comme moi dans la voiture en repartant)

 

2ième étape, la prise de fonction. Nous sommes accueillis à  la bonne franquette par des carnavaleux déjà  fin prêts, tout en beauté, en train de déguster la fine fleur de la bière locale.

Introduit par mon collègue (je ne connais personne), F. et S. les hôtes et les autres, savent tout de suite mettre à  l'aise. Je peux me servir en bières comme en fringues. Au sens strict, cette maison n'est pas une "chapelle", mais l'esprit est là. Les "chapelles" ce sont ces habitants qui bouleversent leur séjour plus vite que D&Co le jour du carnaval pour accueillir très généreusement des carnavaleux invités (qu'ils connaissent, quand même, on ne rentre pas comme ça) pour une grosse halte "restaurative" avant de parcourir la ville, contre chants et bonne humeur.

Je prends donc une gueuse pour m'encourager mais le temps passe... Aller, y a pas, faut que j'me fasse beau (ou belle !) Dans le salon sont dispersées des fringues disparates, difficile de faire un choix dans cet amoncèlement hétéroclite. Il y a des fourrures, des écharpes, des bodys, des chandails, des jupes, des collants, des perruques aux couleurs chatoyantes ... ou repoussantes selon.

J'hésite, je me regarde dans la glace, je teste, j'arrange. Au final, l'ensemble est incongru, disons que je ... ne ressemble à  rien. Bref même sans expérience, c'est plutôt pas mal ! Enfin je crois. Je porte un pantalon élimé aux motifs géométriques colorés mais ternes qui siérait bien à  un clown fatigué, le haut rehausse quelque peu le bas avec un body vert fluo et une écharpe jaune canari, mais un gilet (de) brun qui fait tâche, flingue le mariage des trois. Enfin une tignasse blanche et bouclée qui me vieilli parachève le naufrage. Je me tourne alors vers mon collègue. Je ne dis rien mais je suis presque jaloux, il est beaucoup plus sexy avec sa minijupe épaisse sur collants troués, sa fourrure bleu marine sur son body rose bonbon. Avec sa chevelure de la même couleur, il peut maintenant faire le geste de celles qui le valent bien alors que dans la "vrai" vie, quand je le vois tous les matins, il est coupé court; oui, ça tranche. J'adore cette métamorphose, je lui ferais bien un bécot tellement il est beau (c'est bien sûr du second degré mais, je ne suis pas au bout de mes surprises .... ne brûlons pas les étapes !) Il lui manque une belle poitrine pour être vraiment torride mais, est-ce un choix personnel !? le manque de temps ou d'accessoires ? Je m'aperçois en écrivant, que j'ai oublié de lui poser cette question freudienne. Après cette description, vous vous demandez peut-être pourquoi le carnavaleux du Nord est souvent travesti. Les origines du carnaval de Dunkerque, le plus célèbre dans la région et peut-être l'un des plus anciens, remonte au XVIIième siècle, un temps où les armateurs offraient aux marins-pêcheurs, avant de partir pour 6 mois de pêche à  la morue en Islande, un repas et une fête ainsi que la moitié de leur solde qui j'imagine, commençait à  être entamée le jour même. Faut dire que les temps étaient durs et qu'une partie d'entre eux ne revenaient malheureusement pas toucher l'autre moitié (sic). Les valises étant déjà  prêtes et embarquées, les hommes empruntaient donc pour faire la fête les habits de leur femme... Après, disons que le carnaval est l'occasion de laisser libre cours à  son imagination... Toujours est-il que pour la confection de leur "clet'che" (leur déguisement), que beaucoup d'habitués gardent d'ailleurs d'une année sur l'autre, les carnavaleux rivalisent d'ingéniosité.

LE CARNAVAL

Niveau maquillage, L. et moi, là  c'est sûr, n'avons plus le temps. On rate déjà  le lancer de fromages (l'une des spécialités de Bergues, plus léger que le Maroilles, parait-il) du balcon de l'hôtel de ville. Alors on va tous les deux se contenter du minimum, l'essentiel. Ne pratiquant pas le rouge à  lèvres après le rasage le matin, j'ai préféré demander à  une des jeunes femmes du groupe, plus expérimentée que moi, qu'elle m'applique le stylo feutre avec doigté. J'avoue que la sensation, si étrange soit-elle, n'est pas désagréable. On s'embellit d'un coup. Je n'irais pas jusqu'à  dire pour autant que je me sente plus femme. L. et moi, on a toujours une démarche, des tapes sur l'épaule, des exclamations bien masculines quand, quelques km plus loin à  peine, arrivés à  Bergues, nous nous dirigeons avec le groupe vers le centre et affrontons le regard des autres carnavaleux.

 

3ième étape, le déambulage dans les rues de Bergues. On ne croise que des gens déguisés, la ville est noire de monde, mais cette expression porte ici mal son nom. Tous les nouveaux arrivants convergent comme nous vers la grand place, avec son beffroi vu par des millions de spectateurs le temps d'un film !

LE CARNAVAL

Aux quatre coins de la place, les bars ont disposés des comptoirs en terrasse et les gens viennent commander, généralement des blondes servies dans des gobelets en plastique. Il y a des ambiances musicales différentes, les gens se déplacent, discutent, boivent et dansent sur la place mais aussi dans les rues aux alentours. Mon collègue se laisse tenter par un pas collectif, qu'il ne connait visiblement pas sur le bout des orteils mais spontanément, une jeune femme vient le guider dans un naturel souriant et communicatif. Ils sont beaux tout(e)s les deux, le temps d'une danse. Passé le morceau, on ne se reverra plus de la journée. C'est une anecdote parmi tant d'autres. Dans l'après-midi, j'échangerai moi-aussi quelques mots d'humour avec des parfait(e)s inconnu(e)s.

L'ambiance est à  la rencontre décomplexée, détendue et sympathique, même si la plupart du temps nous restons en groupe pour éviter de se perdre dans ce flot coloré et joyeux.

 

Intermède. Tout ce que j'étais en train de vivre était déjà  assez improbable. Mais... En ce milieu d'après-midi, vint le "Zeut'ch'" ! A l'insu de mon plein grès.

Ce nom étonnant cache en fait une réponse pratique à  une question simple (et inversement). Comme tous les carnavaleux sont (normalement) maquillés et que les bises risquent de faire couler le maquillage, comment se dire bonjour !? L. m'appelle, il venait de rencontrer deux jeunes femmes et quand j'arrive à  leur hauteur, je n'entends que la fin de leur conversation en cours, à  savoir que c'était mon premier carnaval... C'est alors qu'une des deux jeunes femmes souriantes me présente ses lèvres en cul de poule, sans doute plus prise de pitié pour le novice que j'étais que d'un soudain désir pour ma personne et malgré moi, poli par mon éducation, je ne peux que baisser la tête, mon champs d'horizon s'étant brusquement réduit à  cette invitation à  ... respecter les coutumes locales, à  mieux me fondre dans la masse, à  participer à  cette liesse commune (oui bien sûr Matthieu, t'enfonce pas va !). Mes lèvres étant fidèles depuis le Noël de mes 20 ans, ce contact même brut de fonderie, même très bref, me fait l'effet d'une grenaille qu'on dégoupille, et mon cœur frisant la crise cardiaque, je m'éloigne d'un pas diligent du lieu du crime pour éviter la déflagration tandis que mon collègue, carnavaleux de souche, sans oublier de dire au revoir aux demoiselles, (et vous imaginez de quelle façon !), me rejoins pour me taquiner gentiment, genre tu vas t'en remettre gamin !

 

Non, je n'ai pas de photos souvenirs de cette journée (!) encore moins de cette rencontre sans lendemain. Petite précision pour calmer le pouls de certains d'entres vous ...

LE CARNAVAL

Le zeut'ch n'a pas de sexe, homme, femme, jeune, vieux... Je rappelle que c'est une salutation et normalement, le zeut'ch d'un(e) carnavaleus(e) ne se refuse pas !

LE CARNAVAL

Plus sérieusement, il ne faut pas imaginer que les gens s'embrassent à  tout bout de chant ! Les fêtes de Carnaval ne sont pas des bacchanales. Pas de débordements et puis, le vin ne coule pas à  flot... Juste la bière (sic), ça nous amène doucement à  la 4ième étape !

 

4ième étape, la pause, le parc. Boire, danser, marcher, boire... ça fatigue. Direction le parc du centre-ville, pour se poser. Tiens surprise, un autre bar ! de campagne pourrait-on dire alors. Ambiance toujours bonne enfant. La bière n'est pas forte, mais pour autant, prenant la voiture, même beaucoup plus tard dans la soirée et pour quelques km seulement, je suis très vigilant. En fait, j'arrête tout à  ce niveau et me venge sur mon collègue qui ne la prend pas lui... Je lui paye des coups ! Le problème c'est que d'autres dans le groupe ont la tournée facile et très généreuse. Si on ne fait pas gaffe, on peut se retrouver avec un verre à  la main, verre que je redonne ou offre aux autres certes avec un petit pincement mais néanmoins avec plaisir. Dans ce domaine, au moment du rigodon (la phase finale de la journée qui tient autant de la mêlée de rugby que de la danse folklorique, mais patience j'y reviendrai), ce fut le pompon. En effet, une femme qui en sortait tomba à  mes pieds. Avec C. et J. du groupe, on l'aide à  se relever, on lui demande des nouvelles et on se met à  discuter. Elle part et revient avec des verres (!?) pour nous remercier ! Les filles et moi refusons poliment mais pas de souci, ce sera pour L. ! Je me retrouve donc avec trois verres à  garder sous le coude, pas facile dans cette foule mouvante. Bien sûr, au rythme des consommations, au parc déjà, quelques carnavaleux piquaient un peu du nez, mais l'homme (généralement) qui s'est laissé abusé par la gueuze n'est pas jugé ici, il fait partie du décor, les copains veillent d'un œil, la Croix-Rouge aussi. Notre groupe ayant choisi un coin de base dans le parc, je m'étais autorisé un tour. C'est grisant même en étant sobre tous ces gens déguisés réunis avec ces fanfares improvisés, ces chants. On a dû rester plus d'une heure là -bas peut-être deux, mais c'est un peu flou. Puis, un mouvement s'est dessiné. Il était temps de redescendre la rue pour retrouver la place, bras dessous bras dessus, c'était l'heure, l'heure du rigodon !!

 

Dernière étape, le rigodon. Au début je tenais des verres comme je le racontais juste avant et restais dans un rôle de spectateur curieux. Des hordes de guerriers en tenue d'apparat, sans lance mais pas sans parapluie tournaient autour des musiciens installés sur la rotonde. Je ne faisais pas attention aux paroles des chants mais on aurait pu aller bouter les anglais sans problème, tant nos chevaliers semblaient galvanisés par la musique. Puis, de plus en plus frustré de ne pas participer à  cette joyeuse bataille assaisonnée aussi de chansons plus paillardes, sans pouvoir de surcroit, boire les verres que je tenais, je demandais à  la dame du bar préposées aux frites de me les garder sur le côté (ce qu'elle fera !). Je partis à  la recherche de L., qui en fin connaisseur, trouverait surement le moyen de me réintégrer dans sa "ligne" de "bande" pour que je profite du "chahut" (tous les détails techniques à  la fin du mail), je profitais d'un espace (voir la photo ci-dessous pour mieux percevoir la situation) pour rejoindre la rotonde, l'œil du cyclone, pour être aux premières loges, près des cuivres et des grosses caisses. J'en prenais plein les oreilles, tout en évitant, derrière un pilier les vagues successives qui s'ébrouaient à  quelques cm de moi. Je tentais d'apercevoir mon cher collègue ou plutôt sa perruque rose bonbon pour le rejoindre.

LE CARNAVAL

Heureusement pour moi, je ne le retrouvais pas. En effet, ce projet (je m'en rendrais compte une fois dans la fosse, arrimé dans les règles de l'art), n'était que pure folie. Tout d'un coup, le premier homme d'une des lignes prit mon bras droit pour le caler au sien, et je fus alors enchaîné à  une douzaine de galériens, à  vue de nez, parce qu'il faut très vite regarder devant soi.

J'essayais, malgré ma méconnaissance des rythmes, des chants qui prédisent quand on doit avancer ou pas, le plus possible d'éviter le contretemps pour ne pas risquer de tomber ou/et me faire marcher dessous. L. connaissant ma fougue pour les expériences exotiques m'avait prévenu, surtout, ne pas se lâcher, sous aucun prétexte, même si les carnavaleux crient quand il y a une chute et qu'alors tout le monde s'écarte. Parfois, on est tellement compressé qu'on en touche plus terre, on lève les yeux vers les musiciens en ciré jaune comme un navigateur garde le cap grâce au phare au plus fort de la tempête. Tout ça, j'ai pu le vérifier

LE CARNAVAL

Ci-dessous, un aperçu (haut) en couleur et en musique de 7 min environ, entrecoupé de deux trois explications techniques.

 

Quelques tours seulement (j'étais rentré tardivement dans cette mer agitée) puis la foule s'agenouille comme un seul homme.

Tel un preux, euh... plutôt, tel un pieux chevalier, je m'exécute, gardant ma main droite dans celle de mon camarade à  la voix de ténor. C'est le dernier chant, l'hymne dunkerquois, la Cantate à  Jean Bart, ce célèbre corsaire au service de la France sous Louis XIV. A genoux, les bras tendus vers le ciel, la foule entonne le premier couplet qui résonne aux quatre coins de la place, à  l'unisson.

 

Jean Bart, Jean Bart, salut à  ta mémoire

De tes exploits, tu remplis l'univers ;

Ton seul aspect commandait la victoire,

Et sans rival tu régnas sur les mers...

Et moi dans tout ça !? J'ai l'impression d'être le seul à  ne pas connaitre cet hymne, je me fais discret mais ça n'empêche, j'ai des frissons partout. D'une certaine façon, je communie avec la foule, ça bouge de l'intérieur !

 

Me sentant adoubé, je sais déjà, j'en ai la certitude avant de me relever, mais seulement si ma chérie m'y autorise de nouveau, je reviendrai l'année prochaine ici ou dans une autre ville flamande.

Pour revivre un moment hors norme qui se fout pas mal des différences et des conventions sociales, qui peut sans doute arriver à  faire oublier à  chaque carnavaleux, le temps d'une journée au moins, les soucis divers et variés que la vie sait si bien distribuer. Mais alors, le carnaval ne serait-il qu'une échappée très festive d'un quotidien parfois morose, qu'un gros défoulement même quand tout va bien ? Ce serait déjà  pas mal mais j'y vois quelque chose de plus grand, peut-être notre humaine propension à  faire des rêves ... de vie où les gens se rencontreraient, s'amuseraient, sans rien attendre d'autres de ces rencontres chaleureuses que le plaisir de les vivre à  fond, gratuitement et ... nos tentatives de les vivre. Faire le carnaval, c'est quelque part, participer à  une utopie, extraordinaire et éphémère. Je ne suis pas dupe. Déjà, en se démaquillant le soir, en mangeant un morceau autour de la table, les gens reprennent des discussions autour de leur travail, leur famille, qu'ils vont retrouver, ils pensent inévitablement au lendemain... On va bientôt se quitter, la parenthèse est fermée, mais au final, ne vit-on pas une vie pour, même rarement, vivre ces moments-là  !?

 

La prochaine saison, vous viendrez !? On trouvera une place dans une voiture !

 

Bien chaleureusement,

M.

Ps : encore un grand merci à  L., C., F. & S. qui ont rendu possible mon premier carnaval et fait de cette journée un dimanche inoubliable !

 

Ps n°2 : intégrer une bande ! Quelques règles à  respecter ...

a) La base de la bande c'est la « ligne ». Lorsque la bande défile dans les rues, cela correspond à  un alignement de carnavaleux qui occupe grosso-modo la largeur de la chaussée. Lorsque la bande est au rigodon ou lors d'un bal, la ligne correspond au rayon entre le kiosque (ou l'élément central) et les obstacles extérieurs (arbres, scène, spectateurs,...). Pour la réussite des chahuts et la sécurité de chacun, les lignes doivent être entières, c'est-à -dire qu'elles doivent s'étendre sur toute la largeur et les carnavaleux qui la compose doivent se tenir « encouder » même si on ne connait pas son voisin de gauche ou de droite.

b) On distingue les « premières lignes » qui ont pour objectif de retenir la bande alors que les autres « lignes » ont pour objectif de pousser. Les « premières lignes » ne sont généralement pas accessibles aux novices en raison de leur importance capitale (si elles s'écroulent pendant un chahut, les autres lignes s'effondrent également).

c) Lorsque les fifres jouent, la bande avance tranquillement, il ne faut pas pousser les personnes devant soi. Lorsqu'un chahut se termine, les fifres reprennent directement, cependant en raison de la « décompression », il est probable que les « lignes » reculent, il faut alors également reculer si nécessaire et ainsi ne pas entraver le mouvement global, puis repartir vers l'avant.

d) Lorsque les fifres s'arrêtent et que le reste de la musique se met à  jouer, il y a un chahut. Cependant, on pousse en « ligne », c'est-à -dire avec le torse (en étant toujours accroché avec son camarade de gauche et celui de droite) et non en poussant avec les mains dans le dos du carnavaleux de devant.

e) La seule zone où les carnavaleux ne doivent pas se trouver, c'est entre les musiciens et la « première ligne ».

f) On ne sort pas de la bande en plein chahut, c'est totalement impossible, il faut attendre la fin d'un chahut et crier « sortie », puis sortir du côté le plus court lors d'une bande, et du côté extérieur lors d'un rigodon/bal. Lorsqu'une personne crie « sortie » devant un carnavaleux, il convient de la laisser sortir en retenant les carnavaleux qui poussent derrière soi. Si une personne crie « sortie » sur l'un des côtés, le carnavaleux libère son bras dès que possible et une fois la personne partie s'accroche à  un autre carnavaleux de la même ligne.

g) Si un carnavaleux tombe dans la bande, il ne doit pas tenter de s'accrocher au carnavaleux devant lui (il risque au mieux de l'entrainer dans sa chute). Lorsqu'une ou plusieurs personnes tombent, les carnavaleux autour d'eux crient « chute », tous ceux autour des personnes tombées retiennent alors les lignes devant ou derrière elles pour éviter que d'autres tombent. Les carnavaleux les plus proches doivent relever les personnes tombées le plus rapidement possible. Le risque de chute est diminué si les carnavaleux sont bien accrochés.

h) Le port de chaussure de sécurité est conseillé, en raison de la proximité des jambes lors des chahuts, il arrive très fréquemment de se faire marcher sur les pieds. Par contre, il faut éviter au maximum de donner des coups dans les jambes.

Publié dans Société, Souvenirs, FRANCE

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SAINT ETIENNE Claude 03/05/2014 10:33

Un peu longs mais toujours intéressants les textes de Matthieu. C'est du vécu.
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Gérard JOYON 03/05/2014 09:40

Magnifique texte.
et la Cantate à Jean Bart ,ouf, effectivement ça fout le frisson .
Mais je dois dire que je pourrais pas me foutre dans la foule ,en effet ce n'est pas mon truc , j'appréhende.De plus , le bruit je ne peux le supporter (acouphènes) résultants de mon activité à l'armée.
En tout cas très instructif.
Gérard JOYON

N.L. Taram 03/05/2014 10:37

Bonjour Gérard,
le texte ainsi que les liens des photos et des vidéos, sont de Matthieu. Je fais partie de ses lecteurs et il m'a autorisé à les publier quand je le souhaitais. Voilà un sujet instructif pour nous îliens à "l'autre bout de monde". Depuis quelques années, il y a un carnaval sur le front de mer à Papeete, mais cette année pas de carnaval faute de crédit. J'ai, moi aussi des acouphènes, et j'aurai du mal à me mêler à ce "chahut". Mais, comme tu l'écris, instructif...