POURQUOI LA GUERRE ?

Publié le par N.L. Taram

Pourquoi des nations se font la guerre ? voilà une question que je me pose depuis que j'ai lu, à l'âge de 17 ans, "Voyage au bout de la nuit" de Louis Ferdinand Céline.
 
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Alors, ils mettent leur chapeaux haut de forme et puis ils nous en mettent un bon coup de la gueule comme ça : « Bandes de charognes, c’est la guerre ! qu’ils font. On va les aborder, les saligauds qui sont sur la patrie n°2, et on va leur faire sauter la caisse ! Allez ! Allez !  Y a de tout ce qu’il faut à bord ! Tous en chœur ! Gueulez voir d’abord un bon coup et que ça tremble : « Vive la patrie n°1 ! »
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- Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.
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Finalement, j'ai trouvé un document intéressant écrit par Albert Einstein et Sigmund Freud.
 
WIKIPEDIA
 
Pourquoi la guerre ? (all : « Warum Krieg ? ») est un opuscule paru en 1933, en France, en Allemagne et en Angleterre. Il s'agit d'une confrontation du savoir de l’inconscient à cette question de la guerre (« Pourquoi la guerre ? ») qui touche à la mort et à l’agressivité, en sa forme collective. Dans une Europe qui bascule vers l'irrémédiable, Einstein et Freud donnent à penser sur l'origine des guerres et les moyens de les empêcher.
 
C' est une commande de l'Institut International de Coopération Intellectuelle à Albert Einstein et Sigmund Freud. En effet, les correspondances et entretiens de L'IICI entendaient mettre le dialogue au service de la paix, dans la perspective d'un nouvel humanisme. En 1931, la Commission permanente pour la littérature et les arts de la Société des Nations demande à l’Institut International de Coopération intellectuelle d’organiser un échange épistolaire entre des intellectuels représentatifs. Einstein est sollicité, il se tourne alors vers Sigmund Freud comme interlocuteur. En juin 1932, le secrétaire de l’Institut écrit à Freud afin qu'il participe à cet échange, et en août de la même année, Einstein envoie ses thèses à Freud qui répond un mois plus tard. En 1933, la publication de cette correspondance qui aurait dû s'appeler Droit et violence vit le jour à Paris puis en Allemagne, deux semaines après l’élection d’Hitler ; elle fut tout de suite interdite. Le 10 mai 1933, les nazis organisèrent des autodafès où les livres des « sous hommes », dont Freud et Einstein, étaient brulés en place publique.
Les deux hommes s'étaient rencontré en 1926, alors que Freud passait Noël chez son fils Ernst à Berlin. Freud écrit de ce premier entretien : « Il est gai, sûr de lui et agréable [...] Il s’y connaît autant en psychologie que moi en physique, aussi eûmes-nous une conversation très plaisante ». La relation faillit cependant tourner court. Et il fallut l'occasion de cette correspondance officielle, pour que les deux savants échangent et surtout, Freud prit acte du changement d'Einstein à l'égard de la psychanalyse.
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POURQUOI LA GUERRE ?
1) ALBERT EINSTEIN
 
Potsdam, le 30 juillet 1932.
 
Monsieur et Cher Ami,
 
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Un simple coup d’oeil sur l’insuccès des efforts, certainement sincères, déployés au cours des dix dernières années permet à chacun de se rendre compte que de puissantes forces psychologiques sont à l’oeuvre, qui paralysent ces efforts. Certaines d’entre elles sont aisément perceptibles. L’appétit de pouvoir que manifeste la classe régnante d’un Etat contrecarre une limitation de ses droits de souveraineté. Cet « appétit politique de puissance » trouve souvent un aliment dans les prétentions d’une autre catégorie dont l’effort économique se manifeste de façon toute matérielle. Je songe particulièrement ici à ce groupe que l’on trouve au sein de chaque peuple et qui, peu nombreux mais décidé, peu soucieux des expériences et des facteurs sociaux, se compose d’individus pour qui la guerre, la fabrication et le trafic des armes ne représentent rien d’autre qu’une occasion de retirer des avantages particuliers, d’élargir le champ de leur pouvoir personnel.
 
Cette simple constatation n’est toutefois qu’un premier pas dans la connaissance des conjonctures. Une question se pose aussitôt : Comment se fait-il que cette minorité-là puisse asservir à ses appétits la grande masse du peuple qui ne retire d’une guerre que souffrance et appauvrissement  ? (Quand je parle de la masse du peuple, je n’ai pas dessein d’en exclure ceux qui, soldats de tout rang, ont fait de la guerre une profession, avec la conviction de s’employer à défendre les biens les plus précieux de leur peuple et dans la pensée que la meilleure défense est parfois l’attaque.) Voici quelle est à mon avis la première réponse qui s’impose : Cette minorité des dirigeants de l’heure a dans la main tout d’abord l’école, la presse et presque toujours les organisations religieuses. C’est par ces moyens qu’elle domine et dirige les sentiments de la grande masse dont elle fait son instrument aveugle.
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POURQUOI LA GUERRE ?
2) SIGMUND FREUD
 
Vienne, septembre 1932.
 
Cher Monsieur Einstein,
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La situation est simple, tant que la communauté ne se compose que d’un certain nombre d’individus d’égale force. Les lois de cette association fixent alors, en ce qui concerne les manifestations violentes de la force, la part de liberté personnelle à laquelle l’individu doit renoncer pour que la vie en commun puisse se poursuivre en sécurité. Mais un tel état de tranquillité ne se conçoit que théoriquement ; de fait, le cours des choses se complique, parce que la communauté, dès l’origine, renferme des éléments de puissance inégale — hommes et femmes, parents et enfants — et que bientôt, la guerre et l’assujettissement créent des vainqueurs et des vaincus, qui se transforment en maîtres et esclaves. Le droit de la communauté sera, dès lors, l’expression de ces inégalités de pouvoir, les lois seront faites par et pour les dominateurs, et on laissera peu de prérogatives aux sujets. A partir de ce moment-là, l’ordre légal se trouve exposé à des perturbations de deux provenances : tout d’abord les tentatives de l’un ou de l’autre des seigneurs pour s’élever au-dessus des restrictions appliquées à tous ses égaux, pour revenir, par conséquent, du règne du droit au règne de la violence ; en second lieu, les efforts constants des sujets pour élargir leur pouvoir et voir ces modifications reconnues dans la loi, donc pour réclamer, au contraire, le passage du droit inégal au droit égal pour tous. Ce dernier courant sera particulièrement marqué quand se produiront véritablement, au sein de la communauté, des modifications dans les attributions du pouvoir comme il arrive par suite de divers facteurs historiques. Le droit peut alors s’adapter insensiblement à ces nouvelles conditions, ou, ce qui est plus fréquent, la classe dirigeante n’est pas disposée à tenir compte de ce changement : c’est l’insurrection, la guerre civile, d’où la suppression momentanée du droit, et de nouveaux coups de force, à l’issue desquels s’instaure un nouveau régime du droit. Il est encore une autre source de transformation du droit, qui ne se manifeste que par voie pacifique, et c’est le changement de culture qui s’opère parmi les membres de la communauté ; mais il rentre dans un ordre de phénomènes qui ne pourra être traité que plus loin.
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Et maintenant combien de temps faudra-t-il encore pour que les autres deviennent pacifistes à leur tour  ? On ne saurait le dire, mais peut-être n’est-ce pas une utopie que d’espérer dans l’action de ces deux éléments, la conception culturelle et la crainte justifiée des répercussions d’une conflagration future, — pour mettre un terme à la guerre, dans un avenir prochain. Par quels chemins ou détours, nous ne pouvons le deviner. En attendant, nous pouvons nous dire : Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre.
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POURQUOI LA GUERRE ?
Quelques citations diverses :
 
« Les patries sont toujours défendues par des gueux, livrées par les riches » Charles Peguy
 
« L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie : la fraternité n’en a pas ! » (Lamartine)
 
"... quand entre en jeu la possession des choses terrestres, il est difficile que les hommes raisonnent selon la justice. " (Umberto Eco - Le nom de la Rose)
 
« L’amour fait des fous, le mariage des cocus, le patriotisme des imbéciles malfaisants » (Paul Léautaud)
 
"Le privilège des grands c'est de voir les catastrophes d'une terrasse" Jean Giraudoux 1882-1944
 
" Un état de guerre sert seulement d'excuse pour la tyrannie intérieure"  Alexandre Soljénitsine

Publié dans Société

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