LETTRES OUBLIÉES (1)

Publié le par N.L. Taram

Les oiseaux de passage - Georges Brassens

(poème de Jean Richepin)

Les noms des personnages sont empruntés à la pièce de théâtre d'Edmond Rostand "Cyrano de Bergerac".

(Les sentiments)

Chère Roxane,

   Ton coup de téléphone d'hier soir m'a surpris (j'allais dire "pris sur    le fait"). J'étais couché dans la "cabane du pêcheur" avec la tendre Almazie et nous regardions le film "37°2 le matin" sur canal+. Une chance car depuis quelques temps je ne veille plus aussi tard, je peux même dire que je me couche tôt tant il me presse de reprendre mes rêves interrompus par cet imbécile de soleil qui vient me rappeler que le travail m'attend...

Bon! pas mal pour le début. Je continue...

Que vais-je écrire que tu ne sais déjà ? Car vous les femmes, vous savez tout, votre intuition ne vous trompe pas et les hommes, devant vous, sont comme des gosses devant leur institutrice.
Parlons musique ? Ah quoi bon, on ne parle pas de la musique, on l'écoute et on vit avec ou on la supporte...
Parlons poésie ? Non, c'est dans son esprit qu'elle existe et dans sa façon de vivre aussi...
Les sentiments ? Ah, voila un sujet intéressant et vaste. Que dis Micro-Robert à ce sujet : 1° Conscience plus ou moins claire, connaissance comportant des éléments affectifs et intuitifs.  ?????    2° Capacité d'apprécier.    3° Avis, opinion. Bof !!    4° État affectif complexe, assez stable et durable.  Ah, cela me plait mieux, serait-ce le mal dont je souffre ?

Qu'en pensez-vous Docteur ?

Voyons les premiers symptômes :
D'abord, je côtoie Roxane pendant des années sans me rendre compte qu'elle existe (enfin!! comment cela est-il possible? et depuis le 11/8/91).
Puis, je fais fortuitement sa connaissance "hors-boulot" et dans un cadre beaucoup plus sympathique que la "clinique psychiatrique" Opéra OM à Arue et  là, je découvre petit à petit une femme charmante (n'est-ce pas ?) dont les goûts et les.... couleurs sont proches des miens.
Mais souffrant d'une forte myopie, je reste sur mon petit nuage et laisse partir sous d'autres cieux et peu de temps après, la charmante personne.
Fin des premiers symptômes, jusque là ça va, je survis allègrement.
 
Commence alors la période "messagerie". Ah, lala!! jeux pervers, ou l'on écrit des tas de choses pour le plaisir en croyant à l'impunité, on en rajoute même et, petit à petit, on se fait prendre au piège. Et puis, il y a l'absence de la personne en question, cela crée un vide que l'on comble avec des mots, des phrases. Et puis l'imagination travaille, c'est toujours ceux (ou celles) qui sont pas là, qui sont les plus beaux, les meilleurs. On regrette ces "passantes que l'on a pas su retenir".
Mais bon, en ce qui me concerne c'est pas la première fois et j'ai survécu, c'est le lot des oiseaux de passage que nous sommes.
 
Troixième période, dite période "mission". J'ai promis de tout te dire (si j'y arrive); Attends-toi au pire; Qu'elle va être ta réaction ?
Ou nous refaisons l'histoire de Cyrano et Roxane ou, lors de ta prochaine visite, je reçois une tarte à la crème en pleine poire.
Je reprends : Première mission en 1996, je crois, je n'en ai aucun souvenir, pourquoi ?
Deuxième mission du 15/9/97 au 5/10/97, la belle accompagnée de ce cher Christian que je réussis à réexpédier en France le 3/10. Je te jure que Cureau m'avait dit que le pavillon d'accueil était complet et que ce n'était pas un coup monté pour t'attirer dans la "cabane du pêcheur" (quoique, à la réflexion...). Je te passe les détails du mini-séjour, Christian qui doit se farcir l'écoute de quelques vieux chanteurs de blues (bien fait pour lui!), les deux écoliers (Roxane et Cyrano) qui vont fumer en cachette...
Et, enfin les deux dernières soirées, enfin seuls! ou presque (Almazie veillait au grain), que j'ai passé à boire tes paroles jusqu'à des heures indues sans oser bouger le petit doigt (sic!) de peur de rompre le charme.
Dernière nuit tourmentée (aie!), je quitte le lit conjugal car j'étouffe, un regard (langoureux) vers la "cabane du pêcheur" (tout est calme, braves gens, dormez-bien) et je termine ma nuit sur le divan du salon.    
Puis viens l'aurore, l'heure des exécutions capitales. Je m'exécute...
Je t'amène à l'aéroport, pendant le trajet je suis fébrile, je te propose (sur un air plaisant) de rester à Tahiti ou de repousser ton voyage et tu parts.....
Retour à la maison, je m'écroule sur "ton" lit et je reste prostré toute la journée.
 
Ceci était la période d'incubation, il va falloir que je trouve qu'elle est cette étrange maladie et quels en sont les remèdes.

Mais il est tard. Docteur, je pense que cela fera l'objet d'une autre visite, vous avez déjà de quoi vous faire une idée du mal qui me ronge.

    De la douceur, de la douceur, de la douceur!
    Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
    Même au fort du déduit parfois, vois-tu, l'amante
    Doit l'abandon paisible de la sœur.
 
    Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
    Bien égaux tes soupirs et ton regard berceur.
    Va, l'étreinte jalouse et le spasme obsesseur
    Ne valent pas un long baiser, même qui mente!
 
    Mais dans ton cher cœur d'or, me dis-tu, mon enfant,
    La fauve passion va sonnant 1'olifant!...
    Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!
 
    Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
    Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
    Et pleurons jusqu'au jour, ô petite fougueuse!

 

   Je t'embrasse, (et merci Paul Verlaine)

LETTRES OUBLIÉES (1)
"Cependant ce qui en vous est étranger au temps sait que la vie échappe au temps,
Et qu'hier n'est autre que la mémoire d'aujourd'hui, et que le rêve d'aujourd'hui est demain."
Khalil Gibran (Le Prophète)

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SAINT ETIENNE Claude 06/09/2014 10:26

Bonjour Taram,
Le médecin soigne la mécanique du cœur pas celle des divagations sentimentales appelées "maladies de cœur".
Un mot voulu par l'homme qui avait observé la relation de cause a effet en sentant son cœur battre dans sa poitrine au vu du sexe opposé ou à chaque pensées et souvenirs.
Ces maux là se soignent auprès d'autres praticiens dont les plus connus viennent de s'éteindre
- Menie Grégoire "la dame de cœur d'Europe 1"
- Macha Béranger la "madone des sans-sommeil"

N.L. Taram 07/09/2014 10:35

Bonjour Guy et merci de ta visite.
Ne t'inquiètes pas pour Cyrano, il ne regrette rien, il vieillit seulement...
Oh! Je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
.....

Guy Delorme 07/09/2014 09:14

Je ne crois pas qu'il faille regretter "Ces passantes que l'on n'a pas su retenir". Ce sont elles qui nous laissent les souvenirs les plus beaux et leur image est à jamais épargnée par l'usure du temps.

N.L. Taram 06/09/2014 10:51

Bonjour Claude,
merci pour ces renseignements, je vais me faire soigner. Mais ne t'inquiètes pas, ce n'était que de la divagation littéraire. D'ailleurs mes "héros" Cyrano et Roxane rectifieront le tir quelques jours tard (mise en page en ce moment)... Mais, ils s'aiment toujours malgré les 18.000 km qui les séparent.

M 06/09/2014 07:47

Un bon docteur ne peut être qu'un ancien malade !
Belle page, l'idéal pour commencer une journée décidément pas comme les autres,
la grande braderie de Lille ce jour,
Bien chaleureusement, M

N.L. Taram 06/09/2014 07:59

Bonjour M près de Lille (je pense t'avoir reconnu).
Merci pour tes compléments. Il y aura des suites car j'ai retrouvé dans mes placards, une boite d'archives pleines de messages que je supposais être nuls, mais finalement ça vaut bien les écrits de certains journaleux.
Peut-être recevrai-je bientôt une histoire sur la grande braderie de Lille ?
Amitiés