TAHITI APRES LA BOMBE

Publié le par Taram N.L.

Quel avenir pour la Polynésie ?

Annoncée en juin 1995 comme temporaire, la reprise des essais nucléaires français à Moruroa ne rend que plus actuelle la réflexion sur la Polynésie "après la bombe". Tel est l'objet ' du présent ouvrage, dont les collaborateurs sont familiers de longue date avec ce TOM présenté ici par Jean Scemla.

Implanté depuis les années 60, le Centre d'Expérimentation du Pacifique a pesé très lourdement, montre l'économiste Gilles Blanchet, sur l'économie, la société, la culture politique de la Polynésie, malgré ou plutôt à cause des énormes flux financiers générés par les essais.

Les trois années de moratoire (1992-1995) étudiées ici par Bruno Barrillot, spécialiste des questions stratégiques, ont souligné les faiblesses et les contradictions de la dissuasion nucléaire indépendante de la France.

C'est la Polynésie qui en a porté le poids. Il est donc grand temps d'envisager comment ce territoire peut, au-delà d'illusoires facilités financières, retrouver un nouvel équilibre social et économique. Cette reconversion majeure implique À la fois une réflexion sur les principes d'un développement durable (G. Blanchet) et l'entrée en scène de nouveaux acteurs sociaux (B. Barrillot).

L'Etat français n'avait guère consulté ses citoyens, quant aux essais de Moruroa et à leur impact négatif sur la vie polynésienne. La responsabilité des citoyens français reste pourtant entière, quant à l'avenir de la Polynésie.

 

 Front de mer, Papeete 1963


Présentation

Année après année, les signaux rouges clignotent à Tahiti, altérant soudain le bleu de carte postale auquel il est si commode d'identifier le TOM polynésien. Avec « l'octobre noir » de 1987, le port de Papeete avait vu ses magasins pillés, ses voitures incendiées, ses installations saccagées. En juillet 1991, on avait à nouveau frôlé de très près l'explosion sociale majeure. En février 1995, les routes d'accès à Papeete étaient une fois de plus obstruées par des barrages de pneus enflammés, des camions étaient renversés, le drapeau tricolore brûlé sous les tirs de grenades offensives. En ces trois circonstances — et en maintes autres — un conflit du travail, apparemment anodin, avait servi de détonateur et révélé la fragilité explosive du Territoire.

Derrière ces crises ponctuelles, ne faut-il pas réfléchir aux déséquilibres profonds d'une société polynésienne habituée depuis les années 60 aux « perfusions financières » de la « manne atomique » ?, selon les expression du journal La Croix (14 février 1995) «Les indicateurs sociaux... sont lourds de menaces : démographie galopante, taux de chômage record, urbanisation débridée », constatait de son côté Le Monde (15 février 1995). 20  de la population du TOM se trouvent, estime-t-on, au seuil de pauvreté ou en-dessous. Comment est-on arrivé au chômage massif des jeunes (50  de la population a moins de 20 ans), à la congestion urbaine et à la spéculation immobilière (le mètre carré vaut plus cher à Papeete que sur les Champs-Elysées), bref à la « société duale » : la fourchette des revenus va de 1 à 15, écart bien supérieur à celui de la métropole.

Le TOM polynésien regarde vers la métropole, il est « tiré » par ,1e modèle occidental de consommation, de vie facile, de gaspillage « high-tech » que relaient sur place les « popaa » (blancs) aux rémunérations sur-évaluées et aussi les « demis » (polynésiens occidentalisés). Mais la Polynésie se trouve pourtant au cœur du Pacifique, loin, très loin de cette métropole si insidieusement dominatrice. La grande majorité de la population garde fortement conscience de son identité maohi, elle vit très mal son écartèlement entre le modèle métropolitain et les réalités océaniennes.

Les polynésiens ne font-ils pas l'amère expérience, à plus de deux siècles de distance, de la prophétie prêtée dès 1772 par Diderot à un vieillard visionnaire de ces îles alors trop naïvement identifiées à une « Nouvelle Cythère » ; « Pleurez, malheureux Tahitiens, pleurez ! Mais que ce soit de l'arrivée et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront... vous enchaîner, vous égorger ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ; un jour, vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux » (Supplément au voyage de Bougainville) ! Texte classique, texte qui pourtant, on s'en doute, n'est guère mis à l'honneur dans les classes de français des écoles, collèges et lycées du TOM...

Si le malaise et le mal-être polynésien sont directement liés — les experts s'accordent sur ce point — à l'implantation du CEP (Centre d'Expérimentation du Pacifique) au début des années 60 et aux essais nucléaires de Moruroa — Fangataufa, la suspension de ces essais en avril 1992 les a encore aggravés. Le TOM, « corseté... dans une étroite dépendance financière vis-à-vis de Paris »  réalise soudain que cette dépendance même rend des plus précaires son avenir, si disparaît la source de la manne nucléaire. Il s'interroge sur « l'après CEP ». Selon G. Flosse, « le Territoire est menacé d'un cyclone économique et social si le CEP est mis en sommeil ». S'agit-il bien d'un cyclone, certes dévastateur mais qui passera comme tous les cyclones ? « L'après CEP » ne serait-il pas plutôt un de ces paliers historiques privilégiés, qui imposent de « remettre à plat » une situation, donc de penser l'avenir dans toute sa nouveauté radicale ? La Polynésie rencontre peut-être, à la faveur de la nouvelle donne géopolitique mondiale créée par la chute du « mur » et par la disparition de la confrontation nucléaire Ouest-Est, un moment de vérité qu'il lui faut saisir et mettre à profit.

…………………………………

La suite chez votre libraire habituel…


   Front de mer, Papeete 2009

Les contributeurs

Jean CHESNEAUX

Professeur émérite d'histoire. Université Paris VII

Voyages d'études en Polynésie : 1987 et 1991.

Participation active au réseau SOLIDARITÉ EUROPE PACIFIQUE » depuis sa création en 1990.

Auteur de :

Transpacifiques, La Découverte, Paris, 1987.

La France dans le Pacifique, de Bougainville à Moruroa, La Découverte, Paris, 1992.

Gilles BLANCHET

Chercheur à L'ORSTOM, docteur en sciences économiques et docteur en sociologie.

Séjours en Polynésie : 1978-1982 et 1983-1985 à l'ORSTOM de Tahiti.

Missions en Polynésie : 1986 — 1989 — 1990-91.

Publications sur la Polynésie :

L'économie de la Polynésie française de I960 à 1980, ORSTOM, Paris, 1985. Collection Travaux et Documents, n° 195,165 p.

Croissance induite et développement autocentré en Polynésie française, Paris, ORSTOM, 1987. Collection TDM n° 24,681 p. (thèse de doctorat d'État).

Les petites et moyennes entreprises polynésiennes — Le cas de la petite hôtellerie, ORSTOM, Paris, 1987. Collections Travaux et Documents, n° 136,105 p.

« L'évolution économique et démographique de 1960 à 1986 » in Encyclopédie de la Polynésie française, vol. 8, p. 25-40, Éditions Gleizal/Multipress, Tahiti, 1988.

Survey of the Economy of French Polynesia from I960 to 1990, Islands/Australia Working Paper, n° 91/4,40 p.. National Centre of Development Studies, Australian National University.

Jean-Jo SCEMLA, journaliste

Séjour en Polynésie de 1977 à 1985.

Journaliste à la Dépêche de Tahiti et correspondant du Monde, du New Zeeland Herald et de Radio Australie.

Auteur de :

Les Immémoriaux de Victor Segalen, Éditions Haere Pô No, Tahiti, Papeete, 1986.

Voyage en Polynésie, anthologie des voyageurs occidentaux, de Cook à Segalen, Edit. Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1994.

Bruno BARRILLOT

Chercheur au Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits (CDRPC) Lyon, spécialiste des stratégies nucléaires.

Deux voyages d'études en Polynésie en 1990 et 1995.

Ont également participé au groupe :

François RAVAULT : Géographe, directeur de Recherche honoraire à l'ORSTOM.

A séjourné en Polynésie de 1965 à 1980, puis en 1986 pour assurer la coordination et la réalisation des tomes 8 et 9 de l'Encyclopédie de la Polynésie « Vivre en Polynésie ».

Spécialisé dans l'économie du coprah et l'étude des problèmes fonciers.

Au titre de consultant.

Claire-Lise OTT

Coordonnatrice pour la France du réseau SOLIDARITE EUROPE PACIFIQUE depuis sa création. Responsable du suivi technique et rédactionnel de l'ouvrage.

Marie-Pierre BOVY

Responsable du Collectif STOP ESSAIS, Présidente du Mouvement International de la Réconciliation.

Elles ont apporté au groupe de travail les questions et les réflexions des mouvements associatifs et des Églises, représentant la « société civile » française préoccupée de l'avenir de la Polynésie.

 

 


                                                                             
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Didier MOREAUX 12/06/2017 18:27

Mais il ne s'est pas passé autre chose en Polynésie que ce qui s' est passé en Métropole quand l' industrie sidérurgique s' est cassé le nez , ou quand l' empire Boussac c' est cassé le nez aussi , c' est un éternel recommencement La crise de 2008 a mis sur le tapis des centaines de milliers d' emplois en Europe et des milliers d' entreprises ont mis la clé sous la porte .La Polynésie est gérée par des gens qui ne pensent qu' a eux et pas au peuple , mais ,qui les a élu ?
C'est pas le tout de casser et de faire du feu , il faut aussi se prendre en main et se remuer sans attendre que ça tombe du ciel !
Vous dites que certains ne savent même pas ce que veut dire CEA et CEP , mais ils savent MAC DONALD , manette de jeu et autre bétises .....

N.L. Taram 12/06/2017 23:34

Je n'ai pas lu ce livre, je me suis contenté de le présenter. Je connais bien JeanJo Scemla qui était mon voisin à Mahina, ainsi que Gilles Blanchet et François Ravault avec qui j'ai travaillé à l'ORSTOM. Concernant Bruno Barrillot, j'ai plusieurs fois débattu avec lui, en particulier sur le forum des "Cobayes", je n'ai pas toujours partagé ses propos.
Dans la présentation du livre, j'ai apprécié le dernier paragraphe : Selon G. Flosse, « le Territoire est menacé d'un cyclone économique et social si le CEP est mis en sommeil »...... Mais notre problème actuel vient que nos gouvernements polynésiens qui ont suivis n'ont rien fait pour « remettre à plat »

christian penilla y Perella 23/09/2009 21:23


On peux réver .
   Du pragmatisme et du bon sens ferait du bien .
   Encore que ........gérés avec honnêteté .


SAINT ETIENNE Claude 23/09/2009 17:40


Le monde économique et politique n'a ni cœur, ni passion, juste des intérêts... C'est un peu comme pour l'écologie, quand on aura trouvé le nerf porteur d'intérêts il y aura alors du travail pour
tout le monde, ce qui engendrera une économie saine. A la seule condition que les ficelles soient tirées par des gens aussi honnêtes que justes.....

Ce precepte étant accepté reste à savoir quoi?

CS