TAHITI, miroir à deux faces (2)

Publié le par N.L. Taram

Les distractions :
 
Lors de la rédaction du premier article sur le même sujet, en décembre 2009, j'avais reçu un texte d'une amie qui me racontait une soirée au golf d'Atimaono où elle avait été invitée. Cette soirée lui avait fortement déplu et elle m'autorisait à publier son texte sans la citer. Toutefois, afin de lui éviter quelques problèmes relationnels avec ses amis (voire employeurs), j'avais laissé ce texte de côté. Maintenant qu'elle nous a quitté (malheureusement), je peux le publier sachant que c'était son souhait.
TAHITI, miroir à deux faces (2)
Il y a deux golfs en Polynésie, Tahiti et Moorea.
C’est chic et "classe" de jouer au golf à Tahiti.
Vu le prix des abonnements, ce n’est pas n’importe qui, qui peut se permettre ce sport verdoyant et très branché.
Au golf de Papara, une compétition nocturne a été organisée récemment.
Pour jouer dans le noir, il faut bien sur des balles fluo.
Une amie m’a rapporté les péripéties de cette soirée, quelque peu ratée.
 
Les balles sont transparentes grâce à de petites des barrettes fluo, introduites dans le cœur de la balle (un petit tube de gel vert).
Ce soir là, sur 60 balles,  seules une dizaine s'allument !
Un vieux stock de tubes ! Les organisateurs s'affolent,  retrouvent d'autres barrettes - idem. Tous les invités s’excitent sur leurs petites balles pour qu'elles s'allument. Aucun n'a osé dire "rembourser", mais tous le pensaient si fort !
Donc annulation du parcours, on ramasse les clubs dans la voiture et on passe au dîner plus tôt que prévu.
Personne ne râle, mais plusieurs rient jaune fluo !
Sur le parking de grosses voitures  ou 4 x4 rutilants, pas beaucoup de petites cylindrées.
Les messieurs sont en polo Lacoste et pompes Méphisto (à 500 €  la paire),
Les femmes,  trop collet monté, veulent se la jouer simple, mais leurs manières ne démontrent que le contraire.
Les conversations sont feutrées et doucereuses «Ambiance soirée golf. Soft only ».
Le sujet politique est tabu. Evidemment. Tout le monde se méfie de tout le monde. 
L’essentiel c’est de jouer au golf et d’être bien vissé au fenua (1), pour des temps immémoriaux ! (on fera sans l’ITR (2), on a du bien).
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Mon amie me dit «Mais où est-elle la Polynésie que je connais, celle de tous les jours, celles des îles, des pêcheurs en va'a (3), des enfants qui s'amusent d'un rien au bord de la route, des mamas qui vendent 4 fruits et 5 poissons au bord de la route, des ouvriers polynésiens qui gagnent tout juste de quoi vivre et qui sont endettés à vie pour subsister ? Qui sont ces extra terrestres qui se croient encore à Saint Nom la Breteche ? »
Ce luxe ostentatoire est dérangeant certes, alors même que la Polynésie est dans une situation économique gravissime, que le tourisme perd chaque mois des points et que des hôtels ferment.
 
Bien sur, j’acquiesce, ce n’est pas pour moi le golf. C'est trop "british" et superficiel. Je préfère l'odeur du tiare (4) que des dollars.
Il y a plein de sentiers dans la montagne où je peux me balader sans me soucier de savoir dans quel buisson s’est cachée ma baballe
Où sont les parcours "santé "pour les jeunes polynésiens obèses qui ne fréquenteront jamais les terrains de golf ?
Non je n’irai pas golfer le long des lagons si clairs !
Vous avez dit relent de colonialisme, mais les EFO (5) c’était avant hier et pourtant ! ! ! !
 
(1) Pays
(2) Indemnité Temporaire de Retraite
(3) Pirogue
(4) Fleur 

Publié dans Economie PF

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TevaTamahine 05/08/2015 21:14

Salut Pierre, cette situation n'est pas exclusive à Tahiti sauf qu'ici elle est plus visible. Dans tous les pays pauvres ou riches la richesse s'affiche de manière ostentatoire, symbole de la réussite sociale. La télévision et la presse médiatisent à outrance cette richesse qui est soi-disant le fruit du travail et de la compétence. Quelle enfumage !! Quant aux pauvres ils n'avaient qu'à mieux travailler à l'école. Les pauvreté est faite pour durer, ils sont désignés à présent comme des défavorisés ou des accidentés de la vie, à l'époque on les appelait des exploités mais le terme est devenu politiquement incorrect. La lutte des classes n'existe plus on appelle cela le syndrome de Stockholm.

N.L. Taram 05/08/2015 23:16

Salut Teva, le but de cet article n'est pas vraiment une analyse de la situation ; pour cela il faudrait actualiser le précédent article de 2009 comme tu le proposes en commentaire. J'ai publié ce texte surtout en souvenir de cette amie, trop tôt disparue, avec qui j'ai souvent travaillé pour son superbe blog dont le GIE Tahiti-tourisme pourrait s'inspirer. Je le visite régulièrement pour éviter qu'il soit supprimé par Google.
http://sylvianeg.blogspot.com/