Tant de vies volées, brisées ...

Publié le par N.L. Taram

Dans le dernier texte reçu de notre ami Matthieu, j'ai retenu sa critique très intéressante du dernier livre d'Olivier Rolin "Le Météorologue".
 
Avec «le Météorologue», Rolin leur en donne une troisième. Elle est d'une ampleur et d'une profondeur bien supérieures. L'écrivain y mène une enquête sur la destinée d’Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, un martyr ordinaire du goulag qui croupit aux îles Solovki de 1934 à 1937, avant d’être exécuté avec 1115 autres malheureux dans le plus grand secret. (L'Obs)
 
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Tant de vies volées, brisées ...
Et moi qui gaspille la mienne, trop souvent.
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Mattieu raconte sa promenade avec sa fillette et une cueillette de fleurs pour la maman.
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Des voix se rapprochent, on va passer à  autre chose. Chevauchant son destrier, ma fille repart et file vers la maison, sans se retourner, me laissant presqu'en plan. Je la suis, toujours rêveur. A la maison, après m'être libéré de ma mission, je repense à une lecture récente, revois l'herbier d'Alexeï Féodossièvitch, le météorologue, et, finalement, retrouve rapidement ce livre posé sur une étagère.
 
"Une de mes connaissances a fait ici, pour que sa fille apprenne à  compter, un herbier en feuilles, 1 puis 2, puis 3, puis 4 feuilles..." Pavel Florenski, lettre du 3 juillet 1935.
 
Cette page (parmi d'autres reproductions en couleur car il y a, outre l'herbier, des dessins, des devinettes, des lettres...) à  la fin du dernier roman d'Olivier Rolin, m'avait donné envie de le lire.
 
En 2010, lors d'un de ses nombreux voyages en Russie, l'auteur était allé jusqu'aux îles Solovki, un archipel au milieu de la mer Blanche, dans le grand nord. Venu au départ pour les paysages magnifiques qu'offre la région, Olivier Rolin fit une halte dans un monastère fondé au 15ème siècle par des saints ermites, monastère tristement célèbre pour avoir abrité à  partir de 1923, le premier camp de ce qui allait devenir la direction centrale des camps : le Goulag. Le français rencontre une vieille dame qui lui montre un petit album édité par la fille d'un déporté aux Solovki en 1934. Dans l'ouvrage, des reproductions des lettres qu'Alexeï envoyait à sa fille, Eléonora, qui, au moment de son arrestation, a quasi l'âge de la mienne. Ils ne se reverront jamais. 
 
"L'idée d'écrire l'histoire de cet homme, une victime parmi des millions d'autres de la folie stalinienne, commençait à  s'éveiller en moi. La rencontre à  Moscou, plus tard des gens qui avaient connu Eléonora à l'autre bout de sa vie, fit le reste." Olivier Rolin
 
Prix du style 2014. [...] Il en faut pour savoir citer exactement au bon moment les lettres bouleversantes qu'adressait cet ingénieur soviétique à  sa femme; les PV d'interrogatoire du NKVD; les dessins pédagogiques que ce père courage tenait à envoyer à sa fille. Comme il en faut pour s'interroger, sans jamais tomber dans un narcissisme stérile, sur ce qui l'attire, lui, Français né en 1947 qui a cru un instant à l'idée de Révolution, dans ce cauchemar d'un autre temps.
 
Tout cela est présenté, composé, rédigé, avec une sobriété poignante. Pas question d'en rajouter dans le pathos, pas question de faire le malin, pas question de transformer le martyr en héros. C'est même une des prouesses du récit : si Vangengheim est exemplaire, c'est précisement parce qu'il n'est pas exceptionnel.
 
L'art de Rolin, au fond, est ici de se rendre presque invisible, pour mieux sonder la psyché révolutionnaire d'un homme qui, jusqu'au bout ou presque, s'est obstiné à  croire dans la justice et l'intelligence du camarade Staline. Et à  travers ce cas saisissant, c'est bien l'énigme de tout un totalitarisme, devenu fou et sanguinaire, que sonde "Le Métérologue". Avec la hantise que "l'inhumain", un de ces jours, puisse refaire surface.
 
Matthieu
Autre critique très intéressante

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