LE CAHIER DE VIE

Publié le par N.L. Taram

J'ai reçu un texte de notre ami Matthieu qui m'a beaucoup plu.
Sa démarche est à la fois générale (l'éducation des enfants) et personnelle (sa propre sensibilité, ses souvenirs, ses émotions). Tout ce qu'il faut pour me plaire.
MAT, tu écris à la fin : Maladroit de naissance, Angoissé de la vie, Trop spontané... J'ai l'impression de me voir dans un miroir !
 
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Le cahier de vie est-il réservé à certains élèves de maternelle !?

 
Quels objectifs sont-ils visés par la mise en place d'un cahier de vie individuel en maternelle ? (Mes remarques)
- Développer un contexte de communication dont l'enfant (égocentrique !?) est le centre. (!)
- Favoriser l'accueil de l'enfant et entretenir des liens avec sa famille ... ses amis, ses proches, ses connaissances qu'il n'a pas la chance de croiser aussi souvent qu'il le voudrait !
- Rendre compte des différentes activités menées en classe ... et en dehors !
- Rendre compte des apprentissages de l'enfant qui continue à  apprendre toute sa vie, de la sienne et de celles des autres !
- Sensibiliser les élèves ... (ces écrivains en herbe, et par la suite tous ceux qui peuvent être séduits par le simple fait d'avoir un crayon, un bout de papier ou une tablette (?!) et un peu de temps devant eux) au rôle de mémoire de l'écrit.
Perso, j'en noircis des cahiers, depuis qu'elles sont nées... Je vais p't-être vous surprendre mais en fait, j'avais commencé avant ! Ado, j'ai bien dû réussir à  me poser des questions sans réponse, j'ai ruminé des lectures, étalé quelques états d'âmes sur des feuilles volantes... (Facebouc n'existait pas encore !) A l'occasion, faudrait que je retrouve mes pattes de mouche si par hasard je les ai gardées, mais je suis prêt à  parier que c'était au départ (encore) à  cause d'une fille !
 
"J'écris pour lutter contre le temps et l'oubli, pour m'assurer un petit supplément de vie." avoue Sylvain Tesson, écrivain baroudeur !
LE CAHIER DE VIE
Ma mer, ma source, si loin de moi au quotidien, j'étais si heureux dernièrement de te retrouver, même au détour d'une saison.
 
Ce soir visiblement (alors que j'avais d'autres projets même si je vieillis !) je me tape une bonne vieille mélancolie mais, bon ... Rien de grave ! Notre bon vieux Victor disait à  propos que ce n'était qu'un épanchement (et non une faiblesse !) en réalité, qui consistait à  se laisser aller au "bonheur d'être triste".
 
Là -bas, ce jour-là, si j'en crois mes souvenirs, le parking était squatté par les mouettes. Je m'en souviens car elles n'ont pas réagi aux claquements des portes du carrosse familial, ni aux éclats des voix enfantines qui en sortaient. Je savais déjà  que le marchand de gaufres chaudes et dégoulinantes de nutella n'allait pas nous tenter. La galerie d'art aux peintres post-impressionnistes était encore fermée. Le vent par ses bourrasques nous faisait plisser les yeux, nous virait presque le regard horizontal. De gauche à droite, ma mer avait eu ce jour-là  des reflets surprenants, qui allaient d'un gris vert au bleu azur abonné à d'autres côtes. Cet étonnant balayage m'avait alors confirmé l'idée que la vie n'avait pas besoin d'applications commerciales (Photoshop ou autres), qu'un paysage pouvait être gratuit et beau, simplement si on avait le temps de l'observer.
LE CAHIER DE VIE
Nous avancions en famille, encore groupés. Bientôt l'horizon à  perte de vue, même à  basse altitude, bientôt les trottinettes filantes sur le quai... On a alors croisé quelques élus, des solitaires, des retraités, parfois au chien reniflant, qui, si nous n'avions pas un geste de recul, se mettaient à  leur tour à s'attendrir sur les avancés de ma petite forcenée. Nous échangions quelques mots anodins mais pas insignifiants finalement dans une journée. Bientôt, l'envie irrésistible de fouler la plage malgré l'oubli des bottes chez "mamie", bientôt le jeu des pieds qui attendent les vagues. Sans surprise, lentement, elles venaient lécher nos pieds. On avait beau tenir la main de maman, on se laissait piéger !
Alors, on sautille faussement affolés et finalement on rigole comme des fous ! Tant pis pour les chaussures.
 
 
Un autre jour où "Mamie Hélène" est venue avec nous.
 
Ma douce avait eu alors l'idée ingénieuse de leurs offrir juste avant et à chacune, un cerf-volant fabriqué par les soins de ses collègues. Désarmante, ma petite râlait parce qu'elle voulait traîner le sien alors qu'on s'échinait à  lui expliquer le principe du but de la chose ! (sic) Plus tard, on lui a refilé le bébé sans qu'elle s'en rendre compte, il volait et elle, quand elle s'en est aperçu (tardivement), elle a trouvé que c'était (aussi) intéressant ! Entretemps, énervé par ma moyenne qui n'acceptait pas mes conseils d'expert (d'adulte) et qui était partie seule au vent mauvais, piquant un phare inexistant, je m'étais mis à  ramasser des coquillages. Heureusement que les mamies (elles !) ne jettent jamais l'éponge, la mienne a fini par nous ramener la fugueuse. Bougon sur le coup, silencieux, je suis resté à  l'écart de cette fête des sens et ce n'est qu'en revoyant ces photos par l'entremise de mon portable ce soir, dans un fichier de plus (sic), que je réalise que je n'avais pas été (malheureusement) complètement présent à  cet évènement capté par l'appareil, ça me rend à  la fois joyeux parce que la joie, on en a besoin ! et...
LE CAHIER DE VIE
J'étais en effet loin d'imaginer qu'au même moment, le papi d'autres cœurs allait s'éteindre, laissant une autre mamie (différente et si semblable de la notre) dans une immense douleur...
 
Je suis désolé, j'espère beaucoup mais ... je ne sais pas bénir un corps. Ce moment là, j'avais juste envie de pleurer, quand je suis revenu sur terre, le lendemain, dans les bras de mon ex-formidable directrice. Il y a des gens qui ont la retraite méritante, mais le sort s'acharne sur leur temps libre, celui qu'ils ont âprement gagné. Après s'être occupé de sa maman malade, son mari a vu son état de santé à son tour, s'aggraver progressivement et rapidement. Il ne verra pas grandir ses petits-enfants.
Quand le sort est injuste, certains diront qu'il laisse des miettes, les souvenirs des vivants et l'espérance d'autre chose... Malgré tout, je parlerai plutôt de pépites (qu'on n'a pas toujours su apprécier dans l'instant, moi le premier) qui, s'il le fallait encore, prouve qu'on a tous vécu une grande et belle aventure, le temps qu'elle a duré, malgré tout, et qu'elle reste encore à  construire ... même demain.
 
"Ne t'inquiète pas de savoir si ton bonheur cessera un jour : il cessera. Mais ne te désespère pas : il reviendra." Christophe André.
 
Bisous à  tous et toutes,
 
à  toi Denise,
 
MAT comme Maladroit de naissance, comme Angoissé de la vie, comme Trop spontané

Publié dans Souvenirs, Éducation

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