PHILON D’ALEXANDRIE

Publié le par N.L. Taram

Philon d’Alexandrie (grec : Φίλων ὁ Ἀλεξανδρεύς Philôn o Alexandreus, hébreu : ידידיה הכהן Yedidia Hacohen) est un philosophe juif hellénisé, contemporain des débuts de l’ère chrétienne (Alexandrie, vers -20 – vers 45).
Son œuvre abondante est principalement apolitique, entendant démontrer la parfaite adéquation entre la foi juive et la philosophie hellène. Elle aura peu d’influence sur le judaïsme mais sera une source d’inspiration féconde pour les Pères de l’Église. Eusèbe de Césarée le cite aussi dans son Histoire ecclésiastique lorsqu’il décrit la vie des Thérapeutes d'Alexandrie.
Redécouvert par le monde juif à l’ère moderne, Philon a donné son nom au Kfar Yedidia situé dans le nord d’Israël.
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Philon d’Alexandrie : In Flaccum (Contre Flaccus ou De la Providence - ΕΙΣ ΦΛΑΚΚΟΝ)
 
Extrait :
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J'accuse à faux, dira-t-on ? Mais alors pourquoi le président indigné ne blâma-t-il point, ne réprima-l-il pas ces insolences envers un si haut personnage ? Ne se fussent-elles point adressées à un roi, elles s'attaquaient du moins à un familier de César, qui avait bien droit d'être honoré de quelque privilège. Ce sont là des preuves évidentes que Flaccus autorisa ces farces malséantes. Celui qui, pouvant châtier ou empêcher quelqu'un de mal faire, ne l'empêche même pas, montre clairement qu'il l'excite.
 
Quand une plèbe désordonnée a trouvé l'occasion de mal faire, elle ne lâche point prise aisément et se porte d'excès on excès. Il y avait à Alexandrie un fou, nommé Carabas (1), non pas de ceux dont la folie sauvage et furieuse se tourne contre eux-mêmes ou contre ceux qui les approchent ; il était d'humeur douce et tranquille. Ce fou, bravant le froid et le chaud, errait jour et nuit dans les rues, servant de jouet aux jeunes gens et aux enfants désœuvrés. On traina ce misérable au gymnase, là on l'établit sur un lieu élevé afin qu'il fût aperçu de tous. On lui plaça sur la tête une large feuille de papier en guise de diadème, sur le corps une natte grossière en guise de manteau; quelqu'un ayant vu sur !e chemin un roseau, le ramassa et le lui mit dans la main en place de sceptre. Après l'avoir orné ainsi des insignes de la royauté et transformé en roi de théâtre, des jeunes gens, portant des bâtons sur leurs épaules, formèrent autour de sa personne comme une garde ; puis les uns vinrent le saluer, d'antres lui demander justice, d'autres lui donner conseil sur les affaires publiques. La foule environnante l'acclama à grande voix, le saluant du titre de Marin, mot qui en syriaque signifie, dit-on, prince'. Or ils savaient bien qu'Agrippa était d'origine syrienne, et que la plus grande partie de son royaume était en Syrie.
Le théâtre romain. Vue de côté. Source Wikipedia

Le théâtre romain. Vue de côté. Source Wikipedia

Flaccus eut connaissance de cette comédie ; que dis-je ! il la vit, et, quand son devoir lui prescrivait de jeter en prison ce fou pour ôter aux insulteurs moyen d'exercer leur insolence envers d'honnêtes gens, de punir ces histrions qui avaient osé poursuivre d'outrages directs ou détournés un roi, ami de César, honoré par le sénat romain de la dignité prétorienne, non-seulement il ne leur infligea aucun châtiment, mais il ne daigna pas même les réprimer ; il donna carrière aux méchants et aux envieux en feignant de ne rien voir et de ne rien entendre.
 Quand la foule s’en aperçut (je ne parle pas du peuple honnête, mais de cette plèbe dont la vie entière se passe dans la fainéantise, la malice et le désordre), elle entreprit une grande trahison. Elle se rassembla de grand matin au théâtre ; Flaccus avait été gagné par l’entremise des misérables dont ce magistrat inconstant et ambitieux subissait l’influence, pour le malheur public et pour sa propre ruine. Tous s’écrièrent d’une seule voix qu’il fallait dresser des statues dans les proseuques (2). C’était le forfait le plus abominable et le plus inouï  qu’on pût imaginer. Ils le comprenaient bien, et avec l’habileté que les Egyptiens portent dans la malice, ils se couvrirent du nom de César contre lequel on ne peut invoquer les lois.
 Que fit alors le président? Il savait bien pourtant qu’il y avait dans la ville et dans tout le pays deux sortes de sujets, nous et le reste des citoyens….
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  1.  Carabas : Καραβᾶς  ou Karavas en grec actuel.
  2.  Lieux de prière pour les mendiants.
 
Question :
Philon étant décédé vers l’an 45,
  • La mise en scène de cette comédie, fut-elle inspirée par la l’histoire de Jésus ?
  • Ce texte a-t-il inspiré les écrits du début du christianisme au 1er siècle (ou de l’église romaine au 4ème siècle) ?
 
Plus de détails sur les écrits de Philon d’Alexandrie :
Note du bloggeur :
 
Le Carabas, cité par l'auteur Philon, n'a rien à voir avec le Rocher Carabasse, situé en Ardèche.

Publié dans Histoire, LIBRE PENSÉE

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