ROBESPIERRE (2)

Publié le par N.L. Taram

Nous sommes le 14  juillet, donnons la parole à Maximilien ROBESPIERRE.
Voilà un texte étonnamment actuel, rien n’a changé depuis 224 ans…
 
Robespierre est sans doute le personnage le plus controversé de la Révolution française. Ses détracteurs (les Thermidoriens, les fondateurs de la IIIème République et les partisans de l'historiographie anticommuniste dont le chef de file fut François Furet) soulignent son rôle dans l'instauration de la Terreur et la nature autoritaire du Comité de salut public. Pour d'autres, Robespierre tenta de limiter les excès de la Terreur, et fut avant tout un défenseur de la paix, un champion de la démocratie directe et de la justice sociale, un porte-parole des pauvres, et l'un des acteurs de la première abolition de l'esclavage en France. Ces historiens font remarquer que la chute de Robespierre, le 9 thermidor, coïncide avec l'arrêt des mesures sociales qu'il avait prises en faveur des pauvres (la loi du maximum général par exemple, qui contrôlait le prix du pain et du grain), et le triomphe du libéralisme économique. En accord avec cette historiographie, on trouve notamment Albert Mathiez ou Henri Guillemin.
 
ROBESPIERRE (2)
L'opinion est la reine du monde ; comme toutes les reines, elle est courtisée et souvent trompée. Les despotes visibles ont besoin de cette souveraine invisible, pour affermir leur propre puissance ; et ils n'oublient rien pour faire sa conquête.
Le secret de la liberté est d'éclairer les hommes, comme celui de la tyrannie est de les retenir de l'ignorance. Un peuple qui connaitrait ses droits et ses intérêts, qui pourrait se former une idée juste des opérations de ses délégués, serait toujours bien gouverné, parce qu'il ne pourrait jamais être trompé. Aussi vit-on de tout temps ceux qui gouvernent, attentifs à s'emparer des papiers publics et de tous les moyens de maîtriser l'opinion. C'est pour cela uniquement que le mot de gazette est devenu le synonyme de celui de roman, et que l'histoire elle-même est un roman. Le sort du peuple est à plaindre, quand il est endoctriné précisément par ceux qui ont intérêt de le tromper ; et que ses agents, devenus ses maîtres par le fait, se constituent encore ses précepteurs. C'est à peu près comme si un homme d'affaires était chargé d'apprendre l'arithmétique à celui qui doit vérifier ses comptes.
Le gouvernement ne se contente pas de prendre sur lui le soin d'instruire le peuple, il se le réserve comme un privilège exclusif, et persécute tous ceux qui osent entrer en concurrence avec lui. De là, les lois contre la liberté de la presse, toujours justifiées par le prétexte de l'intérêt public. On peut juger par là combien le mensonge a d'avantages sur la vérité. Le mensonge voyage aux frais du gouvernement, il vole sur l'aile des vents; il parcourt, en un clin d'œil, l'étendue du plus vaste empire; il est à la fois dans les cités, dans les chaumières; il est bien logé, bien servi partout; on le comble de caresses, de faveurs et d'assignats. La vérité au contraire marche à pieds et à pas lents; elle se traîne péniblement et à ses frais, de ville en ville, de hameaux en hameaux; elle est obligée de se dérober aux regards jaloux du gouvernement ; il faut qu'elle évite à la fois les commis, les agents de la police et les juges ; elle est odieuse à toutes les factions. Tous les préjugés et tous les vices s'ameutent auteur d'elle, pour l'outrager. La sottise la méconnaît ou la repousse. Quoiqu'elle brille d'une beauté céleste, la haine et l'ambition affirment qu'elle est laide à faire peur. L'hypocrite modération l'appelle exagérée, incendiaire ; la fausse sagesse la traite de téméraire et d'extravagante ; la perfide tyrannie l'accuse de violer les lois et de bouleverser la société. La ciguë, les poignards sont le prix ordinaire de ses salutaires leçons ; c'est sur un échafaud qu'elle expie souvent les services qu'elle veut rendre aux hommes. Heureuse ! si, dans sa course laborieuse, elle trouve quelques mortels éclairés et vertueux qui lui donnent un asile, jusqu'à ce que le temps, son protecteur fidèle, puisse terminer sa cupidité, et venger ses outrages.
À ce prix, vous jugez bien qu'elle doit avoir peur de sectateurs. Croyez-vous que ce soit pour l'amour d'elle que cette multitude d'écrivains se déclarent les apôtres de la liberté ; et que toute leur ambition soit de sacrifier au bonheur de l'humanité leur repos, leur fortune et leur vie ? Voyez s'ils ne se trouvent pas toujours sous la bannière du parti le plus fort ; voyez s'ils n'arrivent pas plus promptement au pouvoir et à la fortune, que le peuple à l'égalité. Voyez si, pour eux, les principes ne sont pas le système de la faction qu'ils servent, s'ils ne pardonnent pas plus aisément à l'incivisme qu'à l'inflexibilité républicaine. Voyez si l'unique objet de leur confédération n'est pas d'effacer insensiblement les principes de la raison et de la justice en calomniant ceux qui les préfèrent à toutes les combinaisons des politiques ambitieux. Contents d'avoir obtenu d'abord l'influence sur l'opinion, en plaidant la cause de la révolution, ils ne songent qu'à en recueillir les fruits en la prostituant à l'ambition des dépositaires du pouvoir. Que serait-ce s'ils exerçaient eux-mêmes ? Si les hommes par qui le peuple voit ou croit voir les événements publics, non-seulement se liguent, mais s'identifient avec ceux qui les créent ? Qu’elle est l’erreur qu’ils ne pourront pas accréditer ? Quelle est la vérité morale ou politique qu'ils ne peuvent point altérer ? Quel est le citoyen qu'ils ne peuvent diffamer ? L'innocence qu'ils ne peuvent sacrifier ? Si le simple habitant des campagnes, si l'ignorant ou le crédule citadin voit tous les jours des libellistes qu'il est accoutumé à croire sur parole, lui peindre le même homme sous les plus noires couleurs ; si chaque jour, les écrits périodiques qu'il attend avec impatience, et qu'il dévore avec avidité, lui apporte régulièrement le poison de la calomnie préparé avec un art nouveau, ne faut-il pas que les citoyens les plus dévoués au bonheur de leur pays, finissent par paraître des monstres odieux ? De quelle manière, dans quel lieu un seul homme se défendra-t-il contre cette lâche persécution ? Opposera-t-il des écrits véridiques à ceux qui diffament ? Mais, s'il a le caractère que j'ai dépeint, il est pauvre. Comment pourra-t-il lutter contre toutes les ressources de ses adversaires ? Comment pourra-t-il même franchir toutes les entraves qu'ils mettraient à la circulation de sa défense ? S'adressera-t-il aux tribunaux ? Quand il pourrait descendre à ce genre de justification insuffisante et indigne de lui, est-il sûr de trouver là une protection assurée contre la faction dominante ? Réclamera-t-il l'appui du ministre ? C'est lui qui le persécute. Montera-t-il à la tribune du Sénat ? Mais si là même ses adversaires sont assez puissants, pour l'en écarter, ou si ce sont eux qui recueillent ses discours, pour les dénaturer ?
Qu'est-ce que la liberté dans un pays où de tels excès sont soufferts, si ce n'est le règne de la plus vile faction et la proscription des honnêtes gens ?
Telle est notre position actuelle. Une trentaine de fripons politiques ont dit : « emparons-nous de l'opinion publique, et nous régnerons. » Ils ont accaparé les folliculaires accrédité ; ils ont multiplié les libelles, sous toutes les formes ; ils n'ont pas cessé un instant de se préconiser eux-mêmes, et de diffamer tous les citoyens qui ne voulaient connaître d'autre parti, que celui de l'intérêt public. Ils se sont emparés du ministère des contributions publiques, de la poste et du ministère de l'intérieur, c'est-à-dire, à-peu-près de toute la puissance royale. Le ministre, qui règne sous ce titre, a fait plus de libelles, que d'actes de gouvernement ; il a dépensé, en affiches calomnieuses, des trésors qui auraient suffi pour nourrir cent mille familles indigentes. Ses rapports à la Convention nationale, ses proclamations ne sont que des pamphlets diffamatoires. Les corps administratifs, les corps municipaux sont devenus les ministres de ses haines personnelles et les colporteurs de ses libelles. Il n'est pas un département, pas une ville, un hameau qui n'ait été infesté de ses calomnies distribuées partout, aux frais de la nation. Que dis-je ? La Convention nationale elle-même trompée par la coalition dont il est la créature et le protecteur, leur a quelque fois imprimé, sans le savoir, le sceau de son autorité sacrée.
Jamais faction ne propagea les fausses maximes du feuillantisme, avec une hypocrisie plus impudente ; jamais tyran ne se joua plus insolemment de l'honneur, de la liberté des citoyens, et ne proscrivit, avec plus de fureur la vertu républicaine.
Aussi nous avons le nom de la république et tous les maux du despotisme anarchique. On nous étourdit du bruit de nos succès militaires ; mais nous n'avons point encore de lois, que celles que la tyrannie royale ou constitutionnelle nous avait données. Nous nous glorifions de porter la liberté dans les pays lointains ; et nous ne songeons pas même à la fixer au milieu de nous.
Citoyens, s'il est pour vous un besoin pressant, un devoir sacré, c'est celui d'éclairer l'opinion publique que cette coalition redoutable cherche à égarer. Délégués du peuple, je soumets cette question à votre sagesse. « La liberté de la presse, destinée à mettre un frein aux usurpations du gouvernement, doit-elle devenir, entre les mains du gouvernement même, un moyen d'opprimer la liberté des citoyens, et de dépraver l'esprit public ? Pouvez-vous protéger le ministre coupable qui, depuis longtemps en abuse avec une aussi scandaleuse impunité ? ».
ROBESPIERRE (2)

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N.L. Taram 17/07/2016 07:12

Bonjour Jacques, pas du tout, tu ne me contraries pas, mon article est classé dans la catégorie "Histoire". En effet, je ne regarde pas dans le rétroviseur mais une fois rentré chez moi, j'étudie le passé, d'abord pour ne pas l'oublier et, en plus, le passé fourmille d'exemples et peut-être une bonne leçon pour l'avenir.
Concernant la démarche du Tavini, je ne suis pas surpris ; je dirais même, pour l'avoir côtoyé quelques années, que je suis consterné... Je rappelle la déclaration d'OMT sur Radio 1, il y a quelque temps "le seul moyen pour gouverner ce pays, c'est la parti unique" >>>
http://www.tehoanotenunaa.com/2010/08/la-democratie-selon-oscar-temaru.html

JacquesAdi 17/07/2016 06:15

Salut Taram, je suis désolé si je te contrarie mais sur ce coup là tu regardes dans le rétroviseur et tu ne suis pas la ligne de conduite que tu t'es fixée. Moi ce qui m'interpelle aujourd'hui ce sont 2 articles de radio one sur le Tavini qui inflexible continue son combat pour la souveraineté, ce qui d'ailleurs en bon français éduqué sous les valeurs républicaines de liberté , égalité et fraternité ne peut me surprendre, ni m'effrayer. Contrairement à la doxa habituelle je pense que la dignité de l"homme est plus importante que l'économie, d'autant que l'économie ne résout rien mais creuse plutôt un fossé entre les individus. Je parle bien entendu de l'économie ultra libérale qui a vogue en ce moment !
http://www.radio1.pf/une-nouvelle-resolution-de-lonu-pour-la-polynesie/ et aussi http://www.radio1.pf/le-tavini-denonce-des-projets-dexploitation-miniere/

A l'inverse de la Calédonie où cela a déjà été tranché par le conseil d'Etat, le statut de la Polynésie donne toute latitude à l'Etat s'agissant de l'exploitation des matières stratégiques dont la liste est à sa discrétion. La démarche du Tavini est donc justifiée. Il y a aussi de la part de l'Etat et du pays une attitude ambiguë qui tend à faire le lit du Tavini, je veux parler de la culture qui s'impose partout et à outrance dans toutes les sphères de la société. Je ne suis ni pour ni contre mais je constate que cela a pour effet de scinder la société polynésienne, entre celle qui revendique son identité spécifique et celle qui veut se jeter de plein pied dans la modernité et la globalisation. L'exercice est périlleux car en promotionnant la culture ancestrale à travers l'éducation, la langue, le sport, les arts, la danse, le orero, on ne peut que creuser le fossé d'avec la civilisation occidentale. C'est un choix mais il a des conséquences à long terme et il faudra assumer. D'autant que la situation économique laisse à désirer et donc le peuple maohi qui n'a rien à perdre de ce progrès artificiel qui n'a aucun effet sur leur vie courante n'a rien à perdre. Il ne faut pas confondre intégration et assimilation, ce qui vaut aujourd'hui de graves problèmes en métropole avec l'immigration du Maghreb pour les 2° et 3° générations. Je pense que nos intelligents qui nous gouvernent n'ont rien compris au film. Cela étant le destin des polynésiens appartient aux polynésiens.