KHALIL GIBRAN : RIRES ET LARMES

Publié le par N.L. Taram

 

Avant propos
 
Je n’échangerais pas les rires de mon cœur contre toutes les richesses du monde ; je n’éprouverais aucune joie à convertir mes larmes en quiétude, si mon être angoissé m’y invitait. Je nourris l’espoir fervent que ma vie entière sur cette terre soit toujours larmes et rires.
……..
 
Chanson de l'homme
 
« J'étais ici dès le commencement, et je le suis toujours. Et je resterai ici jusqu'à la fin des mondes, car il n'est pas de fin à mon être en proie à la douleur.
 
 J'ai arpenté le ciel infini, je me suis élevé dans le monde idéal, et j'ai flotté dans le firmament. Mais je suis ici, prisonnier de la matière.
 
J'ai entendu les enseignements de Confucius ; J'ai écouté la Sagesse de Brahma ; Je me suis assis à côté de Bouddha sous l'Arbre de la connaissance. Pourtant, je suis ici, et mon existence est ignorance et hérésie.
 
 J'étais sur le Sinaï quand Jéhovah approcha Moïse ; J'ai vu les miracles du Nazaréen au jourdain ; J'étais à Médine quand Mahomet fut visité. Pourtant, je suis ici, prisonnier de la confusion.
 
 Puis j'ai été témoin de la puissance de Babylone ; J'ai appris la gloire de l'Égypte ; J'ai vu la grandeur guerrière de Rome. Pourtant, mes enseignements précédents m'ont appris la faiblesse et la douleur de ces réalisations.
 
 J'ai conversé avec les magiciens d'Ain Dour ; J'ai débattu avec les prêtres d'Assyrie ; J'ai sondé le Coeur des prophètes de Palestine. Pourtant, je recherche toujours la vérité.
 
 J'ai recueilli la Sagesse de l'Inde sereine ; J'ai exploré les vestiges de l'Arabie ; J'ai entendu tout ce qui peut être entendu. Pourtant, mon coeur est aveugle et sourd.
 
 J'ai souffert des mains des souverains despotiques ; J'ai subi l'esclavage des envahisseurs fous ; J'ai enduré la faim imposée par la tyrannie ; Pourtant, je possède toujours un pouvoir intérieur avec lequel je dois lutter pour commencer mes jours.
 
 Mon esprit est rempli, mais mon coeur est vide ; mon corps est vieux, mais mon coeur est comme un enfant. Peut-être mon coeur redeviendra-t-il jeune, mais je prie pour qu'il vieillisse avant l'heure de mon retour vers Dieu. Alors seulement, mon coeur se remplira à nouveau.
 
 J'étais ici dès le Commencement, et je le suis toujours .Et je resterai ici jusqu'à la fin des mondes, car il n'est pas de fin à mon être en proie à la douleur.»
 
Source : 

Publié dans Littérature, Khalil Gibran

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