LETTRES OUBLIÉES (3)

Publié le par N.L. Taram

Jacques Brel - "CES GENS-LÀ" - 1966

Comme dans les précédents épisodes, les noms des personnages sont empruntés à la pièce de théâtre d'Edmond Rostand "Cyrano de Bergerac".
 
(La Vérité si je mens)
 
 
Arue, le 14 Octobre 1998
 
Chère Roxane,
Oui, ok! j'ai fait un peu fort dans mes derniers écrits, mais, tu comprends c'est le problème des romans autobiographiques, on sait jamais où termine le réel et où commence la fiction.
Bon, je mets tout à la poubelle et je recommence depuis le début...
 
Chère amie,
Je vous aime bien...
Non, ça va pas, le verbe "aimer" est trop ambigu, disons plutôt :
J'ai beaucoup de sympathie pour vous
Ouai, c'est mieux (la définition de "sympathie" dans le micro-robert me convient tout à fait).
Le jour où je vous ai rencontré pour la première fois, je me suis dit :
"cette jeune personne est, ma foi, fort sympathique, je lui ferai bien un brin de causette"
Non, la fin, ça va pas, on dirait du Bérurier...
Je remplace par "... je vais l'inviter au prochain café-philo"
Beurk! disons plutôt ".... au prochain concert de jazz", quoiqu'à Tahiti, c'est pas demain la veille qu'on sortira ensemble si on attend un concert de jazz.
Je vous proposais donc de venir en ma demeure, écouter le troisième chorus de cornet de Louis Armstrong sur Wild man blues, enregistré le 25 novembre 1926 à Chicago avec Kid Ory au trombone, Johnny Dodds à la clarinette, Lil Hardin (2éme épouse de Louis) au piano et John StCyr au banjo. Ouf !
- Oh! que cela est charmant, dites-vous (hum!), cela me rappelle le passage fortissimo dans la troisième sonate de Grieg.
Prenant votre main, je dis :
- Mais oui, très chère, Louis, tout petit, aimait jouer des sonates de Grieg dans les maisons closes de la Nouvelle-Orléans.
 
J'ai la mémoire qui flanche, si je me souviens bien, le dialogue c'était plutôt :
- Oh! Cyrano, je peux me servir une mousse?
- Ouai! yana plein au frigo... Eh! t'entends ce silence, suivi d'une note sostenuto?
- Ouai, pas mal... hum! passes-moi, un peu, le pétard.......c'est super!
Et je te passai le bout de dope...
Ce fut notre premier contact.
 
Mais passons rapidement sur ces petites histoires sans intérêts pour le lecteur et venons-en au fameux jour du 5 octobre 1997 où je raconte dans un message délirant que mon cœur est déchiré, que je baigne dans le sang et je sais plus quoi encore...
Disons plutôt qu'après une mauvaise nuit, car il faisait chaud et que ma mie Almazie imitait le bruit du moteur diesel, ajouté à tout ça le fait de me lever aux aurores pour t'amener à l'aéroport (et les taxis ça sert à quoi ? c'est vrai quoi, à la fin!), j'étais complètement naze, surtout que la veille on n'avait pas dû boire de l'eau minérale et fumer des royales ultralégères.
Hum! est-ce la vrai version des faits? J'ai quelques doutes.
 
Quelques temps plus tard, une autre mission de ma chère amie...
Voyons, qu'avais-je dit comme bêtises? Ah, oui! le soleil, Victor Hugo, Keith Jarrett, hallucinations, abus d'herbe (ça c'est peut-être vrai).
En réalité, ben, en réalité... Ben, je sais pas... Bon, j'arrête ma lettre, je reprendrai plus tard.
 
Un peu plus tard :
Donc, disais-je, pendant ta dernière mission, boulot, boulot, Tikehau, Tikehau, Rico, Rico, Nico, Nico.... messages à X, Y, Z et j'en passe... factures, carburant, bateau, avion, Boudu et De Guiche, Colomby et Boisset, Clomire et Hespéride, Zig et Puce....
Mais c'était très sympa, on n'avait pas le temps de réfléchir,
 
La pièce était telle ou non drôle,
Moi, si j'y tenais mal mon rôle,
C'était de n'y comprendre rien.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
 (Louis Aragon)
 
Et puis, bye bye...
LETTRES OUBLIÉES (3)
Arue, le 16 Octobre 1998
 
Alors, quoi? je mens! Pourquoi, on ne pourrait pas dire ce que l'on pense?
Les bonnes manières, les principes, les tabous...
Oui, bon, c'est vrai, j'aime bien les fesses de Guéméne quand elle monte l'escalier...Et quand Hespéride se penche, je jette un œil jusqu'à son nombril... Et quand Roxane me fait une bise, j'ai envie de la prendre dans mes bras... (j'utilise d'autres mots, d'ailleurs)
Ah non, Monsieur, ce n'est pas bien de dire ça! Espèce de grossier personnage!
Faut-il dire alors "Guéméne quel caractère!" (sous-entendu : suivez mon regard) ou "cette couronne de fleurs va bien à Hespéride" (sous-entendu : sans elle on verrai au travers) ou encore "Roxane, elle me donne mal à la tête" (sous-entendu : hum! y a plusieurs versions.......)
Oh! t'es toujours là? Ça répond plus, on a été coupé... Bon, je continue quand même mon monologue.
Dis-moi un peu pourquoi, c'est bien de dire à une nana :
"t'as de beaux yeux, tu sais?"
et pas bien de dire :
"t'as de beaux seins, tu sais?".
Je pourrai continuer longtemps ma démonstration. Je ne comprendrai jamais les "limites de la bienséance" et pourtant je m'y conforme moi aussi, malgré moi.
 
Que dis Verlaine ? :
Je me souviens, je me souviens
Des heures et des entretiens,
Et c'est le meilleur de mes biens.
 
Allez, je vais poster ta lettre.
Je t'embrasse
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Georges Brassens - Le Pornographe

MERCI GEORGES...

Elle avait la gorge aussi blanche
Comme est la neige sur la branche
Quand il a fraîchement neigé,
Le corps bien fait et dégagé:
On n'eût su trouver certes guère
Plus beau corps de femme sur terre.
Un frais chapel doré portait;
Nulle part pucelle n'était
Plus gracieuse et plus jolie;
Ses charmes de toute ma vie
A dépeindre ne suffirait.
(extrait de "Le Roman de la Rose", XIVème siècle)

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