DIANE DE POITIERS (5)

Publié le par N.L. Taram

Diane entête

 

joute-Henri-IILa joute de trop

Les trompettes sonnent, les deux chevaliers se ruent l'un vers l'autre, aucun d'eux n'est désarçonné, normalement le combat doit s'arrêter là.

C'est sans compter sur l'entêtement du roi qui exige un second affrontement... Vieilleville, l'écuyer du roi, le prie d'interrompre "Sire je jure le Dieu vivant qu'il y a plus de trois nuits que je ne fais que songer qu'il doit vous arriver quelque malheur aujourd'hui, ce dernier juin vous est fatal. Vous en ferez comme il vous plaira." De nouveau, Montgommery supplie le roi qui refuse. Il désire conclure.Joute Henri II

Sous le choc violent, la lance de Montgommery se brise, la partie pointue glisse sous la visière du roi, crève l'œil et se fige dans le cerveau ... Il resta en selle mais s'affaissa sur l'encolure de son destrier. Ses écuyers l'entendirent murmurer "je suis mort", puis du casque que l'on venait de lui ôter, jaillit un flot de sang. Dans les tribunes Catherine s'était évanouie. Diane, statufiée, regarda le corps de son amant passer sur une civière, quelles pensées la traversaient à cet instant, amour ou intérêt? Le roi respirait encore, on le transporta en son château des Tournelles qui était à deux pas de là. Au prix d'un effort surhumain il refusa toute aide et monta seul les escaliers, simplement soutenu par des proches. Il désirait mourir en roi. On le coucha sur le lit et on lui aspergea les mains de vinaigre. Catherine et Diane sanglotaient.

 

pareL'homme de la situation

Ambroise PARÉ que l'on était allé chercher arriva dans une pièce où les médecins présents, sous les hurlements du roi qui jusqu'alors ne s'était jamais plaint, retiraient de longues échardes de bois, puis pansaient les cicatrices avec du blanc d'œuf.

Après examen de la blessure il se fit apporter la lance et expliquer minutieusement les circonstances. Il demanda alors à la reine de faire exécuter sur le champ, trois ou quatre prisonniers, condamnés à mort et de lui livrer les cadavres. Pendant ce laps de temps il s'entoura de ses élèves, lorsque les cadavres encore chauds arrivèrent, se saisissant d'une lance brisée semblable à celle de Montgomery, il l'enfonça violemment dans l'œil du premier cadavre ne recréant pas la même blessure, puis ce fut au tour du deuxième, puis du troisième qui fut défiguré sans avoir été atteint à l'œil. Tout le monde observait en silence, Paré se concentrait. Les élèves au premier rang, comme dans un cours d'anatomie attendaient la réussite du maître. Au second plan, les nobles en habits de fête, brocarts et joaillerie pendantes attendaient, figés sur place par l'ampleur que prenaient les choses. Le roi gémit. Se ressaisissant, Paré, sur de lui, enfonça la pointe dans l'œil et réussit son coup. La blessure était identique. Introduisant un doigt, il fouilla scientifiquement l'intérieur puis déclara solennellement "le cas du roi est désespéré".

 

tombeau-de-henri-ii-et-de-catherine-de-medicis-saint-denis

L'après

Dans l'heure qui suivit les paroles d'Ambroise Paré, Catherine fit interdire la présence de Diane dans la chambre du roi. Celle-ci prudemment, connaissant l'expérience du pouvoir, sachant que sa vie pouvait être en jeu, se gardera bien de paraître à la cour, pour quelques jours plus tard, aller prendre l'exil en son château d'Anet. De là, elle envoya une lettre demandant pardon à Catherine pour toutes ses offenses et turpitudes passées, elle y joignait une cassette contenant les bijoux "indûment gagnés".

Chateau d'Anet

Catherine n'avait aucune bassesse, elle agit royalement, laissant à Diane tous ses biens, sauf Chenonceau qui faisait partie du domaine royal, et à ce titre, légalement inaliénable. En échange elle lui offrit Chaumont avec ce commentaire perfide "Elle faisait les délices de mon mari, j'ai honte de reprendre Chenonceau, je lui donne Chaumont". Catherine était une fille trop intelligente et calculatrice pour ignorer que la haine est mauvaise conseillère. L'ennemi d'aujourd'hui sera peut être l'indispensable allié de demain.

ChaumontToutefois, reprenant pour son compte le monogramme, accréditant ainsi la thèse du "C" retourné, Catherine, fit graver ce monogramme sur le tombeau commun, Ce qui eut pour conséquence de frustrer de ce symbole la concurrente Diane qui pourtant se l'était déjà approprié pour son compte personnel.

Montgomery, inquiété malgré les ordres du roi, fut relâché, ayant peur il alla se réfugier en Angleterre où il devint chef protestant. Revenu en Normandie qu'il ravagea, il y fut arrêté et décapité comme rebelle, place de grève.

Catherine, tellement dépitée par la mort du roi qu'elle aimait, ne put plus regarder le château des Tournelles. Plus tard elle le fit raser.

Selon la mode du temps elle choisit pour symbole une lance brisée avec pour devise "Lacrymae hinc, hinc dolor" (De là viennent mes larmes et ma douleur).

 

Un peu plus tard, au sujet des détournements de la gabelle ayant eu lieu pendant le règne du feu roi Henri II, elle poursuivit Diane par personne interposée. Diane se sentit visée, Guépréau était de ses contacts au trésor, il fut condamné à mort, mais la reine fit savoir qu'elle seule détenait le pouvoir d'exécution et condamnait Diane à verser au trésor le montant des sommes détournées. Catherine jubila car elle savait que Diane aimait infiniment plus l'argent que l'amour, et surtout que le sieur Guépréau.

Par cette perfidie, elle se rappelait royalement aux bons souvenirs de sa rivale. Ce jeu du chat et de la souris, qui sait, aurait peut être continué si Diane ne s'était éteinte peu de temps après, en 1566.

 

Claude Saint Etienne

Plume-copie-1.JPGÉléments puisés sur les écoutes radio ainsi que dans l'excellent livre de Jean Orieux "Catherine de Médicis"

 

Publié dans Histoire

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SAINT ETIENNE Claude 22/10/2010 11:38



On reste dans l'époque car Anne toute petite petite a épousé en première noces, me semble t'il, le frère de Henri II avant que celui-ci ne disparaisse prématurémentr, car c'est lui qui était le
dauphin en titre et aurait du prendre le trone. La vie en a décidé autrement. Si je situe bien cette période, Je ne connais pas bien les dessous de l'histoire d'Anne, alors, Sylvie-Anne, je
serais un fidèle lecteur....



SAINT ETIENNE Claude 22/10/2010 11:00



Effectivement Taram, j'ai laissé  passé des confidences sur la reine Margot, fille de Catherine de Médicis, qui, laissant sa condition de reine bien
derrière ne vivait que pour et par le plaisir. Vous y apprendrez que malgré les réticences du préposé aux sonneries de cloches, pourquoi la Saint Barthélémy fut carillonnée par lui avec
entrain .... Et se n'est pas tout.


Je vous demande un peu de temps quand même, le temps de rassembler mes documents et d'en faire la synthèse la plus courte possible



N.L. Taram 22/10/2010 11:15



Prends ton temps Claude, Sylvie-Anne va nous mijoter un petit plat fort épicé: de l'Anne de Bretagne à la Duguesclin...



sylvie-anne 22/10/2010 10:49



La colle ! Il faut que je retourne à Dinan fouiller dans les archives, car c'est dans la cathédrale de Dinan que Anne à épousé son preux chevalier de DUGUESCLIN.


Sur le blog j'en suis qu'aux débuts de Raivavae.... Le meilleur est à venir.



sylvie-anne 22/10/2010 10:11



La fin est bien triste  mais quelle belle leçon d'histoire!


Une autre femme a beaucoup compté  dans l'histoire de France , c'est la Duchesse Anne de Bretagne . Son histoire est passionnante. Elle aussi a épousé un roi .



N.L. Taram 22/10/2010 10:15



Bonsoir chère Sylvie-Anne,


Je compte sur toi pour nous raconter Anne de Bretagne. Est-ce aussi "léger" ?



SAINT ETIENNE Claude 22/10/2010 09:46



Merci Pierre. Ainsi rédigés ces écrits n'apportent qu'une facette de la véritable cour de Henri II ou tout n'était certainement pas que plaisirs, surtout pour les manants... Merci pour
l'illustration



N.L. Taram 22/10/2010 10:13



Merci surtout à toi, Claude


Mes "clients" en réclament! vivement Margot...