JEAN-PAUL MARAT (25)

Publié le par N.L. Taram

Quelques lettres adressées à Camille (Desmoulins ?) par Jean-Paul Marat.
Toujours d’actualité…
 
Les charlatans modernes - Lettre XII
 
NOTICE LE L’ÉDITEUR
 
Ces Lettres n'étaient pas destinées à voir le jour et sans doute elles seraient encore déposées au sein de l'amitié, si la mort n'avait enlevé leurs auteurs.
Elles contiennent des faits piquants dont la malignité abusera peut-être : je me serais fait une loi de les supprimer, s'ils n'étaient étroitement liés à beaucoup» d'autres qu'il importe au public de connaître.
Quoiqu'écrites depuis quelques années y elles n'en sont pas moins nouvelles. Le sort des sociétés littéraires, dont l'assemblée nationale va s'occuper, ajoute encore à leur intérêt.
Qu'on ne me demande pas qui a tenu la plume ; c'est un secret que je garderai toujours, l'honneur m'en fait un devoir. Dans un siècle qu'on nomme celui de la philosophie, et au milieu d'une nation qui se dit libre, croira-t-on que c'est un crime de dévoiler le Charlatanisme académique, et d'éloigner l'époque de la barbarie, que les adeptes en crédit s’efforcent de ramener !
 
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LES CHARLATANS MODERNES ou Lettres sur le charlatanisme académique - 1791
 
Lettre XII
 
 
Il n'est que trop vrai, Monsieur, que les académies n'ont jamais fait de découvertes, bien que leurs membres se soient souvent appropriés celles des autres. Je pourrais, à ce sujet, vous citer cent traits d'infidélité de MM, les académiciens de Paris ; cent abus de dépôt ; cent inventions revendiquées publiquement par leurs auteurs, et ce qui est plus étrange encore, cent mémoires escamotés et publiés sans façon, sous le nom de ces déshontés plagiaires : mais je ne veux point vous faire broyer de noir ;   je me bornerai donc à fixer vos doutes par deux anecdotes qui vous amuseront , et donc vous pouvez acquérir la preuve très facilement, puisqu'elles viennent de se passer sous nos yeux.
 
Vous vous souvenez de l'enthousiasme qu'excita l'enlèvement du premier globe aérostatique, et de l'engouement du public pour ce genre de spectacle : vous vous souvenez aussi des merveilleuses découvertes dont cette nouvelle expérience devait être la source ; vous vous souvenez encore des tentatives aussi vaines que multipliées, faites pour diriger les ballons.  Hé bien ! des sots qui croient que le génie s'est réfugié à l'Académie des sciences, lui ont remis douze mille livres pour travailler à découvrir quelque moyen de direction. Qu'est devenu cet argent ? Vous pensez peut-être qu'il est allé à sa destination ? détrompez vous. Vous pensez qu'il a été employé à quelque recherche utile ? que vous êtes simple. Apprenez que nos savants en ont fait entr'eux le partage, et qu'il a été mangé a la Râpée, à l'Opéra et chez les filles. Vous rougissez pour eux: mais ce n'est la qu'un bibus, écoutez, une autre gentillesse un peu plus gaillarde.
 
Il y a quelques mois qu'un député à l'assemblée nationale, soufflé par un auteur, proposa de décréter l'égalité des poids et mesures pour tout le royaume. La proposition fut accueillie et renvoyée à l'académie des sciences; pour déterminer les moyens d'exécution. Aussitôt MM. les scientifiques de se rengorger, puis de mettre leurs scribes à l'œuvre, et d’accourir au sénat, pour annoncer que l'académie avait trouvé que la meilleure méthode de remplir les vues de l'assemblée, était de déduire toutes les mesures de celle de la circonférence du globe terrestre ; méthode que des plumes vénales ont aussitôt annoncée comme une superbe découverte de nos docteurs. Mais d'où croyez vous que vienne cette méthode sublime l Des Égyptiens. C'était pour la transmettre aux siècles à venir, que furent élevées ces fameuses pyramides que tant d'ignares voyageurs ont prises pour des monuments éternels de la grossièreté de ces peuples. Eh ! d'où croyez vous que nos académiciens ont tiré ce magnifique système ï Ils l'ont tiré mot-à-mot du traité sur les poids et mesures des Anciens, publié par Romé de l'Isle, savant distingué, dont ils ont eu soin de taire le nom, pour le piller impunément depuis sa mort, après l'avoir persécuté toute sa vie. Mais le beau du jeu, c'est que, sous prétexte de mesurer un degré du méridien (si bien déterminé par les anciens, et dont il serait impossible d'altérer aujourd'hui la mesure, sans renverser cet admirable système)  ils se sont fait accorder par le ministre, cent mille écus pour les frais de l'opération ; petit gâteau qu'ils se partageront en frères.
 
Jugez maintenant de l'utilité des académies et de la vertu de leurs membres. Celles de la capitale, qui n'ont jamais rien fait pour les progrès des connaissances humaines, que de persécuter les hommes de génie, seront conservées par les pères conscrits, par cela seul qu'elles sont à charge à la nation et qu'elles sont composées de vils suppôts du despote, de lâches prôneurs du despotisme.
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Extrait de « MARAT avant 1789 » de François Chévremont
 
JEAN-PAUL MARAT (25)

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