LES ENFANTS D’ATHÉES

Publié le par N.L. Taram

LES ENFANTS D’ATHÉES
La fin d'une idée reçue
 
Les enfants d'athées ne sont pas moins altruistes
que ceux des croyants, au contraire


Plus que la fin d'une idée reçue, c'est l'un des principaux mythes avancés par les religions en leur faveur qui vient d'être anéanti par une étude réalisée sous la direction de Jean Decety du Département de psychologie de l'université de Chicago. L'étude a été conduite dans plusieurs pays auprès d'enfants élevés dans des familles chrétiennes, musulmanes et non religieuses (incluant les athées).
 
L'arroseur arrosé
 
Cette étude a été financée par la Fondation religieuse d'inspiration chrétienne américaine, John Templeton. Les commanditaires espéraient prouver scientifiquement l'argument majeur des religions, à savoir qu'elles rendent les enfants plus "moraux" (plus altruistes, plus empathiques), que ceux qui sont élevés sans religion.

Contre toute attente, c'est l'inverse que les faits observés ont révélé. En effet, pour les chercheurs de l'équipe de Jean Decety les observations "remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l'idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine - en fait, elle fera tout le contraire".

L'explication avancée pour ces résultats est un mécanisme dit de "licence morale". Le fait, pour un enfant d'être élevé dans la religion le conduirait à percevoir cette religiosité comme un gage de bonté intrinsèque, qui l'immuniserait contre l'immoralité, l'autorisant à faire preuve consciemment ou "inconsciemment" (selon Jean Decety) d'un plus grand égoïsme au quotidien.

Cette étude contredit tous ceux qui se répandent en affirmant que les humains ont, par nature, un besoin profond de "transcendance", de croire en une puissance suprême, de religion, pour éviter à l'humanité de tomber sous l'emprise de l'égoïsme, voire de la violence.

Voilà donc une raison de moins pour devenir adepte d'une religion. Si l'on a besoin de croire en une "transcendance", on peut toujours faire comme le déiste Victor Hugo, croire en Dieu sans être prisonnier d'une religion.
 
"Aimez et pensez librement. Le reste regarde Dieu."
(Victor Hugo / 1802-1885 / Choses vues / 1887)

Ci-dessous quelques extraits d'articles de médias qui ont communiqué les résultats de cette étude.

atheisme.free.fr, 29/11/2015

 

 


La religion nous rend-elle meilleurs ? (Ruwen Ogien)
Libération - 20 novembre 2015

"Il faudrait sauvegarder le sentiment religieux pour se préserver d'un monde égoïste. Une étude sur le comportement des enfants montre l'inverse : être élevé selon les préceptes chrétiens ou musulmans ne porte pas à l'altruisme, au contraire.
La religion nous rend-elle meilleurs ?
Ceux qui le croient risquent d'être profondément perturbés à la lecture des conclusions d'une enquête récente portant sur une population de 1170 enfants de cinq à douze ans au Canada, en Chine, en Jordanie, en Turquie, en Afrique du Sud, et aux États-Unis, les uns élevés dans des familles religieuses et les autres dans des familles non pratiquantes ou athées.
Comment les auteurs de l'enquête sont-ils arrivés à ces conclusions déroutantes ?
Leur but était de vérifier s'il existait des différences significatives entre les enfants élevés dans des familles religieuses et non religieuses, du point de vue de leurs comportements altruistes. [...]
Ils ont constaté que les enfants de parents non religieux étaient plus généreux que les enfants ayant reçu une éducation religieuse.
C'est une Fondation religieuse américaine qui a financé l'enquête. Le présupposé des commanditaires était évidemment qu'elle allait démontrer "scientifiquement" que la religion rend les enfants meilleurs ou plus "moraux", c'est-à-dire plus altruistes, plus empathiques à l'égard des souffrances d'autrui.
Malheureusement pour eux, les faits observés ont complètement démenti leurs attentes. L'absence d'éducation religieuse ne diminue pas la bonté humaine. Elle l'accroît.
Ces faits remettent donc en question, pour les chercheurs, le préjugé selon lequel la religion est indispensable au développement moral des enfants.
Pour expliquer la moindre générosité des enfants de croyants, les chercheurs ont envisagé la possibilité que l'éducation religieuse donnait aux enfants une sorte de "licence morale".
Ces enfants entretiendraient consciemment ou inconsciemment la croyance qu'avoir été élevé religieusement les immunisait à l'égard de l'immoralité : aucune conduite de leur part, aussi égoïste soit-elle, ne pouvait entamer leur "capital de moralité" si on peut dire. [...]
Cependant les faits collectés devraient suffire à nous laisser sceptiques sur les bienfaits moraux de l'éducation religieuse." [...]

 

Non, élever votre enfant dans la religion ne le rendra pas plus altruiste (express.fr)
L'Express - 6 novembre 2015

"Une étude américaine bat en brèche la croyance selon laquelle les valeurs religieuses iraient de pair avec la générosité. Les enfants d'athées seraient même plus altruistes que les enfants de parents croyants.
La religion favorise-t-elle les comportements "prosociaux" comme l'altruisme ? Non, il ne s'agit pas du sujet du bac de philosophie 2016 en exclusivité, mais de celui d'une étude publiée ce jeudi dans la revue Current Biology. Et sa conclusion est nette : les enfants élevés par des parents "non religieux" sont plus enclins à l'altruisme que ceux élevés dans les valeurs religieuses.
Jean Decety, chercheur français naturalisé américain du Département de psychologie de l'université de Chicago, a sélectionné un échantillon international et mixte pour répondre à cette question. Il a interrogé 1170 enfants de 5 à 12 ans, vivant dans de grandes villes des Etats-Unis, du Canada, de Jordanie, de Turquie, d'Afrique du Sud et de Chine. [...]
Ses résultats "remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l'idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine - en fait, elle fera tout le contraire", conclue cette étude. Pas sûr que cette réponse soit celle qu'attendait la Fondation américaine John Templeton, qui a alloué une bourse à cette enquête.
"D'inspiration chrétienne, celle-ci avait en 2007 remis son prix au philosophe canadien Charles Taylor, qui défend l'idée selon laquelle les sociétés laïques occidentales ne sont pas aptes à satisfaire la quête humaine de sens", rappelle Le Monde." [...]


 
Chez les enfants, la religion ne rend pas si généreux (L.M.)
L'Obs - 6 novembre 2015

"Une étude américaine montre que les enfants élevés dans des familles non religieuses sont plus sensibilisés à l'injustice que leurs camarades croyants.
Les chercheurs ont appuyé leur enquête sur un dérivé du "jeu du dictateur" mis en place par des économistes.
Sur une planète où 84% des humains se déclarent croyants, les enfants de familles athées sont en fait plus altruistes et généreux que ceux élevés dans des familles croyantes. C'est ce que révèle une étonnante étude américaine publiée dans "Current Biology" et présentée par "Le Monde". [...]
Dans ses conclusions, Jean Decety estime que les observations réalisées pour l'étude "remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l'idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine."" [...]


 
Les enfants non religieux sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants (Hervé Morin)
Le Monde - 5 novembre 2015

"Certains observateurs attentifs de l'actualité des derniers millénaires l'avaient déjà noté : la religion n'est pas toujours un gage de concorde et de fraternité. Une étude publiée jeudi 5 novembre dans la revue Current Biology suggère que le mode de transmission des valeurs et des pratiques religieuses d'une génération à l'autre risque de faire perdurer cette situation. Menée dans six pays auprès de 1 170 enfants de cinq à douze ans, elle montre que l'altruisme n'est pas la chose la mieux partagée chez ceux issus de familles pratiquant une religion. Ils présenteraient aussi une prédilection pour l'application de châtiments plus sévères que les rejetons de familles se définissant comme "non religieuses".
Conduite au Canada, en Chine, en Jordanie, en Turquie, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, cette étude dirigée par Jean Decety (Département de psychologie de l'université de Chicago) avait pour objectif de mesurer si la religion, ainsi qu'on le croit fréquemment, renforce les comportements dits "prosociaux".
L'enquête est financée par une bourse de la Fondation américaine John Templeton. D'inspiration chrétienne, [...]
La fondation risque d'être déçue par la réponse. Les chercheurs réunis par Jean Decety concluent en effet que leurs observations "remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l'idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine - en fait, elle fera tout le contraire". Un manifeste politique, inhabituel dans une revue de biologie. Jean Decety y tient, notamment du fait qu'aux Etats-Unis, où ce Français naturalisé américain est installé depuis 14 ans, il est impossible à quiconque se déclarant non croyant d'espérer accéder à de hautes fonctions, notamment électives, " car il serait suspecté d'être immoral, voire amoral"." [...]


 
 
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jacques clabaux 06/12/2015 19:39

Bonjour Pierre,
Dommage que cette étude et des références aux articles en découlant ne fasse pas la une des grands médias.
Merci pour ce partage qui va ravir une grande partie de ma famille. En fait, il y a longtemps que nous en étions persuadés, il manquait cette synthèse.
Amicalement.
Jacques
Amicalement

N.L. Taram 06/12/2015 20:35

Bonjour Jacques,
content de te lire. J'ai trouvé ce texte hier soir et, me paraissant intéressant, je l'ai publié. vers 22:15. Il y a quelques références à de grands médias, mais je pense que ces articles sont passés inaperçus.
Amitiés