JEAN-PAUL MARAT (15)

Publié le par N.L. Taram

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage

Ruiner les peuples.

 

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JEAN-PAUL MARAT (15)

Ruiner les peuples.

(page 240 et 241)

 

Les princes marchent au despotisme par des routes opposées.

 

Pour asservir les peuples, ils travaillent à appauvrir leurs sujets riches & corrompus, comme ils ont travaillé à enrichir leurs sujets pauvres & agrestes : ainsi, après leur avoir donné tous les besoins du luxe, ils leur ôtent les moyens de les satisfaire.

 

Avec des biens au dessus d'une condition privée & les désirs de l'ambition, il est sans doute fort difficile d'être bon citoyen ; mais il est impossible de l'être, avec les besoins de la mollesse & les regrets d'une grande fortune. Des hommes corrompus par l'opulence, soumis par leurs besoins, & honteux de leur pauvreté, sont nécessairement faits pour la dépendance & la servitude.

 

C'est une des maximes favorites du gouvernement que si les peuples étaient trop à leur aise [1], il serait impossible de les soumettre au joug [2]. Aussi s'attache-t-il à les accabler d'impôts, qui découragent l'industrie, ruinent le commerce, détruisent les arts, les manufactures, la navigation. & comme si cela ne suffisait point encore, parmi les divers moyens qu'il emploie pour les fouler, souvent il a recours à l'usure & aux exactions.

 

Non content de lever des impôts, d'avoir le maniement des deniers publics, & de s'approprier les terres des vaincus, le sénat de Rome avait pour maxime de fouler les plébéiens par l'usure. Sous lui, les Gaules étaient accablées d'impôts ; telle était la rapacité des procurateurs & des gouverneurs, qu'ils pillaient de toute main ; tandis que les Italiens, qui avaient accaparé tout le commerce, exerçaient l'usure, & prêtaient à de gros intérêts qui absorbaient bientôt le principal.

 

Les particuliers n'étaient pas seuls ruinés ; les différentes peuplades qui avaient beaucoup emprunté pour acquitter les impôts, se trouvant à la fois obérées par l'accumulation des intérêts, & foulées par de nouvelles exactions, furent obligées d'aliéner les revenus publics.

 

La continuation des impôts en pleine paix, l'excès de l'usure, & les contraintes par corps exercées contre les débiteurs, réduisirent les Gaulois au désespoir, & les poussèrent à la révolte. Forcés d'abandonner leurs propriétés pour sauver leur vie, un grand nombre se vendirent en esclavage.

 

Les monopoles de tout genre sont aussi un moyen auquel les princes ont recours pour ruiner leurs sujets.

 

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[1] Voyez le testament politique du cardinal Richelieu.

[2] Philippe 1er répétait souvent qu'il aimerait mieux commander à un peuple misérable et soumis qu'à une nation riche, puissante & turbulente.

 

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Maiarii 09/06/2014 09:38

ça a pas changé depuis cette époque. Tu penses à qui en publiant ce texte ? notre gouvernement actuel ou le précédent ?