MÉMOIRE COURTE

Publié le par N.L. Taram

Réédition d'un article du 16 mai 2010

L’état français a vraiment la mémoire courte !

Il vient de taper sur les doigts de nos représentants politiques et syndicaux par l’intermédiaire de son représentant le haut-commissaire.

 S’il a partiellement raison sur quelques dérives dans la gestion des finances du Pays pendant quelques décennies, il oublie LA RESPONSABILITÉ DE L’ETAT FRANÇAIS, comme le lui rappelle Joinville Pomare dans sa lettre ouverte du 14 mai dernier (1)

JP - “Ce qu’oublie de dire le professeur C....., c’est que pendant plus de 40 ans, l’État français a tout laissé faire dans notre pays. La Polynésie a été pendant 40 ans le centre d’essais nucléaires de l’État français. Pendant 40 ans l’État français a corrompu, acheté, et fait taire l’élite, les hommes politiques et les hommes d’église de ce pays. (…) La petite dictature insidieuse sous forme de démocratie que votre État a soutenue depuis 40 ans, pour que vos essais nucléaires se fassent sans vague aucune, a laissé des traces. (…) Venir ce jour donner des leçons de morale et punir toute la population de la Polynésie, pour des écarts que l’État français a lui-même provoqués, en achetant toutes ces élites, politiques et hommes d’église, c’est quand même gros”.

Qu’ont fait les trésoriers payeurs généraux, les contrôleurs financiers, les agents comptables de l’état pendant toute cette période ? Ils sont aussi responsables que les ordonnateurs, pourtant on ne les voit pas dans le box des accusés….

Rappelons une fois de plus que la Polynésie a servi de champ d’expérimentation  pour 193 essais nucléaires (17 au Sahara). Sans plaisanter, les responsables appelaient cela des « bombes propres » !!! 239 cas de cancers de la thyroïde survenus entre 1966 et 1999 (INSERM, rapport censuré par le ministère des armées), les retombées sur Tahiti lors de l’essai Centaure le 17/07/74 (en particulier sur la presqu’île et la côte est), sans oublier Mangareva aux premières loges pour le spectacle et ses conséquences (2)….

 JP - “Quel développement la France a-t-elle insufflé à la Polynésie depuis 1842, à part faire plaisir aux nervis qui l’ont servi en leur attribuant un outil (autonomie) dont le concepteur (l’État français) n’a jamais préparé les hommes et femmes de ce pays ?”

Pour ceux qui ont encore des doutes sur la période « coloniale », je leur recommande la lecture du Mémorial Polynésien (6 volumes). Prenons un seul exemple qui nous concerne actuellement, la Caisse de Retraite : Comment se fait-il qu’elle existe depuis 1910 (par capitalisation) et 1941 (par répartition) chez les français à part entière et seulement depuis avril 1966 chez les français à part de Polynésie, alors que cela était de la compétence de l’état ? Si j’ajoute qu'en raison de l’absence de contrôle de la part de l’inspection du travail sur les inscriptions à la CPS, celle-ci a dû créer une Allocation Complémentaire de Retraite (ACR) afin de donner un revenu minimum à nos anciens (50% du SMIG). Cet ACR a puisé jusqu’en 2002 dans les réserves du régime salarié : conclusion, le « trou » était de 10 milliards CFP fin 2002.

Qu’est devenue la promesse du général Thiry, grand chef de l’armement nucléaire, qui déclarait en avril 1963 « Si les projets actuels (ndlr : CEP) devaient cesser, ils seraient remplacés par d’autres » ?  et, peu après « Si cette situation menaçait, il ne faudrait pas hésiter à recourir aux mesures d’autorité... ».

La suite, nous la subissons maintenant…

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(1) Je ne partage pas les idées de Joinville Pomare, mais « une fois n’est pas coutume », je suis assez  d’accord avec le sens de sa lettre.

(2) Dialogue entre 2 vétérans dont Olivier, appelé du contingent à Mangareva en 1966 :

Claude : S'il était prévu d'éventuelles retombées radioactives, d'ou l'arrosage, est-ce qu'une gouttière et un puits avaient été prévus ou est-ce que l'eau chargée tombait bêtement au pied du bâtiment et filait directement à la mer en abandonnant les particules sur place?

Olivier : Tout autour de l'abri, on avait fait un caniveau donnant sur un égout qui débouchait sur le lagon. En résumé, on prélevait de l'eau polluée du lagon que l'on balançait sur le toit de l'abri et cette eau était aussitôt évacuée dans le lagon bien sur sans retraitement. Etait-ce efficace ? je laisse aux spécialistes le soin de me convaincre. Je peux même rajouter que j'ai eu le témoignage d'une mangarévienne qui a vécu ces événements, que la population avait senti l'inefficacité de ce système puisqu'au bout de quelques essais après 1968, ils ne voulaient plus s'y mettre à l'abri compte tenu de la promiscuité et l'inefficacité de ce système malgré l'obligation des autorités.

 

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