TAHITI APRÈS LA BOMBE (2)

Publié le par N.L. Taram

La lecture de l’édito d’Alexandre Taliercio, sur le site de Radio 1 du 15 février 2016, m’a rappelé les écrits des mes amis Gilles Blanchet, Jean-Jo Scemla, François Ravault, entre autres…
 
Un extrait de l’édito d’Alexandre Taliercio :
 
……...  c’est la course à celui qui parviendra à décrocher le sésame lui permettant d’aller tout rapporter à Hollande… C’est marrant quand même, on a voulu plus d’autonomie, de compétences, d’institutions locales pour créer le débat et le nourrir, et pourtant, l’échec est flagrant. Cela ne suffit pas, le joujou ne marche pas bien puisque on fait passer le Président de la République pour le messie potentiel pouvant soigner un Fenua à l’agonie. Quelle image lamentable. C’est le constat d’échec d’une Polynésie gangrénée par un manque de confiance interne généralisé qui ne pense plus un instant que la solution pourrait venir d’elle.
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Quelques extraits du livre « TAHITI APRÈS LA BOMBE – Quel avenir pour la Polynésie ? » publié en 1995, éditeur L’Harmattan :
 
(page 102)
Des constats sans complaisance
 
Le Commissariat général au Plan vient de rendre publique la réflexion sur l'Outre-Mer à laquelle s'est livré, à la demande du gouvernement, un groupe de travail présidé par Gérard Belorgey (1). Elle commence par souligner le caractère artificiel et déséquilibré de ces économies du bout du monde : elles sont artificielles parce qu'elles sont tournées vers la consommation plus que vers la production, ce qui se traduit par des importations très supérieures aux exportations. Cette situation est aggravée par de fortes inégalités de revenus, des privilèges fiscaux injustifiés et des mesures sociales inspirées par une volonté de rattrapage de la métropole. S'y greffe une gestion déficiente des fonds publics qu'aggravent l'éloignement, l'absence de contrôle et le manque de moyens du ministère de tutelle. Ce constat vaut pour le Territoire et le rapport s'étonne seulement que le départ prévisible du CEP n'ait pas fait l'objet de mesures préparatoires. Il déplore aussi l'accélération des dérives financières qui lui semble aller de pair avec une « autonomie qui exclut tout contrôle ».
………..
 
(page 103)
 
Bernard Poirine, dans une thèse consacrée à l'économie de la Polynésie Française (2) met lui aussi l'accent sur l'importance et le rôle joués par les fonds publics. Il y voit une rente liée aux expériences nucléaires qui se justifie par les services que rend le Territoire à la métropole en matière de défense nationale. Malheureusement cette rente entraîne des conséquences fâcheuses, une situation que l'on rencontre dans les pays riches en matières premières et que les économistes caractérisent par le vocable de « malaise hollandais » ou « Dutch Disease ». Les revenus liés au CEP produisent des effets analogues à ceux qui peuvent être tirés du pétrole ou du gaz naturel, à la suite d'une découverte ou d'une brusque montée de leurs prix. Au lieu d'entraîner une croissance harmonieuse, ils débouchent sur des hausses de salaires, une augmentation des importations et une hypertrophie de l'administration et des services. Il en résulte des poussées inflationnistes et une baisse de compétitivité qui peut aller jusqu'à un recul de l'agriculture et à certaines formes de désindustrialisation.
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(page 107)
 
Les déséquilibres auxquels l'État s'efforce de remédier doivent eux-mêmes être relativisés dans la mesure où chaque territoire constitutif des DOM-TOM fait officiellement partie de la France et ne peut, à ce titre, être considéré comme une entité à part. Les deux auteurs voient finalement dans les transferts moins un moteur qu'un frein à la production, imputable pour De Miras au fait qu'ils ne sont pas la contrepartie d'un effort productif, pour B. Poirine à ce qu'ils sont détournés du circuit productif par les autorités en place.
Malgré leurs divergences, ces points de vue privilégient les facteurs économiques et font du développement un processus de modernisation et d'augmentation du niveau de vie assis sur un accroissement de la production et des échanges. Leurs auteurs se rejoignent pour estimer que le Territoire doit à l'avenir s'appuyer davantage sur ses propres ressources.
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3 — Les ambitions et les limites du Pacte de Progrès
 
Le Pacte de Progrès va dans le même sens et prévoit :
1° l'encouragement de la production et des exportations locales
2° une ouverture sur l'extérieur et un accroissement de compétitivité obtenu en jouant sur les coûts
3° une réforme fiscale favorisant la production et décourageant la consommation
4° une réduction du poids de la fonction publique
5° un plan d'accompagnement étalé sur dix ans.
La loi d'orientation, qui en constitue le volet législatif et financier, se propose de rééquilibrer l'économie en l'orientant vers une croissance plus endogène, moins tributaire des transferts de la métropole (3).
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1 - Commissariat Général au Plan, 1993, Outre-mer, le défi des singularités, Paris, La Documentation Française, 210 p.
2 - POIRINE (B.), 1992, Tahiti : stratégie pour l'après-nucléaire. De la rente atomique au développement. Tahiti ( Paris : diffusion L'Harmattan), 307 p.
3 - RAOULT (E.), rapporteur, 1994, Projet de loi définissant les orientations de l'aide de l'Etat en faveur du développement économique, social et culturel du Territoire de la Polynésie Française, Paris, Assemblée Nationale, document n° 929.
 
Présentation du livre « TAHITI APRÈS LA BOMBE »
20 ans après où en sommes-nous ?
 
Dépenses de l'État en Polynésie Française
TAHITI APRÈS LA BOMBE (2)
Source :
 
 
Malgré cela, les gouvernements successifs ainsi que certaines associations continuent à quémander des aides financières à la France.
 
Nous avons même droit à des sessions extraordinaires comme celle du 26 janvier dernier.
Qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Comme d’habitude, beaucoup de temps perdu pour des querelles partisanes et sans intérêt ; par contre des « rangs très clairsemés » pour l’étude du rapport à l’ordre jour.
 
Le rapport de la CTC sur la gestion du Pays ne soulève pas les passions
……
la présentation et le débat par les trois groupes politiques sur le rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC) au sujet de la gestion du Pays de 2011 à 2015. Un débat sans passion entre les rangs très clairsemés des élus présents dans l'hémicycle. 
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Publié dans Politique, Economie PF

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d 18/06/2017 11:06

Tant que les politiques et financiers ne penseront qu' a leur profit avant tout , les riches seront toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres .Le peuple passe après .Ou que ce soit , dans les DOM TOM ou en métropole , , seul le pouvoir et le pognon dirigent ces gens
Rares sont ceux qui oeuvrent pour le peuple , il n' y a qu' a regarder les affaires qui sont dévoilées (plus celles qui sont "étouffées "
République ou monarchie , démocratie ou pas , ceux qui sont en bas se font toujours écraser et exploiter et les profiteurs , honnêtes ou pas sont toujours là !

JacquesAdi 17/02/2016 23:45

Cela me rassure, on est au moins 2 à avoir compris !!!

N.L. Taram 18/02/2016 00:03

J'espère beaucoup plus.... Mais que faire ?

JacquesAdi 17/02/2016 21:11

Salut Taram, comme partout ailleurs depuis 20 ans les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres. Les mœurs et pratiques politiciennes n'ont pas changé, le pays s'enfonce gentillement mais sûrement vers le niveau qui serait le sien si le CEP n'était jamais venu s'installer. Avec les transferts de l'Etat la situation reste vivable, il faut juste s'adapter et perdre les mauvaises habitudes de vouloir péter plus que son cul, et là c'est pas gagné !!! Le stop-over de Hollande le 22 prochain est un non-événement et ne changera rien, tout le monde le sait mais la mascarade continue.

N.L. Taram 17/02/2016 21:45

Bonjour Jacques, 100% d'accord avec toi....
Voici ce que j'ai répondu, sur Google, à un ami qui était catastrophé par tout cela :
" Non, je ne dirai pas "la bombe c'était mieux"... Mais certains se conduisent comme une femme qui aurait été violée et qui ensuite marchanderait son silence auprès de la justice, en le monnayant. Cela s'appelle "prostitution"... J'ai voulu surtout, citer une fois de plus ce livre publié en 1995 par des gens que je connais... et que les responsables n'ont jamais lu. Mais savent-ils lire ? Quand j'ai quitté le parti où j'ai milité pendant 30 ans, je leur ai dit : "Je vous parle et vous ne m'entendez pas, je vous montre et vous ne voyez pas". Je crois qu'ils ont compris...".... Hum ! pas sur !!!