Transformation de la société polynésienne

Publié le par N.L. Taram

Après l'excellent article sur "La souveraineté monétaire du Pacifique"
concernant notre avenir économique, H. Nelly TUMAHAI nous propose un retour sur le passé qu'il est indispensable de connaître......... afin d'éviter les mêmes erreurs.
 
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Du coprah à l’atome : les fondations de notre modèle économique actuel
 
 
Avec le cinquantenaire de la ville de Faa’a et sa principale infrastructure «  l’aéroport international » érigée également il y a 50 ans, intéressons-nous à la transformation de la société polynésienne.
 
 
La transformation de la société polynésienne s’est historiquement développée avec la construction de l’aéroport de Tahiti-Faa’a.
 
Deux raisons ont concouru à la création d’un aéroport international en Polynésie.
La première est d’ordre économique, la seconde d’ordre politique et militaire.
 
Les motivations économiques :
 
Jusqu’à son épuisement en 1960, l’exploitation du gisement des phosphates de l’île de Makatea a constitué l’activité économique essentielle de la Polynésie. C’est pourquoi, dans le cadre du développement économique de la Polynésie, il fallait une activité de remplacement qui puisse compenser l’apport de devises généré par l’exportation du minerai (377 000 Tonnes en 1960).
L’activité touristique, pour laquelle Tahiti semblait naturellement vouée, prit ainsi la place de l’exploitation minière.
Pour ouvrir la Polynésie au monde et désenclaver cette région isolée du Pacifique, il fallait un aéroport international : la décision de le construire fut prise officiellement le  15 mai 1957.
Transformation de la société polynésienne
Il fallut exproprier des familles entières pour réaliser le projet car désormais la terre qui devait accueillir les structures aéroportuaires passerait dans le giron de l’État en devenant domaine public.
 
Les motivations politiques et militaires :
 
Janvier 1958, le rapport de général Ailleret[1] mentionne deux sites d’expérimentations atomiques possibles : le Sahara et les Tuamotu. Il écartait provisoirement la Polynésie malgré « que ses possibilités sont immenses », en raison de la distance et de l’absence d’aéroport. [2]
Toutefois, le général laissait entendre que la situation en Algérie était de plus en plus délicate et quelques semaines après l’adoption du rapport Ailleret par le Comité des Applications Militaires de l’Énergie Atomique (CAMEA), le gouvernement français décidait enfin la construction de l’aéroport de Tahiti-Faa’a, déployant des moyens techniques et financiers considérables ; trop, beaucoup trop pour que soit crédible la version officielle d’une aide de l’État pour le développement du tourisme.
 
Mai 1961 est inauguré officiellement la piste de l’aéroport de Tahiti-Faa’a pouvant désormais accueillir des avions gros porteurs.
L’explication officielle du choix de la Polynésie comme site d’expérimentation nucléaire précise qu’elle est préférée en 1961 à la Réunion - dont l’option pourtant coûte la moins chère, et à la Nouvelle-Calédonie jugée trop proche de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande – parce que c’est la collectivité d’outremer la moins contestataire. [3]
 
Ainsi, le 21 septembre 1962, l’armée française décide la création du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) et, le Général de Gaulle, trois mois plus tard, annoncera l’implantation du CEP à une délégation d’élus polynésiens.
 
Durant près de 35 ans les transferts financiers liés aux implantations militaires et les essais nucléaires provoquent de profondes mutations dans l’économie polynésienne.
 
1964, le territoire de Polynésie française est obligé de céder à l’État les atolls de Moruroa et de Fangataufa qui sont affectés au ministère des Armées et deviennent des terrains militaires.
 
1966, un PC militaire s’installe à l’aérodrome de Faa’a.
Tout est prêt pour la première explosion d’une bombe atomique suivie deux ans plus tard par la première explosion thermonucléaire.
 
De 1966 à 1974 les essais sont atmosphériques puis deviennent souterrains jusqu’en 1996 année de l’ultime essai nucléaire.
 
En trente ans et avec 198 essais nucléaires, le visage de la Polynésie, « travaillé » en profondeur par de nombreux processus d’acculturation se transforme irrémédiablement.
 

[1] Son rapport se trouve au SHAT, cote 13 R 132, dossier 15.
 
[2] L’option des tirs souterrains en métropole fut envisagée puis vite abandonnée.
[3] Et cela depuis l’incarcération et l’exil du député polynésien Pouvanaa a OOPA fin 1958.
Transformation de la société polynésienne
Ainsi, l’histoire de l’aéroport de Tahiti-Faa’a est constitutive de l’identité polynésienne et représente un symbole d’entrée dans la modernité particulièrement puissant.
 
L’aéroport international est la matérialisation du passage de l’ère du coprah à l’atome. Cette infrastructure est le sas d’entrée dans la modernité avec son corollaire, la société de l’hyper consommation qui s’est violemment confrontée aux modèles traditionnels d’une société polynésienne jadis harmonieuse et équilibrée basée sur les valeurs communautaires qui peu à peu s’éloignent.
 
Mais l’aéroport international de Tahiti Faa’a représente aussi l’entrée dans la richesse du monde, le moyen de désenclaver les îles polynésiennes, de mettre fin à l’isolement et l’éloignement, de compenser les désavantages de l’insularité.
 
L’aéroport de Tahiti Faa’a, surtout depuis la fin du CEP, l’un des seuls outils - avec le port autonome qui permet de développer l’économie polynésienne, et qui génère  des ressources propres.
 
L’aéroport de Tahiti Faa’a est l’une des principales portes d’entrée de la ressource touristique.
 
Aussi, la ville de Faa’a qui a été dépossédée de son littoral et le Pays qui a connu de grande mutation économique  depuis l’implantation de cette infrastructure doivent négocier un transfert gagnant de cette plateforme pour maîtriser un levier nécessaire de la refondation de notre modèle économique.
 
                                                        H. Nelly Tumahai,
                           Punaauia le 28/01/2015
 
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La ligne Paris-Papeete fête ses 50 ans

Publié dans Economie PF, Société

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schenckbecher pierre 30/01/2015 18:32

Bonjour Pierre,je retrouve avec plaisir ton blog,sur l'aertoport,que j'ai souvent pratiqué,comme bidasse,en 1968/1971,apres 36h de vol via Sidney sur UTA,et apres comme expat............que de souvenirs!!!!!!
plus tard,j'ai meme "cuisin é" les repas de bord..............là aussi,des souvenirs plein la tete.Qu'il est bon de se le rapeler.........au travers de tes ecrits. amities a partager

N.L. Taram 30/01/2015 19:19

Bonjour Pierre,
en effet, ces petits textes anodins nous permettent de "retrouver" la mémoire et c'est bien agréable. De mon côté c'est des souvenirs de France que je redécouvre ; par exemple, en ce moment, Cantobre, village suspendu sur un éperon rocheux au dessus de la Dourbie, visité il y a plus de 50 ans. Et cela grâce au blog de celle qui est devenue une amie "Les balades de Lison" >> http://balades-lison.blogspot.com/
Amitiés