ERNESTO CHE GUEVARA

Publié le par N.L. Taram

File:Beauvoir Sartre - Che Guevara -1960 - Cuba.jpg (Alberto Korda)
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La pensée de Che Guevara

La révolution

 
Manifestation en Argentine le 25 mai 2006.
 
Librairie après une émeute à Athènes en 2008.

Che Guevara considérait la lutte armée et la révolution socialiste comme le seul moyen d'améliorer les conditions de vie des pauvres d'Amérique latine, exploités par les États-Unis selon lui. Son point de vue révolutionnaire suivait ceux de Marx et Lénine, qu'il avait étudiés exhaustivement. La révolution en Amérique latine passait pour lui par la création de « foyers » de guérilla (focos) dans un pays où existaient des « conditions objectives » pour une révolution. Ces focos permettent de réunir les « conditions subjectives » pour un soulèvement général de la population. Il pensait qu'il y avait un lien étroit entre la guérilla, les paysans et la réforme agraire. Cette position différait de la pensée soviétique et se rapprochait des idées maoïstes. Il salua d'ailleurs le début de la Révolution culturelle, qui allait faire, peu après son exécution, entre 500 000 et 20 millions de morts.

S'il admire depuis ses voyages et ses lectures le modèle soviétique et Staline, il commence à en prendre ses distances notamment en 1956 avec l'intervention militaire à Budapest, qu'il regrette dans ses carnets, et dès son passage au gouvernement cubain développe sa propre théorie économique communiste, pour lui plus moderne et plus adaptée aux besoins du tiers monde. Ses derniers discours furent des critiques violentes contre l'exploitation du tiers-monde par les blocs communiste et capitaliste, ce qui était à l'opposé du dogme officiel.

Il résume ainsi l'idéal et le mode de vie du révolutionnaire, qui doit rester pour lui avant tout humain :

« Permettez-moi de dire, au risque de paraître ridicule, que le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d'amour. Il est impossible d'imaginer un révolutionnaire authentique sans cette qualité. Peut-être est-ce là un des grands drames du dirigeant. Il doit allier à un tempérament passionné une froide intelligence et prendre de douloureuses décisions sans que se contracte un seul de ses muscles. Nos révolutionnaires d'avant-garde doivent idéaliser cet amour des peuples, des causes les plus sacrées, et le rendre unique, indivisible. Ils ne peuvent descendre au niveau où l'homme ordinaire exerce sa petite dose d'affection quotidienne.

Les dirigeants de la révolution ont des enfants qui dans leurs premiers balbutiements n'apprennent pas à nommer leur père. Et des femmes qui doivent elles aussi participer au sacrifice général de leur vie pour mener la révolution à son destin. Le cadre des amis correspond strictement à celui des compagnons de la révolution. En dehors de celle-ci, il n'y a pas de vie.

Dans ces conditions, il faut avoir beaucoup d'humanité, un grand sens de la justice et de la vérité pour ne pas tomber dans un dogmatisme extrême, dans une froide scolastique, pour ne pas s'isoler des masses. Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l'humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d'exemple et qui mobilisent. »

Cependant, cette vision idéale fait parfois place à la realpolitik, et la fin justifie pour lui les moyens, comme l'avait formulé Nicolas Machiavel. À une personne qui se plaignait à lui à Cuba qu'un de ses amis avait été exécuté parce qu'il distribuait des tracts anticommunistes, Guevara répondit :

« Écoute, les révolutions sont moches mais nécessaires, et une partie du processus révolutionnaire est l'injustice au service de la future justice. »

Contrairement à une croyance très répandue, le Che n'était pas contre le fait qu'un parti révolutionnaire puisse se présenter à une élection. Pour lui la forme révolutionnaire devait être adaptée au moment et au lieu donné :

«  Ce serait une erreur impardonnable que de sous estimer ce que peut apporter un programme révolutionnaire par un processus électoral donné. Mais il serait également impardonnable de ne penser qu'aux élections et de négliger les autres formes de lutte. »

Il estimait néanmoins que tôt ou tard, il faudrait en venir à la lutte armée car les opposants risqueraient de faire un coup d'État militarisé pour renverser le régime socialiste élu.

L'homme nouveau

La révolution devait selon lui également s'accomplir au niveau individuel par la création d'un « homme nouveau ». L'individu de la société révolutionnaire doit chercher une récompense morale (solidarité et bien commun) et non matérielle. Pour lui, seule la récompense morale permet d'accéder au bonheur, la récompense matérielle étant l'apanage du capitalisme. Rechercher la récompense matérielle comme c'était le cas en Union soviétique verrait l'échec de la révolution communiste. Le travail volontaire pour la communauté en plus de celui réalisé pour subvenir à ses besoins était un exemple des actions que devait entreprendre cet homme nouveau. Il permettait également aux dirigeants de rester en contact avec les réalités de la population.

Che Guevara ne cachait pas la difficulté de ce changement aussi bien au niveau individuel qu'au niveau de la société : « Abattre une dictature est facile, construire une société nouvelle est difficile ». Che Guevara est l'instigateur de l'internement administratif et extrajudiciaire qui ne repose sur aucune loi et relève du seul pouvoir discrétionnaire des cadres ou des administrateurs. Ainsi il envoie ses proches collaborateurs qui selon lui ont commis une faute dans un camp de travail à Guanahacabibes, pour une durée de quelques semaines à un mois. Ceux-ci ont la possibilité de refuser, mais doivent démissionner de leurs responsabilités au ministère. Par ailleurs, selon Régis Debray, Che Guevara envoyait les homosexuels dans les camps de travail. Guevara s'imposait à lui-même des périodes de travail dans des camps agricoles afin de donner l'exemple.

Droit de grève et représentativité ouvrière

Che Guevara n'est pas favorable au droit de grève pour les ouvriers. Alors qu'il est ministre de l'Industrie en 1961, il indique : « Les travailleurs cubains doivent s'habituer à vivre sous un régime collectiviste et par conséquent à ne pas pouvoir faire grève ». L'universitaire Samuel Farber considère que Che Guevara avance que puisque l'État est un État ouvrier, il n'y pas de conflits d'intérêts entre l'État et les ouvriers. Il ignore ainsi les différences de classe sociale voire la division hiérarchique du travail.

Entre 1961 et 1964, il est mis en place dans les entreprises des commissions de doléances, ses membres sont élus par les travailleurs, la direction et le ministère du travail. Ce dernier conserve par ailleurs un droit de véto sur les décisions prises. Néanmoins certaines commissions de doléances soutiennent la base contre les cadres de l'entreprise. Che Guevara critique alors cette situation, considérant que la priorité absolue est la production. Pour Che Guevara les syndicats ne doivent pas « gêner la Révolution », ils peuvent signaler des erreurs ou des dysfonctionnements mais ils n'ont pas vocation à défendre des droits : « Le meilleur dirigeant syndical est [...] celui qui saisit parfaitement le processus révolutionnaire et qui, l'analysant et le comprenant en profondeur, soutiendra le gouvernement et convaincra ses camarades en leur expliquant les raisons de certaines mesures révolutionnaires ».

Panaméricanisme et universalisme

 
Guevara et Granado sur l'Amazone, 1952.

Selon Che Guevara, les frontières d’Amérique latine étaient artificielles et représentaient un frein pour lutter contre l’impérialisme américain.

« nous croyons, et depuis ce voyage encore plus fermement qu’avant, que la division de l’Amérique latine en nationalités incertaines et illusoires est complètement factice. Nous sommes une seule race métissée, qui depuis le Mexique jusqu’au détroit de Magellan présente des similarités ethnographiques notables. »

Pour lui, la révolution était mondiale, elle était une lutte totale contre l'impérialisme. Dans ce contexte, la solidarité mondiale était l’élément le plus important pour un monde meilleur.

« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire. »
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Publié dans Société, Histoire

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