LA GUERRE OUBLIÉE

Publié le par N.L. Taram

La Bataille du Boulou
 
Qui se souvient d'avoir étudié ou même d'avoir lu un texte sur la bataille du Boulou en 1794 ?
Photo de couverture Pierre Vigo   
J'ai fouillé dans mes livres et surtout "Histoire de la France et des Français" d'André Castelot et Alain Decaus (13 volumes). Dans ce document, seulement quelques lignes :
- 7 mars 1793, la République déclare la guerre à l'Espagne... En fait, les opérations militaires dans le Midi sont peu importantes...
- 1er-4 août 1794, dans le Sud-Ouest, les armées républicaines s'emparent de Fontarabie et de Saint-Sébastien.
-  28 novembre 1794, En Espagne, les troupes françaises s'emparent de Figueras après un long siège au cours duquel leur commandant, le général Dugommier, est tué.
 
C'est tout. Il est vrai qu'ils se passent beaucoup de choses à Paris, en Vendée et dans le nord-est de la France ; c'est la période de la "Terreur", alors la guerre avec l'Espagne peut paraître insignifiante, la paix sera signée le 22 juillet 1795.
Je découvre donc cette Histoire grâce à une amie internaute... et coauteur du livre que je vous présente.
 
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LA GUERRE OUBLIÉE
Présentation du sujet  pour le Musée de l' Histoire du Boulou
 
Dans la pierre de l’ Arc de Triomphe, à Paris, un nom est gravé pour l’éternité : « Le Boulou ».
Il s’agit de la Bataille du Boulou, qui, le 1er mai 1794, mettait fin à un conflit vieux de quelques mois, opposant les espagnols aux français.
La cause de ce conflit est quasi familiale : un Pacte de Famille, conclu en 1761, liait les Bourbons de France et d’ Espagne ; le roi d’ Espagne, Charles IV tenta en vain de sauver son cousin Louis XVI de l’échafaud mais Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1796.
Le gouvernement français n’apprécia guère ces tentatives du roi d’ Espagne, perçues comme une ingérence.
Et en 1793, peu après, la Convention, premier gouvernement républicain ayant succédé à la royauté en1792, déclara la guerre à l’ Espagne .
Le Roussillon, en 1793, est rattaché à la France depuis 134 ans seulement, lors du Traité des Pyrénées.  C’est dire que la population est encore bien  plus proche des espagnols que des Français. Donc plutôt acquise aux causes de l’ « ennemi ».
 
1793
En avril , lors des débuts du conflit, c’est une armée française peu organisée, pas préparée qui se trouve confrontée à une armée espagnole bien plus performante, conduite par un brillant officier, le Général Ricardos qui à 66 ans, compte déjà 53 ans de carrière militaire !
Cette année 1793, l’armée des Pyrénées Orientales changera 11 fois de commandement en chef ! Toutefois personne ne sortira vainqueur de ces conflits car Ricardos ne tirera pas parti des faiblesses françaises – ce qui eut changé le cours de l’histoire -et meurt de maladie à Madrid. Las Amarillas lui succède.  
 
1794:
En janvier, le Général Dugommier, fort de son succès au siège de Toulon, est envoyé dans les Pyrénées Orientales afin de réorganiser l’armée, avec plus de 10 000 hommes.
Une véritable stratégie militaire se met en place.
D’abord, neutraliser ces français acquis aux espagnols qui divulguaient trop de renseignements à l’ennemi. Un implacable Tribunal Révolutionnaire militaire est créé et le nombre d’exécutions calma la population.
Ensuite, en 40 jours, Dugommier réorganisa et restructura une armée défaillante .
          - Catégories de soldats (30 000 hommes ) provenant d’une population jeune, enthousiaste, politisée, levée en masse dans le sud de la France.
           - Artillerie à cheval très performante
           - Armement performant : canons Gribeauval, pièces d’artillerie, obusiers, munitions.
Photo Guillem Castellvi    
Les combats, initiés fin mars, sont organisés, structurés, face à des espagnols vite affaiblis, commandés par le Général La Union.
Car Dugommier, fin stratège a mis en place une nouvelle façon de combattre : attaques de diversion, combats à front renversé, attaques de cavalerie, dispositif de renseignements
efficaces . De la côte au haut Vallespir, l’étau se resserre face à une armée espagnole combattive mais désorientée par ces méthodes. Bien qu’ayant des chefs de renom : La Union, Las Amarillas.
Après de violents épisodes sur les Hautes Aspres, Céret, la côte, la basse vallée du Tech, la phase décisive (30 avril 1er mai 1794) , connue sous le nom de Bataille du Boulou, verra la déroute espagnole. Cette Bataille se déroule dans la plaine entre St Génis des Fontaines et le Boulou avec un épisode digne d’une épopée, dans le Massif des Albères, de Montesquieu au Pic St Christophe..
 
 
La déroute
Vaincus, les espagnols s’enfuient en Espagne, poursuivis par Dugommier tué à la Bataille de la Muga, ( novembre 1794), comme le «  Petit Tambour du Boulou »; puis aura lieu le siège de Figueras (novembre 1794) et enfin la siège de Rosas (février 1795).
Le traité de paix de Bâle terminera cette guerre le 22 juillet 1796
 
Aspect militaire
Cette bataille est un cas d’école par ses innovations ( regroupement des armes spécifiques, cavalerie, artillerie, sous le commandement du Général en chef)  en matière de stratégie mais est aussi le terrain d’entraînement de la future armée d’ Italie (prémices des batailles d’ Empire conduites par Bonaparte,  formé par Dugommier à Toulon ).
En 1793 l’armée fonctionnait sur le système du Corps  Divisionnaire (créé en France en 1759).
Cependant ce système a démontré ses limites et Bonaparte, fort de cette connaissance mettra en place un nouvel outil militaire, le Corps d’ Armée qui, sur les batailles d’Empire, révèlera sa force et son efficacité redoutables.
 
Aspect humain
Sur les combats de la Bataille du Boulou, beaucoup de combattants deviendront les futurs protagonistes des armées Napoléoniennes : 198 deviendront officiers de la Grande Armée, 5 seront Maréchaux d’ Empire et d’autres deviendront les célèbres médecins et chirurgiens des champs de bataille.
Amédine MAS
Photo Guillem Castellvi

Photo Guillem Castellvi

Quelques extraits :
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Le colonel de Bois Brûlé et ses 2 000 hommes, enfermés dans la forteresse de Bellegarde, interdisent tout passage par le col du Perthus. Cent dix ans après sa construction, l'ouvrage de Vauban remplit encore parfaitement sa mission, compliquant l'agression en diluant les avantages obtenus par la superiorité numérique (l'assiégé bloquera 12 000 Espagnols), prolongeant de ce fait la durée de vulnérabilité de l'assaillant. Bellegarde contrôle la route des approvisionnements et de la retraite.
Pour en venir a bout, l'ennemi devra déverser sur la forteresse 23 000 boulets, 4 000 bombes et 3 000 grenades.
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Ce texte montre bien que la République française n'est pas conquérante, sauf en ce qui concerne les territoires nécessaires à la sécurité de la Nation : la rive gauche du Rhin, rêve des monarques capétiens et objectif de la République.
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Mais lorsque les divisionnaires refusent de collaborer entre eux, on aboutit à laisser sur le champ de bataille 3000 morts comme à Trouillas!
Ce défaut, Bonaparte s'en est de suite rendu compte et prendra, dés la première campagne d'Italie, les mesures nécessaires pour y remédier. II a eu certainement connaissance de ces événements puisqu'il mangeait régulièrement avec Cassanyes, à Nice, en juin 1794.
Pour obliger les divisionnaires à collaborer entre eux, il transférera les armes spécifiques, l'artillerie et la cavalerie, dans des regroupements tactiques autonomes à disposition du commandant en chef et cela dès la première campagne d'Italie.
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Dans l'Avant-propos, où il est question de la période antérieure à la révolution de 1789, j'ai noté un avis qui me rappelle une situation plus actuelle :
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Cette politique, si elle fut une réussite - puisqu'au traité de Versailles (1783) tout était redevenu possible - impliqua un effort financier si important qu'elle conduisit la monarchie à la banqueroute et obligea le roi à réunir les Etats Généraux pour trouver de nouvelles ressources financières.
Pari risqué car la représentation du peuple en trois classes, Tiers Etat, Clergé, Noblesse, n'a jamais abouti a la mise en place d'un projet politique national mais à la recherche pour chaque classe de protéger ses privilèges.
Le poids fiscal reposant presque entièrement sur le Tiers Etat réduisait d'autant les capacités d' extraction fiscale.
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Passionnant, je le conseille à tous les amateurs d'Histoire (avec un grand H).
LA GUERRE OUBLIÉE
Table des matières
 
La Bataille du Boulou.... page   01
Préface...........................  page   03
Avant-propos.................  page   07
Introduction ................... page   09
L'année 1793.................. page   11
L'année 1794.................. page   23
De la division au corps
          d'armée................  page   39
Epilogue......................... page   43
 
Biographie succincte de
          Dugommier...........page   45
 
Biographie succincte de
          Ricardos................ page   47
 
La Bataille du Boulou : nos recherches
Premiers pas................... page   51
Les méthodes.................  page   53
Trouvailles..................... page   55
Aujourd'hui.................... page   58
Demain........................... page   58
 
La bataille du Boulou : les hommes et les lieux............ page   59
Les intervenants lors de la bataille du Boulou.... page  61
Index des noms de lieux........... page   63
(en liaison avec la bataille du Boulou)
Remerciements........................  page   65
Bibliographie...........................  page   67
Table des matières...................  page   71

Publié dans Histoire

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Lison /Amédine 21/08/2015 06:54

Bravo Pierre pour avoir partagé notre travail de recherche sur cette page méconnue. Pierre Vigo et moi même avons travaillé plus de 5 ans sur le terrain et dans le seul ouvrage de référence. C'est ainsi rendre hommage à une page d' Histoire et aux soldats de l' An II hommage auquel tu contribues largement par cette diffusion

N.L. Taram 21/08/2015 07:01

Bonjour Amédine,
je suis très content que cela t'ai plu, car c'est ton oeuvre et tu peux en être fière. Je ne suis qu'un petit scribouillard...