ROBESPIERRE (3)

Publié le par N.L. Taram

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Index : 70 à 72

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Parmi les incidents auxquels donna lieu au club des Jacobins la lutte de Robespierre et des Girondins, il en est un qui est trop caractéristique pour qu’on puisse le passer sous silence. Dans la séance du 26 mars, Robespierre proposa une adresse aux sociétés patriotiques sur les événements qui venaient de s’accomplir. Guadet s’opposa à l’envoi de cette adresse, et parmi les motifs qu’il fit valoir se trouvait celui-ci : « J’ai entendu souvent, dans cette adresse, répéter le mot Providence, je crois même qu’il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous. J’avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n’aurais jamais pensé qu’un homme qui a travaillé avec tant de courage, pendant trois ans, pour tirer le peuple de l’esclavage du despotisme, pût concourir à le remettre ensuite sous l’esclavage de la superstition. »

 

Voici en quels termes Robespierre répondit à ce reproche : « La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme, mais ce n’est pas induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la Divinité. J’abhorre, autant que personne, toutes ces sectes impies qui sont répandues dans l’univers pour favoriser l’ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir sacré de l’Éternel qui a créé la nature et l’humanité ; mais je suis bien loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s’est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s’étaie la faiblesse humaine pour s’élancer à la vertu. Ce n’est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n’en avaient pas moins de morale, pour croire à l’existence de Dieu. (Plusieurs voix : — À l’ordre du jour ! Brouhaha.) Non, messieurs, vous n’étoufferez pas ma voix, il n’y a pas d’ordre du jour qui puisse étouffer cette vérité : je vais continuer de développer un des principes puisés dans mon cœur, et avoués par tous les défenseurs de la liberté ; je ne crois pas qu’il puisse jamais déplaire à aucun membre de l’Assemblée nationale d’entendre ces principes, et ceux qui ont défendu la liberté à l’Assemblée constituante ne doivent pas trouver d’opposition au sein des Amis de la constitution. Loin de moi d’entamer ici aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la division parmi ceux qui aiment le bien public, mais je dois justifier tout ce qui est attaché sous ce rapport à l’adresse présentée à la Société. Oui, invoquer la Providence et émettre l’idée de l’Être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me parait à moi veiller d’une manière toute particulière sur la révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire à moi, qui, livré dans l’Assemblée constituante à toutes les passions et à toutes les viles intrigues, et environné de si nombreux ennemis, me suis toujours soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu suffire à des luttes qui sont au-dessus de la force humaine, si je n’avais point élevé mon âme à Dieu. Sains trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m’a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple. »

 

Il faut signaler encore la manifestation de Robespierre dans la séance du 19 mars, contre le bonnet rouge, que portait chaque membre des Jacobins : « En déposant le bonnet rouge, les citoyens qui l’avaient pris par un patriotisme louable, ne perdront rien. Les amis de la liberté continueront à se reconnaître sans peine au même langage, au signe de la raison et de la vertu, tandis que tous les autres emblèmes peuvent être adoptés par les aristocrates et les traîtres. Il faut, dit-on, employer de nouveaux moyens pour ranimer le peuple. Non, car il a conservé le sentiment le plus profond de la patrie… Le peuple n’a pas besoin d’être excité, il faut seulement qu’il soit bien défendu. C’est le dégrader que de croire qu’il est sensible à des marques extérieures. Elles ne pourraient que le détourner de l’attention qu’il donne aux principes de liberté et aux actes des mandataires auxquels il a confié sa destinée. »

 

C’est dans cette même séance qu’il donna l’accolade à Dumouriez, aux applaudissements de la société et des tribunes.

 

À la suite de ces discussions, Robespierre avait donné sa démission d’accusateur public, pour se consacrer entièrement, dit-il, « à plaider la cause de l’humanité et de la liberté, comme homme et comme citoyen, au tribunal de l’univers et de la postérité. » Il fonda un journal, le Défenseur de la constitution, dont le premier numéro parut dans le courant de mai 1792.

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Publié dans Histoire, Littérature

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