Anatole FRANCE

Publié le par N.L. Taram

http://www.librepensee64.ouvaton.org/Htm/france.htm

 

Anatole France    Nourri de lettres anciennes, il renouvelle, à l'usage de son siècle, le courant humaniste. Profondément sceptique, éloigné des fanatismes religieux et politiques, il combat aux côtés de Zola pour la réhabilitation de Dreyfus.

     Prix Nobel de Littérature (1921)

    Quelques extraits de son œuvre témoigneront de son amertume et de son pessimisme, exprimés avec une ironie pétrie de désolation. Il y dénonce le machiavélisme des puissants et la servilité des institutions.

 

     Dans Crainquebille, il met dans la bouche d'un personnage les réflexions suivantes :

     "La justice est la sanction des injustices établies. La vit-on jamais opposée aux conquérants et contraire aux usurpateurs ? Quand s'élève un pouvoir illégitime, elle n'a qu'à le reconnaître pour le rendre légitime. Tout est dans la forme, et il n'y a entre le crime et l'innocence que l'épaisseur d'une feuille de papier timbré."

     "C'est dans l'imitation qu'il faut chercher la raison de la plupart des actions humaines. En se conformant à la coutume on passera toujours pour un honnête homme. On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres."

----------o----------

  Pingouins

 

     Dans L'île des Pingouins, il met en scène des pingouins transformés en hommes qui fondent une société affligée de toutes les tares habituelles des sociétés humaines :

    "Ils créent le droit ; ils fondent la propriété ; ils établissent les principes de la civilisation, les bases des sociétés et les assises de l'Etat.

- Comment cela ? demanda le vieillard Maël.

- En bornant leurs champs. C'est l'origine de toute police. Vos Pingouins, ô maître, accomplissent la plus auguste des fonctions. Leur œuvre sera consacrée à travers les siècles par les légistes, protégée et confirmée par les magistrats."

     Tandis que le moine Bulloch prononçait ces paroles, un grand Pingouin à la peau blanche, au poil roux, descendait dans la vallée, un tronc d'arbre sur l'épaule. S'approchant d'un petit Pingouin, tout brûlé du soleil, qui arrosait ses laitues, il lui cria :

     "Ton champ est à moi !"

     Et, ayant prononcé cette parole puissante, il abattit sa massue sur la tête du petit Pingouin, qui tomba mort sur la terre cultivée par ses mains.

    Comme Maël s'horrifie d'une telle conduite, il s'entend répondre :

(...) Prenez garde, mon père, dit Bulloch avec douceur, que ce que vous appelez le meurtre et le vol est en effet la guerre et la conquête, fondements sacrés des empires et sources de toutes les vertus et de toutes les grandeurs humaines. Considérez surtout qu'en blâmant le grand Pingouin, vous attaquez la propriété dans son origine et son principe. Je n'aurai pas de peine à vous le démontrer. Cultiver la terre est une chose, posséder la terre en est une autre. Et ces deux choses ne doivent pas être confondues. En matière de propriété, le droit du premier occupant est incertain et mal assis. Le droit de conquête, au contraire, repose sur des fondements solides. Il est le seul respectable et le seul qui se fasse respecter. La propriété a pour unique et glorieuse origine la force. En cela elle est auguste et ne cède qu'à une force plus grande. C'est pourquoi il est juste de dire que quiconque possède est noble. Et ce grand homme roux, en assommant un laboureur pour lui prendre son champ, vient de fonder à l'instant une très noble maison sur cette terre."

----------o----------

 

     C'est aussi dans L'île des Pingouins qu'il dénonce la bêtise à base de certitude des foules qui condamnèrent Dreyfus, représenté par le personnage de Pyrot. Il fait au passage l'éloge du doute :

     "On ne douta point, parce que l'ignorance où l'on était de cette affaire ne permettait pas le doute qui a besoin de motifs, car on ne doute pas sans raisons. On ne douta point parce que la chose était partout répétée, et qu'à l'endroit du public, répéter, c'est prouver. On ne douta point parce qu'on désirait que Pyrot fût coupable et qu'on croit ce qu'on désire, et parce qu'enfin la faculté de douter est rare parmi les hommes ; un très petit nombre d'esprits en portent en eux les germes, qui ne se développent pas sans culture."

 

----------o----------

Libre Pensée 

 

C’est toujours d’actualité….

                   Merci pour cet article à la

Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

wakrap 07/02/2011 19:55



Bonjour,


 


C'est en effet très intéressant cette notion de propriété en commun, qui reste cependant une propriété. L'individualité n'est pas nécessaire à la notion de propriété.


Pour la terre, cette notion de propriété collective est au coeur de ce courant de pensée: http://www.wikiberal.org/wiki/G%C3%A9olibertarianisme , et j'avoue être très séduit.



Cependant c'est différent du système local, car l'indivision est un ensemble de propriétés  sur la terre avec le cumul des inconvénients  sans en avoir aucun avantage dans une économie
qui a besoin de se moderniser.


 


Je crois qu'en Calédonie les tribus gèrent intelligemment la propriété collective car il existe un pouvoir de décision impératif aux membres de la collectivité.


Sans organe décisionnel, la propriété, collective ou non, est stérile. C'est le gros problème de la Polynésie.



Christian Penilla y Perella 05/02/2011 11:37



Taram


 


Dans ma précédente intervention je répond aussi à Anatole France dans L'île aux pingouins.



Christian Penilla y Perella 05/02/2011 11:32



Au sujet de la propriété


 


Le sens de la propriété à l'européenne est trés récente à Tahiti. C'est depuis peu que le polynésien a changé sa relation avec la terre. Jusqu'aux années cinquante ( 1950 ) la quasi
totalité des polynésiens usaient de la terre, vivaient du produit de la terre. Mais la terre appartenait à la communauté des familles , d'une lignée. comme les familles étaient par tradition trés
élargies, adopté et étranger même européens pouvaient être inclus dans la famille. Tout cela était dans la coutume , dans les moeurs. C'est le basculement dans une nouvelle société de
consommation qui a tout changé.


Personnellement et dans ma famille encore dans les années soixante dix ( 1970 ) nous avons gardé cette façon de fonctionner pour la majorité de nos biens. Ce que nombre de notaires ne
comprennent pas et nous devons refuser de sortir de l'indivision et gérer des biens en commun malgrés leur pression. Sûr que c'est un barrage à la spéculation qui rapporte tant dans le système
occidental.


Pour résumer, user de la terre sans en être propriétaire. cette terre étant communautaite.





Une chose qui ma surpris ces dernières années c'est qu'un certain milieu polynésie revienne à cette notion de la propriété en commun.


Dans d'autres îles du Pacifique cette manière ancestrale de gérer les terres perdure encore aujourd'hui.


 


A une époque j'aimais taquiner mon père qui est d'origine européenneen lui disant: Chez vous les européens , la propriété c'est quatre bornes et un gars au milieu avec un fusil. Sur cette
façon de voir les choses nous n'avons jamais pu nous mettre d'accord.



wakrap 04/02/2011 20:26



Et surtout l'origine de la propriété n'est en rien la force. En effet cette idée est un" vol de concept" dans la grille des sophismes.


Affirmer que l'origine est la force implique qu'on l'a volé à quelqu'un donc elle a une origine plus ancienne que cette force. C'est un gros sophisme bien baveux qui est écrit là par le bon
Anatole.


http://membres.multimania.fr/mgrunert/Le_vol_de_concept.htm


 



wakrap 04/02/2011 20:18



Bonjour,


 


Oui, enfin, bon, il a rien compris à la définition de la propriété et de ce point de vue c'était une grosse buse à lire ce texte.


Sans parler de la contradiction formelle entre le début où il dit: ils créent le droit, ils fondent la propriété" et plus loin il dit: "considérez qu'en blâmant le grand pingouin, vous attaquez
la propriété dans son principe."  Ah bon? Justement le principe de Droit de la propriété est la possibilité d'exclure autrui de cette propriété, le contraire de l'action du grand pingouin.



SAINT ETIENNE Claude 03/02/2011 12:41



Oui Christian, sauf la minime différence d'âge, nous égrenions presqu'au même moment, les mêmes récitations ou lectures... L'un à TAHITI l'autre en Normandie, l'un ignorant l'autre.


Anatole France. Prosper Mérimée. Georges Sand. Jean Giono. Edgar Quinet. Lamartine. Alphonse Daudet.


En souvenir j'ai retrouvé une dictée sanctionnée de 2 pts pour les fautes grammaticales, 1 pts par mot et un demi par accent



LA VACHE de Jules Renard (1864-1910)
Las de chercher, on a fini par ne pas lui donner de nom. Elle s'appelle simplement “ la vache ” et c'est le nom qui lui va le mieux.
D'ailleurs, qu'importe, pourvu qu'elle mange !
Or, l'herbe fraîche, le foin sec, les légumes, le grain et même le pain et le sel, elle a tout à discrétion, et elle mange de tout, tout le temps, deux fois, puisqu'elle rumine.
Dès qu'elle m'a vu, elle accourt d'un petit pas léger, en sabots fendus, la peau bien tirée sur ses pattes comme un bas blanc, elle arrive certaine que j'apporte quelque chose qui se mange. Et
l'admirant chaque fois, je ne peux que lui dire : “ Tiens, mange ! ” Mais de ce qu'elle absorbe elle fait du lait et non de la graisse. A heure fixe, elle offre son pis plein et carré.
Elle ne retient pas le lait, - il y a des vaches qui le retiennent, - généreusement, par ses quatre trayons élastiques, à peine pressés, elle vide sa fontaine. Elle ne remue ni le pied, ni la
queue, mais de sa langue énorme et souple, elle s'amuse à lécher le dos de la servante.
Quoiqu'elle vive seule, l'appétit l'empêche de s'ennuyer. Il est rare qu'elle beugle de regret au souvenir vague de son dernier veau. Mais elle aime les visites, accueillante avec ses cornes
relevées sur le front, et ses lèvres affriandées d'où pendent un fil d'eau et un brin d'herbe.
Les hommes, qui ne craignent rien, flattent son ventre débordant ; les femmes, étonnées qu'une si grosse bête soit si douce, ne se défient plus que de ses caresses et font des rêves de
bonheur.
Elle aime que je la gratte entre les cornes. Je recule un peu, parce qu'elle s'approche de plaisir, et la bonne grosse bête se laisse faire, jusqu'à ce que j'aie mis le pied dans sa bouse.



Christian Penilla y Perella 03/02/2011 11:25



Taram


 


L'AMOUR................................................Le texte laisse sans voix, tellement que c'est beau.



Christian Penilla y Perella 02/02/2011 21:43



Bonjour tout le monde.


 


C'est à croire que nous avons bu le savoir au même biberon. Le biberon de l'école d'un pays républicain, que cette école soit laïque ou religieuse.


Je vais revisiter Anatole France.



SAINT ETIENNE Claude 02/02/2011 14:15



Sublime, le seul souvenir d'Anatole restait ses dictées pas faciles "la petite maison au fond d'un vallon ave la cheminée qui fume etc..." J'adopte, mieux, jevais lire. Merci Taram



N.L. Taram 02/02/2011 17:12



Bonjour Claude,


Moi aussi, j'en étais resté aux dictées. Je viens de le redécouvrir grâce au site "La libre pensée".


"On croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels"...