TRISTES TROPIQUES

Publié le par N.L. Taram

Tristes Tropiques est un livre de l'ethnographe Claude Lévi-Strauss, publié en 1955 chez Plon. Il mêle souvenirs de voyage et méditations philosophiques.
Cet ouvrage est un témoignage sur les voyages de Lévi-Strauss et sur son travail anthropologique. Lévi-Strauss se réfère principalement à ses séjours au Brésil mais il décrit aussi ceux qu'il a faits dans d'autres pays (comme l'Inde ou le Moyen-Orient). En outre, bien qu'il soit assimilable à la tradition des récits de voyage philosophiques, le livre est parsemé de réflexions philosophiques et d'idées venant de différentes disciplines comme la sociologie, la géologie, la musique ou la littérature.
 
 
Sommaire
Résumé
 
L'ouvrage, composé de 40 chapitres, comprend neuf parties :
1.   La fin des voyages
2.   Feuilles de route
3.   Le nouveau Monde
4.   La terre et les hommes
5.   Caduveo
6.   Bororo
7.   Nambikwara
8.   Tupi-Kawahib
9.   Le retour
Indiens Bororos - Hércules Florence - collection of Cyrillo H. Florence

Indiens Bororos - Hércules Florence - collection of Cyrillo H. Florence

Claude Lévi-Strauss raconte comment il a été amené dans les années 1930 à devenir ethnologue. Jeune agrégé de philosophie, il avait commencé à enseigner dans un lycée, mais est très vite victime d'un vif ennui devant le caractère répétitif du métier de professeur.
Mais bientôt il eut l'occasion de participer à un séjour au Brésil afin d'y étudier les populations amérindiennes locales tels les Bororos, les Nambikwaras, et les Tupis. Il rédigera d’ailleurs plus tard sa thèse complémentaire sur La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwaras (1948).
 
Analyse
Les récits de ses rencontres avec les Indiens du Brésil occupent plus de la moitié du texte. Cependant, l'auteur prend ses distances avec le genre du récit de voyage, ce que l'incipit annonce de manière assez provocante (l'auteur avouera en fait que ses voyages au Brésil représentent les plus belles années de sa vie) : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Il s'agit, en effet, non pas de peindre l'exotisme ou l'aventure mais de saisir une réalité humaine et de s'interroger sur le concept de civilisation.
Vers la fin de l'ouvrage, il prend la civilisation occidentale pour objet, la compare sans indulgence aux cultures dites plus « primitives », et montre que tout progrès technologiques engendre une perte sur un autre plan. L'ouvrage est relativiste : la civilisation occidentale apparaît comme une option parmi d’autres offertes à l’humanité.
L'auteur s'attarde sur le sens du progrès et les ravages qu'une civilisation mécanique produit sur son environnement et les différentes cultures avec lesquelles elle entre en contact.
Les bases du structuralisme anthropologique apparaissent déjà dans Tristes tropiques, notamment lorsque l'auteur établit un lien entre organisation d'une société et disposition spatiale du village d'une part (Bororos) ou géométrie de ses dessins d'autre part (Caduveo).
Comme l'analyse Georges Bataille : « la nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles. »
Il y considère notamment, après Schopenhauer, le bouddhisme avec bienveillance, et l'islam au contraire (9epartie) comme rigide, fermé sur lui-même et intolérant.
 
Réception et postérité
Tristes tropiques fait partie des premiers succès de la collection Terre Humaine (éditée par Plon), dirigée par Jean Malaurie. Il connaît un succès immédiat et, comme le précise l'historien Gérard Noiriel, « aura un énorme impact sur le public cultivé ». Le jury du Goncourt s'excuse de ne pas pouvoir lui décerner son prix, car le livre n'est pas un roman.
Traduit en vingt-sept langues, ce best-seller devient une référence pour des générations d'apprentis ethnographes.
 
Un album de jazz inspiré par la lecture de Tristes Tropiques a été enregistré en 2005 par Laurent Mignard Pocket Quartet (Juste Une Trace)
Le livre est paru en poche en 2001 chez Pocket.
 
Livre audio
·         Claude Levi-Strauss (auteur) et Jean-Pierre Lorit (narrateur), Tristes Tropiques, Vincennes, Frémaux & Associés, 30 avril 2012 (ISBN 978-2-84468-115-7, notice BnF no FRBNF42707125)
Support : 16 disques compacts audio et un livret sous coffret ; durée : 19 h 55 min environ ; référence éditeur : FA 8115.
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Quelques extraits des commentaires chez Amazon :
 
- Ce livre "événement" justement célèbre depuis sa parution, j'étais trop jeune pour le lire à l'époque. Qu'il puisse m'apparaître toujours d'actualité et pour tout dire prémonitoire à certains égards en fait toute sa valeur.
 
Je n’en suis qu’au huitième de sa lecture mais c'est de la grande littérature. Une description de soleil couchant ou naissant sur vingt pages ne laisse personne de marbre. Le style est très inhabituel pour le quidam du XXIe siècle - plus habitué au langage SMS -, car c'est de la belle prose à laquelle nous avons affaire là.
 
- Le drame de ce livre d'exception est qu'il est visionnaire, le style littéraire est éblouissant et dans cette version originale croyez mois l'émotion est intense.
 
- Se lit comme un roman passionnant et nous fait pénétrer au cœur des difficultés de l’anthropologue qui désire étudier des tribus primitives. Soit elles sont assimilées, soit elles ont été éliminées … il faudrait dire ‘génocidées’ par nous, les hommes modernes. Une leçon de modestie sur les bienfaits de notre civilisation.

Publié dans Littérature, Société

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JacquesAdi 14/07/2016 22:27

"quand je conduis ma voiture, je regarde devant et pas dans le rétroviseur"., ce n'est pas faux et à vrai dire je vais tenter d'appliquer cette règle de conduite sur tous les sujets car après tout tu as raison, le passé n'a qu'une importance toute relative, l'examiner et l'analyser fait perdre du temps qu'il vaut mieux consacrer à ce qu'il convient de faire pour assurer son avenir.

Ecclésiaste 1
Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil?…

Ecclésiaste 2:11,15,17,19,21,23,26
Puis, j'ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j'avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n'y a aucun avantage à tirer de ce qu'on fait sous le soleil.…

Ecclésiaste 3:19
Car le sort des fils de l'homme et celui de la bête sont pour eux un même sort; comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l'homme sur la bête est nulle; car tout est vanité.

Ecclésiaste 4:4,8,16
J'ai vu que tout travail et toute habileté dans le travail n'est que jalousie de l'homme à l'égard de son prochain. C'est encore là une vanité et la poursuite du vent.…

N.L. Taram 15/07/2016 03:45

Merci Jacques pour ces citations d'Ecclésiaste. Je retiens la 4:4,8,16... la 3 est aussi pas mal...

JacquesAdi 14/07/2016 01:59

Alors là Taram tu m'en bouches un coin, je n'aurai jamais imaginé que tu avais rencontré l’Hermite de Tubuai !!! C'est marrant mais il me semble que la classe politique locale n'évoque jamais ce personnage qui pourtant semblait proche de Pouvanaa a Oopa ? J'ai trouvé cet article sur le site "femmes de polynésie" avec entre autres extraits : " L’élu du peuple – Pouvanaa, te Metua est le premier documentaire réalisé sur ce personnage polynésien au destin exceptionnel. De sa naissance à sa mort, 1895 – 1977, Pouvana’a incarne à lui seul cette tranche d’histoire qui est le socle sur lequel s’est fondée la société polynésienne moderne. La vision historique est le fil rouge de la narration, car la réalisatrice Marie-Hélène Villierme a souhaité « coller au plus près de la réalité », pour ne pas prêter le flanc à la critique.
« l’histoire de Pouvana’a fait partie de notre part d’ombres. Il y a eu injustice, personne ne peut plus le contester, mais il n’est plus nécessaire de dénicher des responsables.». La recherche frénétique de coupables serait stérile, ce documentaire préfère éclairer la part de responsabilités de nos aînés, tous bords confondus : « Il faut se garder de souffler sur les braises, en apparence éteintes, car le feu redémarre tout de suite ! ». Etrange comme à Tahiti on ne cherche jamais la vérité, tout est allègrement camouflé ou dilué. On montre la France du doigt, il faudrait plutôt dire certains de ses représentants, dans cette affaire, mais ils n'étaient pas seuls, et quid du sort des notables locaux complices du piège tendu ? Le Comte de Monte-Cristo version tahitienne !!! Quand on ne respecte pas la vérité historique cela s'appelle une fiction, au fait ont dit le Fifo ou le Pipo ?

N.L. Taram 14/07/2016 02:16

Ce sont des rencontres dues au hasard. Ilari était toujours interdit de séjour à Tahiti (d'où le nom de sa propriété à Tubuai "Ermitage Sainte Hélène") mais il venait de temps en temps pour ses affaires ou des soins. J'avais rencontré aussi Lenormand, pharmacien de Nouméa, condamné pour les même raisons que Pouvanaa, mais il avait eu gain de cause ensuite ; malgré tout, il était resté interdit de séjour à Tahiti.
Pour ton commentaire, je suis entièrement d'accord, ne soufflons pas sur les braises. Dernièrement, je répondais à certains de mes correspondants sur le site "Les cobayes de la république (ils s'étonnaient de ma non participation à quelques manifs locales) "quand je conduis ma voiture, je regarde devant et pas dans le rétroviseur".

JacquesAdi 13/07/2016 23:14

Alors oui Taram, vaste sujet loin d'être épuisé ! Pour une vision plus contemporaine, je te signale un livre excellent sur l'ambiance, les moeurs et la politique à Tahiti entre 1934 et 1973 écrit par Noël ILARI, ancien président de l'assemblée de la Polynésie française " Secrets Tahitiens - Journal d'un Popaa farani (1934-1973)". Ouvrage des Nouvelles Editions Debresse 1978.
Je ne serais pas étonné qu'il se trouve dans ta bibliothèque, mais au cas où !

N.L. Taram 13/07/2016 23:44

J'ai lu "Secrets tahitiens", il y a fort longtemps. J'ai même fait sa connaissance et discuté avec lui quant il venait au journal "Les Nouvelles", où je travaillais ; il portait des communiqués et articles... qui n'étaient pas toujours publiés. J'avais écrit un article sur lui mais je l'ai supprimé suite à la réclamation d'un prof retraité en France qui réclamait car la photo d'Ilari à Tubuai, peu te temps avant son décès, était de lui. Lors de la visite d'un ministre OM (Deniau, je cois), à moment de la réception, il avait arraché ses médailles et les avait mis dans la main tendue du ministre.

JacquesAdi 13/07/2016 00:04

L'Homme primitif est un Homme moderne en devenir, le problème en Polynésie comme en d'autres lieux de la planète c'est lorsque la modernité s'impose en sautant les étapes. Les traumatismes sont alors importants et irréversibles. Déjà nous mêmes sur 2 générations nous nous ressentons dépassés, largués et obsolètes. Tout va de plus en plus vite et socialement parlant cela entraîne de nombreux troubles comportementaux. Une bénédiction pour le monde médical et beaucoup de problèmes à gérer pour nos sociétés dites "évoluées" !!! Pour le génocide, c'est une manière pour l'Homme d'élargir son espace vital et de s'accaparer les terres et les biens des plus faibles.Si ils baissent la tête et s’assimilent ils sont épargnés sinon ils sont éliminés. C'est la loi naturelle !!!

N.L. Taram 13/07/2016 02:08

Bonjour Jacques, difficile de répondre en quelques lignes, c'est un sujet tellement vaste. Merci à Claude Lévi-Strauss d'avoir apporter un éclairage intéressant. Concernant la Polynésie, je ne pense pas qu'elle soit passée d'une société primitive à la société actuelle, disons plutôt d'une société rurale à l'actuelle ; cela c'est passé en France mais en une cinquantaine d'années ou plus, alors que la Polynésie a fait ce bond en une décennie. Je retiens de ton commentaire "une bénédiction pour le monde médical" (j'y pensais ce matin) et "c'est la loi naturelle" ; la médecine étant allée à l'encontre de cette loi naturelle, peut-on le leur reprocher ?