JEAN-PAUL MARAT (35)

Publié le par N.L. Taram

Joseph Boze, Portrait de Marat (1793)

 

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage

« Flatter l’avarice du peuple » et « Fatiguer le peuple de sa liberté  »

                 

Rappel de l’Histoire… Au XXIème siècle rien n’a changé en dehors des noms & des titres.

 

Ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre le peuple ; les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d'état qu'ils emploient pour détruire la liberté, & les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme.

 

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Flatter l’avarice du peuple.

(page 83)

 

 

Dès que les richesses sont le prix de tout ce qui attire la considération, elles tiennent lieu de naissance, de mérite, de talents, de vertus ; chacun les recherche comme le bien suprême : dès lors la cupidité souffle dans tous les cœurs son venin mortel ; & pour avoir de l'or, on ne craint plus de se couvrir d'infamie. Aussi ceux qui gouvernent ont-ils soin de flatter l'avarice du peuple par le jeu, les tontines, les loteries (1) : artifice constant des cabinets de France, d'Angleterre, de Hollande, & surtout de Venise.

 

Par ce moyen, d'ailleurs, on amuse le peuple, on l'empêche de réfléchir sur sa situation, & d'apercevoir les pièges qu'on lui tend.

Fatiguer le peuple de sa liberté.

(page 123 à 126)

 

 

Pour y parvenir, le prince travaille à exciter des désordres dans l’État.

 

D'abord il apposte ses créatures dans les assemblées populaires, pour opposer les clameurs d'une faction bruyante au vœu du peuple ; ou bien des émissaires de la cour se mêlent aux sociétés des amis de la patrie, pour emporter hors des bornes de la sagesse le zèle ardent & inexpérimenté.

 

C'est un art connu des cabinets d'introduire dans les assemblées populaires d'audacieux intrigants qui déclament des discours insensés, & commettent des actions répréhensibles, pour les imputer aux bons citoyens, calomnier les intentions des patriotes, & présenter le peuple comme une troupe de séditieux & de brigands.

 

Rien de plus ordinaire aux princes que de troubler l'élection des magistrats popu­laires, en soudoyant des tapageurs & des coupe-jarrets pour maltraiter les électeurs qui portent des patriotes purs, & insulter les officiers de police qui veulent faire respecter la loi.

 

Quelquefois le prince met en campagne des troupes de factieux, contre lesquels les lois déploient vainement leur autorité ; mais qu'il fait d'un mot rentrer dans l'ordre, pour faire croire aux avantages prétendus de la domination d'un seul.

 

Quelquefois encore il se sert de la plus vile populace, pour troubler les magistrats dans leurs fonctions, espérant que les gens sages, lassé de vivre dans l'anarchie, l’élèveront par désespoir à la puissance absolue.

 

D'autrefois pour dégoûter le peuple de l'exercice de ses droits, & lui rendre insupportables les inconvénients de la liberté, il forme des partis dans l’État, qu'il soulève les uns contre les autres, & dont il se rend le médiateur pour s'en rendre le maître, & les faire servir d'instruments à son ambition, de suppôts à son autorité.

 

Lorsque l’État est en combustion, il assemble des conseils nationaux : mais il empêche, par de sourdes menées, qu'on n'y prenne aucune résolution, ou bien il rend nuls les arrêtés qu'on y à pris.

 

Il va plus loin : souvent sous prétexte de maintenir la tranquillité publique, il empêche les assemblées destinées à réprimer ses excès & à rétablir l'ordre ; puis il se prévaut du silence qu'il les empêche de rompre, ou des irrégularités qu'il leur à fait commettre, pour supposer en sa faveur le vœu de ceux que la crainte à fait taire, ou punir ceux qui osent parler (2).

 

Ainsi l'artifice favori des princes, est de chercher à exciter des mouvements désordonnés, pour égorger les citoyens & calomnier le peuple ; ils se servent de ses vertus réelles pour lui donner des tords apparents ; & comme ils en sont les juges, ils le punissent de leur propre perversité. Ils s'écrient ensuite les premiers que le peuple est le jouet des intrigants, cherchant de la sorte à le dégoûter de la liberté qu'ils lui rendent laborieuse.

 

Après de longues dissensions, souvent le citoyen fatigué des désordres qui agitent & désolent l’État, se rejette dans les bras d'un maître, & cherche à se reposer dans la servitude. Alors le prince ayant toute la puissance du peuple, qui n'a pu se conduire lui-même, se trouve le plus absolu des despotes. C'est ce qu'on a vu arriver en Danemark, après de vains efforts, pour rappeler le gouvernement à la démocratie.

 

 

(1) En considérant le mince profit que le gouvernement Anglais fait sur les loteries, on ne peut guère lui prêter d'autres vues.

(2) C'est en empêchant les commices de s'assembler, que les décemvirs, d'abord élus pour une année, puis continués pour une autre, tentèrent de retenir à perpétuité leurs pouvoirs. Voilà comment le gouvernement usurpe l'autorité suprême, lorsque le peuple n'a pas d'assemblées périodiques, en possession du droit de se convoquer elles-mêmes.

 

Publié dans Jean-Paul Marat

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