JEAN-PAUL MARAT (38)

Publié le par N.L. Taram

 

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage

« Encourager les lettres, les beaux-arts et les talents agréables. »

                 

Rappel de l’Histoire… Au XXIème siècle rien n’a changé en dehors des noms et des titres.

 

Ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre le peuple ; les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d'état qu'ils emploient pour détruire la liberté, & les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme.

 

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Encourager les lettres, les beaux-arts & les talents agréables

(page 65 à 67)

 

Pendant les crises orageuses d'une révolution on ne pense qu'à l'établissement de la liberté : mais dans le calme qui les suit, l'ardeur patriotique s'éteint, la paix donne d'autres idées, d'autres sentiments ; &, au milieu de mille objets de dissipation, on oublie jusqu'à ses devoirs.

Déjà la nation n'est plus unie, les douces liaisons qu'avait formées l'amour de la patrie sont détruites, les membres de l'état sont bien encore citoyens, mais ils ont cessé d'être patriotes.

C'est en encourageant les lettres, les beaux arts & les talents agréables qu'Auguste plia les Romains au joug : que ses successeurs y plièrent les nations barbares qu'ils avaient subjuguées (1).

Jamais peuple ne fut plus indépendant que les Germains. Sans établissement fixe, continuellement engagés dans quelque expédition pour faire du butin, passionnés de la liberté, & toujours sous les armes, ils donnèrent d'abord peu d'autorité à leurs princes : encore cette autorité était-elle peu respectée. Mais lorsque ces princes eurent assuré leurs conquêtes, pour étendre & affermir leur puissance, ils travaillèrent à inspirer à leurs sujets le goût des occupations tranquilles, ils les engagèrent à cultiver les arts de la paix en leur faisant connaître les doux fruits de l'industrie ; ils les encouragèrent à se livrer à l'étude des lettres, à la mollesse & aux douceurs d'une vie contemplative.

Dès que la couronne de la Grande-Bretagne fut affermie sur la tête d'Alfred, ce prince s'appliqua à inspirer à ses sujets le goût des lettres & des arts ; pour les engager à les cultiver, il les cultiva lui-même, & ne cessa de répandre ses grâces sur tous ceux qui s'y distinguaient (2).

Jusqu'au règne de Ferdinand (3), l'Espagne, livrée presque sans relâche aux feux des dissensions civiles, était encore barbare : on n'y connaissait que le métier des armes. Pour étendre sa puissance, ce prince commença à faire naître dans ses états le goût des lettres, en répandant ses bienfaits sur ceux qui s'y appliquaient.

Philippe II & Philippe III, également avides de puissance, favorisèrent de tout leur pouvoir les lettres & les arts.

Non content d'encourager les lettres, Philippe IV courut lui-même la carrière de bel esprit. Et dès que Philippe V fut parvenu à s'assurer la paisible possession du trône, son premier soin fut de protéger les lettres, de fonder des académies, & de récompenser les talents.

Lorsque la puissance royale eut pris le dessus, François I commença à accueillir les lettres, il attira les savants étrangers dans ses états, & encouragea les beaux-arts.

Ses successeurs, Louis XIV surtout, ont tous suivi cet exemple. Au reste, aucun prince ne caresse les gens de lettres qu'autant qu'ils flattent son orgueil, servent à ses plaisirs, relèvent sa magnificence, prêchent la soumission à ses ordres. Et combien de vils sicophantes mettent tout leur esprit à servir d'instrument au despotisme, à préconiser la servitude, à sanctifier l'oppression ! Prostitution infâme qui étouffe la liberté sous les fleurs mêmes de l'imagination, du goût & du génie.

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(1) Il paraît étrange (dit un historien célèbre) que les progrès des arts & des lettres, qui, chez les Grecs & les Romains augmentaient le nombre des esclaves, soient devenus dans ces derniers temps une source générale de liberté, & il a recours à une foule d'arguments forcés pour rendre raison de ce phénomène, qu'une simple distinction éclaircit. Toute étude qui ne se rapporte pas aux droits de l'homme, en fixant l'esprit sur des objets étrangers, doit nécessairement faire perdre de vue la liberté : tandis qu'en ouvrant le sanctuaire des sciences & des lettres à une nation barbare, elle porte tôt ou tard ses idées de ce côté-là.

Les Romains ne connaissaient encore que la politique ; et le métier de la guerre : pour les en détourner, Auguste les engagea à cultiver la poésie et les beaux arts.

 Sous le gouvernement féodal, les peuples, plongés dans, une crasse ignorance, perdirent enfin dans les fers jusqu'à l'idée de la liberté : mais lorsqu'ils vinrent à cultiver les arts et les sciences, une fois livrés à l'esprit de réflexion, ils tournèrent leurs vues sur eux-mêmes, et ils sentirent leurs droits.

(2) Assert. page 13. Flor. Nigorn. page 588.

(3) Époux d'Esabelle.

JEAN-PAUL MARAT (38)
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