LES OUTRE-MER, NOTRE CHANCE

Publié le par N.L. Taram

LES OUTRE-MER, NOTRE CHANCE
LES OUTRE-MER, NOTRE CHANCE

Comment estimez-vous la manière dont la France gère ses Outre-mer ?

Apres deux décennies, on est au bout d'un modèle économique. Les Outre-mer sont considérés comme des espèces de hubs commerciaux avec des marchandises de l'Union européenne à destination de la population locale et éventuellement du territoire le plus proche. Comme ce système ne marche pas, on a voulu croire qu'en faisant de la défiscalisation et de la décharge de cotisations sociales, on allait stimuler comme ça une production locale. Tous ceux qui croyaient que cette politique pouvait fonctionner doivent se rendre à l’évidence que ça ne fonctionne pas.

Mais, curieusement, tous se réclament de la continuité de ce type de méthode et même de son amplification, aussi bien pour Mme Le Pen qui l’a récemment déclaré, que M. Fillon et naturellement que tous les socialistes. Ils demandent une base pour leurs yachts de plaisance et de leur livrer des bananes. Moi je vous demande de livrer à la Métropole et au continent qui nous entoure, les ingénieurs spécialisés dans les techniques qui ont à voir avec l'économie de la mer parce que c'est le Futur de la France.

Encore faut-il pouvoir les former…

Il faudrait que dans les lycées professionnels, il y ait des filières depuis le CAP jusqu'au BTS qui permettent d’arriver à la licence professionnelle au moins. Les îliens sont précisément ceux qui sont dans la situation de pouvoir expérimenter. Toutes les îles devraient, avec leurs assemblées locales, prendre la décision de parvenir à l'autonomie énergétique. Pas comme un vœu pieux, mais avec un calendrier et de la visibilité pour les entreprises locales qui feraient des investissements. Il serait d'ailleurs préférable que l'État et les collectivités investissent directement plutôt que de faire des dispenses fiscales ou sociales qui au bout du compte sont prises en charge par le budget de l'État au profit de très peu de monde.

Quel est votre projet ?

Les départements et territoires d’Outre-­mer peuvent avoir un avenir autre et endogène. Il y a un modèle de développement économique possible et, il faut partir des nécessités fondamentales des territoires : l’approvisionnement  énergétique et la souveraineté alimentaire. Vous ne pouvez pas avoir d'économie locale si vous n'êtes pas capable de produire votre énergie d'une manière non polluante. Il y a de l'industrie autour de l’économie de la mer, beaucoup d'industries. Le développement d'un type industriel et technologique de haut rang sur cette base n'est pas une utopie.

Et que fait-on avec l'agriculture ?

La souveraineté alimentaire, je sais bien que ça n'est pas toujours possible à 100 %. Mais je demande simplement qu'on interroge à quel point elle n'est pas possible. II y a une planification nécessaire pour le retour â l'agriculture vivrière. Si ça ne produit pas ipso facto la souveraineté alimentaire, ça peut permettre, néanmoins, un abaissement du niveau des prix de l'alimentation et une élévation de sa qualité. C’est quand même un problème important qui se pose dans les îles. II ne faut pas simplement changer la manière de produire et d'échanger, mais aussi celle de consommer. Là aussi, on a atteint une limite. Le meilleur moyen de nous nourrir, c'est de revenir a une agriculture vivrière et c’est le plus facile à faire.

Là aussi, il faut un haut niveau de culture et de formation d'autant que les sols ont été dévastés par le passé par l'utilisation massive et irresponsable de pesticides et autres intrants chimiques. Cette transition nécessite donc elle aussi de la formation qualifiante.

Et le tourisme ?

Tant mieux qu'il y ait du tourisme. Mais on ne peut pas construire un mode de développement uniquement sur ce registre. Il y a le positionnement géographique des Outre-mer, on parle des ambassadeurs de la France mais pourquoi faire ? La France doit s'impliquer dons les zones régionales de coopération, je n'ai jamais accepté le terme de « régions ultrapériphériques » parce que cela suppose que le centre est l'Europe et son proche voisinage. Mais la France est présente sur les cinq continents. J'estime que les Caraïbes ont à voir avec l’Alba ( Alliance bolivarienne pour les peuples des Amériques) elles ont a voir avec des mécanismes de coopération économique et militaire extrêmement denses qu’il faut construire avec nos voisins.

L'Europe est un frein aux échanges, avec ses normes…

Les décisions qui ont été prises pour l'Europe, ne l’ont jamais été en tenant compte de la situation particulière de la France et de ses Outre-mer. Je suis pour la désobéissance aux normes absurdes proposées par Bruxelles. Il faut que nous sortions des traités... De toute façon, si le Tafta (1) et le CETA (2) sont appliqués, il n'y a plus d'Europe ! L'essentiel de son marché serait intégré dans une zone beaucoup plus grande soumise à ses arbitrages qui n'ont plus rien à voir avec les directives et les lois européennes.

Ce sera le cas avec les tribunaux d'arbitrage prévus par ces traités. De toute façon, que l'on m'apprécie ou pas, la question de l'organisation de l'Europe va se poser : C'est tellement vrai que les cinq présidents (Commission européenne, BCE, Europarlement, Conseil de Gouvernement et Eurogroupe. NDLR) ont prévu, en 2017, de faire une proposition de traité. Vous observerez que tout ça est très discret parce qu'ils n'ont qu'une peur, c'est que les gens s'en emparent...

Qu’attendez-vous des Ultramarins ?

Les Outre-mer ont un investissement particulier dans la prochaine élection présidentielle. On peut penser que la Métropole a une profondeur de résistance qui permettrait d'encaisser encore d'autres chocs libéraux, mais les Outre-mer français non ! C’est maintenant que se joue, de manière assez définitive, notre avenir.

Les Antilles ont largement voté Hollande en 2012. Comment allez-vous les convaincre de vous choisir?

M. Hollande leur avait dit que son ennemi était la finance et qu'il allait renégocier le traité européen. Les gens se sont dits en toute bonne foi que François Hollande allait le faire et ils ont fait un vote digne, conscient et maintenant, de la même manière, ils font un bilan. II ne faut jamais sous-estimer l'intelligence populaire. Ils ont à choisir, dans l'élection qui vient, entre deux logiques, celle de la cohérence que j'incarne et celle de gens comme M. Fillon ou M. Macron qui sont la prolongation du libéralisme et la mise sous tutelle des Dom et des Com pour lesquels ils n'ont aucune espèce d'idée, sinon de continuer à les considérer comme des lieux où l'on fait de l'engraissement fiscal.

Vous êtes un Français d'Europe. Comment vous adressez aux Ultramarins ?

Je suis un homme qui vient d'un métissage profond entre les deux rives de la Méditerranée et je suis passionné par tout ce qui s'est passé sur le continent qui est en face de vous et peut-être que parmi tous les candidats à la présidentielle, je suis le seul qui le connaît réellement d'un bout à l'autre. De même, les Caraïbes sont loin d'être des inconnues pour moi compte tenu de tous mes passages dans ce secteur, soit à titre privé soit à litre officiel. Vous le savez tous, ici je suis chez moi.

--------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Accord de libre-échange transatlantique entre les États-Unis et l'Union européenne.

(2) Accord économique et commercial global.

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