Qui était John French TEARIKI ?

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Quand j'ai lu le mail de mon ami Albert (auteur de la BD "Au nom de la bombe"), me demandant de lui trouver une copie de la déclaration étonnante et courageuse de John Teariki lors de la visite du général De Gaulle, je dois vous avouer une chose : Je ne connaissais même pas l'existence de cette déclaration. Je connaissais John Teariki et son action politique, c’est tout.
 
J’ai immédiatement cherché sur le gros livre (600 pages au format A4) de Philippe Mazellier « De l’atome à l’autonomie », période 1961 à 1977. Il consacre 16 pages à la visite de de Gaulle en 1966. Mais pas de discours de John Teariki, député de la Polynésie ; seulement ceci :
« …. Il donne indirectement la réplique à Teariki en rappelant la donation de Tahiti à la France par Pomare V. »
 
Faut dire que La Dépêche de Tahiti était un quotidien inconditionnel de De Gaulle et de la force de frappe…
Finalement j’ai trouvé ce discours sur le site www.moruroa.org :

John Teariki, député
Discours d’accueil au général de Gaulle
Papeete, 7 septembre 1966
 
« Serait-ce abuser de votre bonté, Monsieur le Président, que de vous demander de bien vouloir faire preuve, envers notre ancien député, de la même compréhension qu'envers Monsieur Mohamed Ahmed Issa?
 
Venons-en, maintenant, à la question qui, avec l'affaire Pouvanaa, nous oppose le plus profondément : l'implantation et les activités du centre d'expérimentations du Pacifique en Polynésie française.
La création de cet organisme et son installation chez nous, sans que, d'aucune façon, les Polynésiens n'aient été consultés préalablement à ce sujet, alors que leur santé et celle de leurs descendants étaient en jeu, constituent de graves violations du contrat qui nous lie à la France et des droits qui nous sont reconnus par la Charte des Nations-Unies.
 
Votre propagande s'efforce de nier l'évidence en prétextant que vos explosions nucléaires et thermonucléaires ne comporteront aucun danger pour nous. Je n'ai pas, ici, le temps de réfuter toutes les contre vérités qu’elle débite. Je vous indiquerai seulement que les rapports du Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des
radiations ionisantes, de 1958, 1962 et 1964 établissent de façon formelle :
- d'abord, que la plus petite dose de radiations peut être nocive pour l'homme et sa descendance;
- ensuite et par conséquent, que toute augmentation de la radioactivité ambiante est à éviter;
- enfin, qu'il n'existe aucun moyen de protection efficace contre les effets délétères de la contamination radioactive généralisée due aux retombées des bombes nucléaires et thermonucléaires.
Et ces rapports concluent tous à la nécessité de mettre un terme définitif aux essais d'armes nucléaires.
 
En vous rappelant ces simples vérités scientifiques, énoncées par un organisme international aussi qualifié, je ne nourris nullement la naïve illusion de croire que je pourrai vous faire partager mes craintes et vous amener à renoncer à l'explosion de votre plus belle bombe et à celles qui suivront.
Aucun gouvernement n'a jamais, jusqu'ici, eu l'humanité de renoncer à ses essais d'armes atomiques avant d'avoir constitué sa panoplie complète d'engins d'extermination.
Aucun gouvernement n'a jamais eu l'honnêteté ou la cynique franchise de reconnaître que ses expériences nucléaires puissent être dangereuses.
Aucun gouvernement n'a jamais hésité à faire supporter par d'autres peuples - et, de préférence, par de petits peuples sans défense - les risques de ses essais nucléaires les plus dangereux :
- les Américains réservèrent les retombées lourdes de leurs plus grosses bombes aux habitants des îles Marshall,
- les Anglais, aux Polynésiens habitant les îles équatoriales les plus proches de Christmas,
- les Russes, aux quelques peuplades du Grand Nord,
- les Chinois, aux Tibétains et aux Mongols,
- les Français, aux Africains d'abord et à nous maintenant.
 
Mais je ne puis, Monsieur le Président, m'empêcher de vous exprimer, au nom des habitants de ce territoire, toute l'amertume, toute la tristesse que nous éprouvons de voir la France, rempart des droits de l'homme et patrie de Pasteur, déshonorée par une telle entreprise, faire ainsi partie de ce que Jean Rostand appelle le « Gang atomique ».
C'est d'autant plus regrettable que vous venez de prononcer à Phnom Penh un très beau discours, digne de la grande époque de Londres et de Brazzaville. Vous avez pris la défense d'un peuple malheureux, victime d'un conflit qui le dépasse, d'un peuple écrasé sous les bombes et les obus de tous ses « libérateurs ». Après avoir condamné vigoureusement l'intervention américaine, vous avez fait appel au gouvernement des Etats-Unis pour qu'il reprenne conscience de sa vocation historique de défenseur de la Liberté afin qu'en renonçant à imposer, par la force, sa politique au Vietnam, il retrouve sa vraie grandeur et son prestige aux yeux du monde entier.
En applaudissant, avec les 250 000 Cambodgiens qui vous écoutaient, d'aussi justes et courageuses paroles, je ne puis m'empêcher de penser à ce que vous venez faire chez nous et à la réponse que pourraient vous faire, à ce sujet, les Américains.
 
Je ne leur en laisserai pas l'initiative, étant mieux placé qu'eux pour vous le dire. Et je vous adresserai cette humble prière :
« Puissiez-vous, Monsieur le Président, appliquer, en Polynésie française, les excellents principes que vous recommandiez, de Phnom Penh, à nos amis américains et rembarquer vos troupes, vos bombes et vos avions.
« Alors, plus tard, nos leucémiques et nos cancéreux ne pourraient pas vous accuser d'être l'auteur de leur mal.
« Alors, nos futures générations ne pourraient pas vous reprocher la naissance de monstres et d'enfants tarés.
« Alors, l'amitié des peuples sud-américains pour la France ne serait plus ternie par l'ombre de vos nuages atomiques.
« Alors, vous donneriez au Monde un exemple digne de la France : pour la première fois, sans peur, sans chantage, sans marchandage, une grande nation, brisant le mur satanique de la méfiance en renonçant, d'elle-même, à l'usage meurtrier de l'atome, proclamerait sa foi en la raison et en l'avenir de l'homme en conviant tous les peuples de la Terre à devenir ses Compagnons de la Libération du Monde.
« Alors, la Polynésie, unanime, serait fière et heureuse d'être française et, comme aux premiers jours de la France libre, nous redeviendrions tous, ici, vos meilleurs et vos plus fidèles amis. »
................................
John French TEARIKI, un grand visionnaire.... 

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SAINT ETIENNE Claude 28/09/2009 17:28




Gouverner, c’est faire peur


Le journaliste Emile de Girardin pense au XIV ème siècle que “gouverner, c’est prévoir“. Au XVIIIème, le duc de Lévis change la donne
“gouverner c’est choisir“. Saint-Just l'accusateur public,un peu plus tard pense lui que “l’art de gouverner
n’a produit que des monstres“, on ne sait s'il s'incluait dans le lot?


La première citation ne peut guère s’appliquer aux gouvernements actuels et pour cause, ils ne prévoient rien et naviguent à vue au gré des sondages d’opinion, des crises économiques subies
sans être jamais anticipées et pourtant, la course au désastre des banquiers et autres grands patrons n'est pas de ce jour.

la moralisation des gouvernements et des lobbies auraient due être faite en temps, c'est à dire il y aquelques temps déjà. Mais à l’époque pendant que le peuple scandait touche pas à mon
pote les banquiers eux c’était touche pas à mon fric et les politiques pensaient tout haut touche pas à mon siège!...

CS






Taram 28/09/2009 19:42


Bonjour Claude,
Hum ! Saint-Just, accusateur public, il me semble que voilà un nouveau titre pour lui...

« On ne peut régner innocemment »


Tartarin 21/09/2009 20:58

Bravo Claude,Je garde en mémoire ta dernière phrase....

SAINT ETIENNE Claude 21/09/2009 13:21

De ce discours se dégage la raison du choix d'un élu, à savoir:"la visualisation des effets au long terme de certains desseins politiques qui engagent le futur des hommes".... Des deux hommes présents ce jour là, seul monsieur TEARIKI avait cette grandeur d'esprit. Le général DE GAULLE avait pour cette affaire écouté ses conseillers par trop "rayonnants" sur le sujet.Cette vision que devrait avoir chaque chef d'état,  est celle des grands hommes, hélas ce petit surplus ne s'apprend pas, bien que tous ont la fatuité de penser l'avoir, la réalité est tout autre, nous en avons la preuve tous les jours.
CS

OSSAU 16/08/2009 20:16

J'aime bien ton blog NL TARAM

Taram 16/08/2009 20:21


Merci de ta visite, Ossau...


Eteterz=a 10/08/2009 00:36

Eh pa'i ! Je le savais bien très cher See y

Etetera 08/08/2009 21:42

Ia ora naJe suis intéressée par le mémoire, JMR ! Comment faire pour le lire ? Je ne suis pas sur Tahiti mais dans le bleu azur. Tartarin a mes coordonnées ...Mauruuru@ Tartarin, sorry pas encore tout lu ...

Taram 08/08/2009 21:59


Ia ora na Etetera,
Je vais écrire à Jean-Marc Regnault pour savoir où se procurer ce document. Tu n'es pas la seule à l'avoir demandé.
Note: Taram et Tartarin, c'est kif-kif, la même bête... l'un publie, l'autre fait des commentaires


Penilla y Perella Christian 07/08/2009 21:38

        Henri Bouvier était marié avec la soeur de John Teariki et maîtrisait parfaitement le tahitien . C'était aussi un artiste qui avait de l'or dans les doigts , peintre et sculteur . Cet homme était vicéralement attaché à la Polynésie et a été un des rares hommes politiques engagé au prés des polynésiens qui ne les a jamais trahis.Même devant l'ingratitude de certains polynésiens il n'a jamais baissé les bras et nous a toujours soutenus .        Une école de sculture porte quand même son nom c'est le moins que l'on lui devait .                   

regnault 07/08/2009 04:55

Je signale le mémoire de maîtrise de Dimitri Léontieff (Université de Bordeaux 3 et UPF) consacré à J. Teariki. L'étude la plus complète à ce jour sur cet homme politique. Qui veut le consulter ?

Regnault 07/08/2009 03:39

On trouve ce texte dans le livre des époux Danielsson "Tahiti notre bombe coloniale" et dans un ouvrage collectif "Le Bataillon de la Paix".En fait, ce texte a écrit par Henri Bouvier.Dans TPM j'ai relaté comment le collaborateur de De Gaulle, Jacques Foccart, avait ressenti le discours.“Un entretien avec Tera a été cequ’on peut penser, c’est-à-dire queTera a lu au Général une espèce demémorandum qui avait été préparépar je ne sais trop qui, certainementpas par lui, mémorandum qui protes -tait contre l’explosion atomique et quiparlait des revendications des Tahi -t i e n s” .Le “T e r a” dont il est question estvraisemblablement John Teariki, ledéputé de la Polynésie françaisedont le discours a été très dur enversle Général. Il a retourné contrele Général les propos que ce dernieravait tenu à Phnom Penh contre lesAméricains : “ rembarquez vosavions et vos bombes”. Jacques Foccartne semble pas tenir Teariki enhaute estime, doutant de ses capacitésà construire un discours. Defait, le “je ne sais trop qui” est enréalité Henri Bouvier qui a rédigé lediscours de Teariki.

07/08/2009 03:47


Ia ora na Jean-Marc et merci de ta participation.
Un scénariste français, Albert, m'a contacté pour me demander un maximum de renseignements sur cette période et sur Teariki en particulier. Il travaille avec un dessinateur sur une bande dessinée
concernant les essais nucléaires, le titre en serait "John le polynésien". C'est par lui que je eu connaissance de ce fameux discours.


penilla y perella 04/08/2009 21:41

Je vais soulever la question avec le suppérieur des Frères ce jeudi 6 août à notre réunion.

Penilla y Perella Christian 04/08/2009 07:40

Merci d'avoir < exhumé > le discour de John Teariki .  A l'époque je l'ai entendu de mes propres oreilles . Ce discour mériterait être à la vue de tous les citoyens sur le fronton d'un monument . Cette bombe et son fric ont  détruit toutes les valeurs de notre pays . Avant les essais tout n'était pas merveilleux loin de là , actuellement notre pays n'a plus d'économie , n'a plus de morale . Cette qualité de vie que l'on nous enviait a disparu .  

04/08/2009 08:07


Ia ora na Christian,

Il est tout à fait regrettable que ce discours ait été caché pendant des décennies par les autorités et les médias.
A mettre au programme des écoles !