LE CONCORDISME

Publié le par N.L. Taram

 
Le concordisme voué par nature à l'échec
par J.P. - 09/01/2015
 
Le concordisme tente de mettre en correspondance les explications de la science avec des textes religieux plus anciens lesquels contiendraient, bien avant que les scientifiques, les ait découvertes des "vérités scientifiques".
 
C'est une entreprise aberrante.
 
En effet, la science ne découvre pas des vérités. La connaissance scientifique est une construction et une construction humaine provisoire.
 
Avancer que la connaissance scientifique s'accorde avec un texte religieux parce qu'il dirait la même chose suppose cet amalgame étrange entre un texte censé contenir une vérité immuable et des connaissances scientifiques susceptibles, elles, d'être remises en cause par des recherches ultérieures.
 
C'est tenter de mettre en correspondance du fixe avec du mouvant. Autant vaudrait se persuader qu'un train, tout en poursuivant sa course, puisse rester à la hauteur de la gare qu'il vient de dépasser.
 
Le train, c'est la science. Elle n'a pas, contrairement aux textes religieux, la prétention d'accéder à la vérité. L'explication scientifique a un caractère provisoire. Elle tente de rendre compte de faits observés. De nouvelles observations amènent les scientifiques à revoir la théorie, à l'invalider. En revanche aucun fait ne peut confirmer une théorie scientifique.
 
La gare inamovible, rigide et figée, c'est le texte religieux. Il prétend être la vérité mais ce statut de vérité repose sur la croyance de ses adeptes qui la lui confère. Elle dépend de l'arbitraire de chacun. Nous avons là un des facteurs qui pousse les religions à faire du prosélytisme. La vérité par définition (qu'elle soit religieuse ou non) a un caractère absolu (comme les axiomes en mathématiques). Une vérité discutable n'en est pas une. Une vérité religieuse ne détenant son statut que dans son adoption inconditionnelle par tous, c'est un système clos.
 
La connaissance ou plus justement l'explication scientifique a au contraire un cadre bien précis. Ce cadre pose implicitement que l'explication avancée l'est en l'état actuel des faits expérimentaux observés, que tout se passe comme si, etc. Elle est donc susceptible d'être remise en cause, discutée pas n'importe comment certes, mais il y a des règles, le système malgré tout ouvert.
 
Par exemple, en l'état actuel des connaissances scientifiques accumulées en son temps, Aristote dans son système avançait que le soleil tournait autour de la terre. Cette explication géocentrique qui a duré jusqu'au XVIème siècle invalidée aujourd'hui est remplacée par une théorie héliocentrique qui place le soleil au centre de l'univers.
 
Il en sera ainsi de biens des explications scientifiques, certaines seront éliminées pour être remplacées par d'autres et cela inlassablement. A l'échelle d'une existence humaine cela se perçoit difficilement, à l'échelle des siècles c'est plus net.
 
Ainsi un texte religieux ne peut pas par nature contenir de "vérité scientifique" puisque la science ne découvre pas de vérité. L'expression "vérité scientifique" est un abus de langage (abus bien commode pour un concordiste). La connaissance scientifique obéit à des règles d'élaboration qui font qu'une théorie n'est pas fixée définitivement, elle n'est pas gravée éternellement comme le sont les Tables de la loi. La science débusque seulement le faux en montrant qu'une explication scientifique est fausse parce que de nouveaux faits expérimentaux l'invalident. Le scientifique pourra alors proposer de nouvelles explications falsifiables, c'est-à-dire susceptibles d'être mises à l'épreuve de l'expérience.
 
La science n'a donc rien à voir avec les textes sacrés. La compréhension de la démarche scientifique peut dissiper bien des malentendus, écarter notamment des explications dépourvues de caractère scientifique (le cas de nombre de textes religieux) les affirmations se trouvant hors de portée de la vérification expérimentale.
 
Ainsi se font jour les limites de la manouvre concordiste. Lorsque un concordiste prétendra avoir solidement établi la correspondance entre une théorie scientifique A et ce que dit son texte sacré de référence B bien plus ancien, comment fera son successeur si par malchance la théorie scientifique A dans quelques années ou des siècles plus tard est invalidée et remplacée par une théorie A' ? S'il tient compte de ce qu'avait dit son prédécesseur sur B, il sera dans la contradiction et l'embarras. Il pourra toujours s'en sortir en disant que celui-ci avait mal compris, mais le plus confortable pour lui sera de faire comme s'il ne le savait pas, ou d'oublier ce détail fâcheux. Après tout, la mémoire humaine est limitée, l'accès et l'assimilation des connaissances disponibles prendraient bien plus que toute une vie.
 
En d'autres temps, les prêtres mettaient les connaissances sous clé, maintenant elles leur échappent. Leur consolation est la surabondance des connaissances produites. En y regardant de plus près, qui sait s'ils n'en trouveront pas toujours une, ne serait-ce qu'une seule, qui s'accommode à deux trois lignes d'un de leur texte sacré pour le parer du prestige et de l'autorité qui lui manque ou qu'il est en train de perdre ?
 
En agrémentant leurs textes sacrés de pseudo référence à la science peut-être espèrent-ils ainsi maintenir leur prérogative de "conducteur d'âmes" en se livrant sur leur prochain maintenu dans une sainte ignorance à leur passe-temps favori : l'orthopraxie ?
 
J.P.

Publié dans LIBRE PENSÉE

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