JEAN-PAUL MARAT (22)

Publié le par N.L. Taram

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage
De l'amour de la domination
Des différents âges des nations 
JEAN-PAUL MARAT (22)
Ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre le peuple ; les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d'état qu'ils emploient pour détruire la liberté, & les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme.
 
 
                                   
De l'amour de la domination.
(page 23 à 24)
 
 
Un bon prince est le plus noble des ouvrages du créateur, le plus propre à honorer la nature humaine, & à représenter la divine, mais pour un bon prince, combien de monstres sur la terre ! 
 
Presque tous sont ignorants, fastueux, superbes, adonnés à l'oisiveté & aux plaisirs. La plus part sont fainéants, lâches, brutaux, arrogants, incapables d'aucune action louable, d'aucun sentiment d'honneur. Quelques-uns ont de l'activité, des connaissances, des talents, du génie, de la bravoure, de la générosité : mais la justice, cette première vertu des rois, leur manque absolument. Enfin, parmi ceux qui sont nés avec les dispositions les plus heureuses, & chez qui ces dispositions ont été le mieux cultivées, à peine en est-il un seul qui ne soit jaloux d'étendre son empire,&de commander en maître ; un seul qui pour être despote ne soit prêt à devenir tyran.
 
L'amour de la domination est naturel au cœur humain, & dans quelque état qu'on le prenne, toujours il aspire à primer, tel est le principe des abus que les dépositaires de l'autorité font de leur puissance ; telle est la source de l'esclavage parmi les hommes.
 
Commençons par jeter un coup d’œil sur l'aptitude plus ou moins grande des peuples à conserver leur liberté : nous examinerons ensuite les moyens mis en jeu pour la détruire.
 
(Le paragraphe suivant « De l’étendue de l’État »)
Des différents âges des nations
(page 25 à 27)
 
À la naissance des sociétés civiles, un gros bon sens, des mœurs dures & agrestes, la force, le courage, l'audace, le mépris de la douleur, la fierté, l'amour de l'indépendance, forment le caractère distinctif des nations. Tout le temps qu'elles gardent ce caractère, est l'âge de leur enfance.
 
À ces vertus sauvages succèdent les arts domestiques, les talents militaires & les connaissances politiques nécessaires au maniement des affaires, c'est-à-dire, propres à rendre l'état formidable au-dehors, & tranquille au-dedans. Voilà l'époque de la jeunesse des nations.
 
Enfin, arrivent le commerce, les arts de luxe, les beaux arts, les lettres, les sciences spéculatives, les raffinements du savoir, de l'urbanité, de la mollesse, fruits de la paix, de l'aisance & du loisir ; en un mot, toutes les connaissances propres à rendre les nations florissantes. C'est l'âge de leur virilité, passé lequel elles vont en dégénérant, & marchent vers leur chute.
 
À mesure que les états s'éloignent de leur origine, les peuples perdent insensiblement l'amour de l'indépendance, le courage de repousser les ennemis du dehors, & l'ardeur de défendre leur liberté contre les ennemis du dedans. Alors aussi le goût de la mollesse les éloigne du tumulte des affaires & du bruit des armes ; tandis qu'une foule de nouveaux besoins les jette peu à peu dans la dépendance d'un maître.
 
Ainsi le développement de la force des peuples, diffère en tout point, du développement de la force de l'homme. C'est dans leur enfance qu'ils déploient toute leur vigueur, toute leur énergie, qu'ils sont le plus indépendants, le plus maîtres d'eux-mêmes : avantages qu'ils perdent plus ou moins en avançant en âge, & dont il ne leur reste pas même le souvenir dans la vieillesse. Telle est leur pente à la servitude, par le simple cours des événements.
 
Dans le nombre, il en est toutefois quelques-uns qui ont l'art de se mettre à couvert de l'injure des années, de braver le pouvoir du temps, & de conserver pendant une longue suite de siècles la vigueur de la jeunesse : nouveau phénomène qui distingue le corps politique du corps animal.
 
(Le paragraphe suivant « Des nations amies de la pauvreté »)
Source : De l'Imprimerie MARAT, rue des Cordeliers, vis à vis celle Haute-Feuille. L'an premier de la République 1792

Source : De l'Imprimerie MARAT, rue des Cordeliers, vis à vis celle Haute-Feuille. L'an premier de la République 1792

Prochain article extrait de « Les Chaînes de l’esclavage » :
De l’appareil de la puissance

 

 

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