AU SUJET DE L'ABSTENTIONNISME

Publié le par N.L. Taram

 

Au sujet de l'abstentionnisme

L'abstention aux élections (politiques) obéit à divers motifs :

  • certains ne se reconnaissent pas dans les candidats ou les partis en lice et, parce que le vote blanc n'est pas pris en compte, n'ont d'autre voie de manifester leur non-reconnaissance que de s'abstenir ;
  • d'autres ne se reconnaissent pas dans les projets présentés (à supposer d'ailleurs qu'il y en ait !) ;
  • d'autres encore estiment que "les élections ne servent à rien" car "si elles avaient vraiment le pouvoir de (faire) changer les choses, il y a longtemps qu'elles seraient interdites" et privilégient de ce fait d'autres formes d'action politique ;
  • d'autres, contestant le mode de "représentation" en place, s'abstiennent parce que le vote ne leur permet pas d'exercer un réel pouvoir (notamment de contrôle) de mandant sur celles/ceux (les élu/es) qui, s'ils/elles sont des "représentants", ne sont pas pour autant des… mandataires ;
  • d'autres considèrent que la gestion de la chose publique et l'investissement citoyen de l'individu dans cette gestion est certes politique (la politique au sens grec du terme) mais ne relèvent ni de "spécialistes" - les politiciens/nnes -, ni du politique et, notamment, de l'électoralisme (il s'agit de la voie que d'aucuns nomment celle de… la société civile),
  • enfin, pour beaucoup l'abstention n'est que le reflet de leur désintérêt à l'égard non seulement du politique mais également de la chose publique.

 

Les cinq premiers motifs participent bien d'un choix politique et ne posent vraiment problème qu'à ceux/celles qui font un choix différent. En outre, ils ne sont pas nécessairement une (re)mise en cause de la Démocratie en tant que système politique.

En revanche, le dernier pose problème… à la Démocratie ! En effet, cet abstentionnisme - ou, plus exactement, cette absence du politique - laisse une place vide dont ne manquent pas de se saisir certaines minorités agissantes dans une perspective de conquête du pouvoir, par la voie démocratique, et l'objectif final d'anéantissement de la Démocratie (cf. la prise du pouvoir par les fascistes, les nazis, les ayatollahs… et commune conséquence : l'assassinat pur et simple de la Démocratie et, au passage, des démocrates).

Il est sans doute légitime, pour les tenants du système dominant de représentation, de s'inquiéter de l'abstentionnisme de l'électorat mais il est réducteur et dangereux de ne s'en tenir qu'à ce champ particulier de l'abstentionnisme. En effet, la Démocratie, pour être réelle et vivante, implique que le champ du politique soit investi en permanence dans sa totalité spatiale et pas seulement, ponctuellement, "rituellement" (pensons à toutes celles et tous ceux qui pratiquent sans… croire !), en un lieu déterminé et isolé, celui de l'isoloir.

A la limite, peu importe qu'un citoyen vote ou ne vote pas dès lors qu'il s'investit pleinement dans le champ du politique et qu'il manifeste ses choix politiques à travers une action politique dont les formes, d'ailleurs, peuvent varier dans le temps et l'espace. Un tel citoyen n'est pas un "mauvais citoyen" : il est citoyen à sa manière, c'est-à-dire en conformité avec ses convictions.

La lutte contre l'absence de citoyens du champ du politique ne consiste pas à rendre "attractive" la politique - et les politiciens/nnes - par le recours au marketing, voire à la bonne vieille propagande. Elle n'est pas non plus la lutte contre le seul abstentionnisme électoral. Il n'y a pas non plus lieu de considérer qu'une réconciliation doit être cherchée et trouvée entre politiciens/nnes et citoyens/nnes car, d'un point de vue démocratique, il ne doit justement pas y avoir de distinction et, a fortiori, de séparation, d'opposition… entre les premiers et les seconds.

Elle est donc tout "autre chose". Elle est la reconnaissance de ce que, fondamentalement, au regard même de l'essence de la Démocratie, tout est politique, y compris le privé (en quoi, par exemple, la division sexuée du travail au sein de la famille, l'élevage et l'éducation des enfants, l'assujettissement paternaliste, voire machiste des femmes aux hommes, la violence conjugale, la maltraitance d'enfants… ne seraient pas politiques et ne "concerneraient" donc pas la Société ?), que la politique n'est qu'une forme d'action politique parmi d'autres et que le politique n'est pas affaire de métier et d'expertise mais de citoyenneté et de militantisme, qu'il ne saurait y avoir de "démocratie nationale" sans "démocratie (micro)locale" et que, finalement, la forme la plus achevée de la démocratie n'a d'autre manière d'être qualifiée que de…."directe" (1).

 

(1) Démocratie directe: régime dans lequel les citoyens sont appelés à intervenir eux-mêmes, sans intermédiaires, dans les principaux choix qui déterminent la vie politique de leur localité, de leur région, de leur pays (par le biais d'initiatives populaires, de référendums, etc. (Dictionnaire Hachette multimédia).

Additif

A celles/ceux qui considèrent que l'abstentionnisme électoral n'est jamais un acte politique je me conterai d'opposer deux remarques (mais j'aurais pu en citer d'autres) attestant du contraire :

  • dans de nombreuses Assemblées (d'associations, de société, de parlements…), il y a régulièrement des présents/participants qui s'abstiennent de voter considérant qu'ils ne peuvent/doivent pas voter pour X ou Y raison pour telle personne et/ou tel texte. Par leur présence physique au sein de ces Assemblées, ils attestent bien de ce que leur refus de voter est un choix qu'ils font et qu'ils ne peuvent exprimer autrement que par leur… abstention.
  • très souvent, les abstentionnistes aux élections politiques ne le sont devenus qu'après mures réflexions et après avoir voté pendant un temps plus ou moins là. Par ce refus de continuer de voter ils expriment d'autant plus un choix politique qu'ils continuent de voter par ailleurs (au sein d'associations notamment) et que, généralement, ils s'investissent activement dans d'autres formes d'action politique (syndicats, École, Centre social….)

Bien entendu, on peut se situer d'un autre point de vue et considérer que, lorsque tout aura été privatisé et qu'il n'y aura plus de services publics, voire même plus de gouvernement (au sens politique du terme), il n'y aura plus de problème d'abstentionnisme et, singulièrement, d'abstentionnisme électoral puisque, alors, seuls les actionnaires - et non plus les citoyens - auront le droit de vote et que ceux-ci, soucieux de leurs intérêts, ne seront jamais des… abstentionnistes !

J-C C

Publié dans Démocratie

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