DIVAGATIONS SUR LE TEMPS

Publié le par N.L. Taram

J’ai reçu, le même jour, quelques correspondances parlant du « temps », non pas celui qu’il fait mais celui qui passe. Avec l’accord des auteurs je vous fais profiter de deux d’entre-elles…

----------o----------

Guy Delorme m’écrit :

 

Notre pire ennemi, notre meilleur allié...

………….

En écrivant ces derniers mots, je n'ai pu m'empêcher de sourire en pensant à l'état dans lequel je me trouvais hier soir après un tennis le matin, que j'avais terminé sur des œufs, ne sentant plus mes orteils et perclus de douleurs plantaires (malgré mes super shoes Nike-Air) un peu soulagées (pas les shoes, les douleurs!) dans l'après-midi grâce à une cure énergique canapé-plok-télé, en prévision des trois heures de musique en soirée au bar du Méridien avec mon trio, mais sans mes Nike, avec des Derby noirs datant de Mathusalem et dont la semelle intérieure était tellement écrasée que l'armature quadrillée de la chaussure martyrisait ma plante des pieds déjà agonisante suite à sa matinée sportive: Il a fallu toute ma superbe de vieux cabot pour parcourir d'un air presque léger, encombré de mes étuis de sax et bugle, la centaine de mètres qui séparent la scène du parking, heureusement désert, où je balançai mes f...godasses dans la voiture avec la hâte des jeunes amants derrière la porte à peine refermée, pour enfin pousser un couinement libérateur, qui, contrairement aux jeunes amants, n'eut rien d'orgasmique!

 

O rage, O désespoir, O vieillesse ennemie!

N'ai-je donc tant marché que pour cette infamie?

Parcouru les vallons, gravi tant de sommets,

Bondissant de l'Ubac au soleil des Adrets,

Pour voir en quelques heures, mes si jolis petons

Muer en pitoyables et douloureux arpions!

 

Ne sachant comment faire pour te dire mon soutien

J'ai préféré t'écrire ces petits mots de rien.

Le temps est notre maître: on nous a toujours dit

Tout faire pour en gagner, surtout ne pas le perdre!

Et si vous en avez, il faut en profiter:

 

A cueillir nos roses, Ronsard nous exhortait,

Et notre grand Léo tristement susurrait:

Avec le temps va, tout s'en va, et même si sa môme

Cachait sous son pull de quoi damner un homme,

Le temps guettait déjà de ces fruits la beauté,

Il attendait son heure: le temps n'est pas pressé.

 

Brel n'a-t-il pas dit, parfois: "le temps s'immobilise"?

Il n'a besoin de rien, il s'égrène à sa guise,

Mais nous, pauvres mortels, toujours trop impatients,

Nous blâmons sa lenteur, le trouvons indolent

Nous voulons aujourd'hui être déjà demain

Inconscients que nous sommes de hâter le destin.

 

----------o----------

Christian Savel m’écrit :

 

Bonjour Pierre, bonjour Claude, bonjour à tous

Je vous propose l'un des poèmes publiés sous le pseudonyme de « Louise

Lalanne » par Marie Laurencin (peintre). Mais, il s'agirait d'une supercherie, car elle aurait pu être complice de Guillaume Apollinaire, qui en serait le véritable auteur.

 

*Le Présent*

 

Si tu veux je te donnerai

Mon matin, mon matin gai

Avec tous mes clairs cheveux

Que tu aimes;

Mes yeux verts

Et dorés

Si tu veux.

Je te donnerai tout le bruit

Qui se fait

Quand le matin s'éveille

Au soleil

Et l'eau qui coule

Dans la fontaine

Tout auprès;

Et puis encor le soir qui viendra vite

Le soir de mon âme triste

A pleurer

Et mes mains toutes petites

Avec mon cœur qu'il faudra près du tien

Garder.

 

*Hier*

 

Hier, c'est ce chapeau fané

Que j'ai longtemps trainé

Hier, c'est une pauvre robe

Qui n'est plus à la mode.

Hier, c'était le beau couvent

Si vide maintenant

Et la rose mélancolie

Des cours de jeunes filles

Hier, c'est mon cœur maldonné

Une autre, une autre année!

Hier n'est plus, ce soir, qu'une ombre

Près de moi dans ma chambre

 

Louise Lalanne

 

----------o----------

Mais redonnons la parole aux poètes-compositeurs-interprètes…

 

Jacques BREL

………

Et puis il y a la toute vieille
Qu'en finit pas de vibrer

Et qu'on attend qu'elle crève
Vu que c'est elle qu'a l'oseille
Et
qu’on n’écoute
même pas
Ce que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne cause pas Monsieur
On ne cause pas on compte

…………

Georges BRASSENS

………..

Le temps ne fait rien à l'affaire,
Quand on est con, on est con.
Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père,
Quand on est con, on est con.

…………..

 


 

 

Léo FERRE

………..

Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien

…………..

 

 


 

 

(code recherche :BFBBRA) (code recherche :BFBFER) (code recherche :BFBBRE)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

christian Penilla y Perella 20/04/2011 20:13



Taram


 


L'éternité c'est comme deux parallèles qui veulent se rencontrer.



N.L. Taram 20/04/2011 22:04



Christian,


deux parallèles qui finissent par se rencontrer... puisque la ligne droite n'existe pas.



Christian SAVEL 20/04/2011 14:30



Cette citation me semble de circonstance, car elle fait écho aux propos de Philippe ...


"Le temps, c'est un peu comme le vent. Le vent, on ne le voit pas ; on voit les branches qu'il remue, la poussière qu'il soulève. Mais le vent lui-même personne ne l'a vu."


Jean-Claude Carrière


 


 



N.L. Taram 20/04/2011 22:02



Bonjour Christian,


"Le vent on ne le voit pas", même par mauvais temps ?


Je viens de vérifier sur mon Petit Larousse Illustré, il y a 15 définitions au mot "temps".



christian Penilla y Perella 20/04/2011 04:58



Taram


 


Chaque fois que je vois mes enfants (6) , mes petits enfants (17) et arrières petits enfants(2) c'est  mon éternité que je vois.



N.L. Taram 20/04/2011 06:04



Christian,


Quand mon fils est né en 1970, j'ai pensé que dorénavent j'étais éternel...



christian Penilla y Perella 20/04/2011 04:53



Taram


 


Vous devez fréquenter le même sage , il avait fait aussi la même remarque sur le jour de gagné .



N.L. Taram 20/04/2011 06:03



Christian,


Pierre Dac est universel et je crois que c'est le plus grand.... des loufoques, bien sur !



christian Penilla y Perella 19/04/2011 21:34



Hier soir au cimetière, aprés la mise en terre de Chrito, homme à la vie bien remplie, mon fils Charles c'est tourné vers moi et m'a dit: Papa, un jour qui passe est un jour de moins à
vivre. Vivons bien chaque jour.


C'est si évident.



N.L. Taram 19/04/2011 22:15



Bonjour Christian,


Oui mais : un jour qui se léve est un jour de plus à vivre...



philippe carabasse 19/04/2011 10:47



Qu’est ce que l’éternité ? « Ad vitam aeternam » ce qui prouve par l’existence même du mot en latin que
je ne suis pas le premier imbécile à me poser la question…….


L’éternité n’a non seulement ni commencement ni fin mais n’a par définition, pas de durée concevable puisqu’elle est
infinie. C’est parce qu’elle est inconcevable que l’homme a du inventer le temps, notion beaucoup plus à portée de son intelligence.


La première raison qui l’a poussé à réfléchir sur le temps fut sans doute la conscience douloureuse de sa fuite et le
refus de sa mort inéducable.


On peut le mesurer, concevoir le passé, le présent, l’avenir ; il est possible de s’en servir pour classer les
événements historiques ou personnels. On peut surtout s’y accrocher pour oublier cette éternité qui elle ne sert à rien pour nous aider à comprendre le monde où nous vivons mais que nous avons le
besoin impérieux d’appréhender même si le concept temps est trompeur.


« Le temps n’existe pas. Le passé n’existe plus par définition, et le présent s’évanouit à l’instant même où on le
vit » Jean D’Ormesson.


Les grecs ont créé le mythe de Chronos ; celui-ci avait pour habitude de dévorer ses enfants afin de leur conserver
un père………. Ce mythe est très éclairant sur ce que pensaient les grecs : le temps nous détruit implacablement et cruellement pour nourrir un passé qui se perd dans un infini qui ne reviendra
jamais.


En fait, l’éternité est une idée à l’état pur, totalement abstraite. Avec une aisance qui frise l’inconscience, l’homme
s’interroge, lui qui appartient au règne du temps auquel il ne comprend pas grand-chose, sur l’éternité dont il ne sait rien non plus.



N.L. Taram 19/04/2011 11:04



Mon cher Philippe,


tu commentes rarement sur mon blog, mais quand tu le fais, il y a de quoi lire. J'ai fait un copier/coller de ton texte et demain je vais y réflêchir à tête reposée (comme disait
Marie-Antoinette).


Enfin, rassures toi, j'ai bien compris tes explications, seulement voilà, nous n'avons pas eu le même prof de philo... le mien s'appelait Pierre Dac: "L'avenir, c'est du passé en préparation"



 



Christian Savel 19/04/2011 01:50



Re-bonjour Pierre,


Je partage ton avis concernant les femmes poètes.
Ce site propose une réflexion intéressante à ce sujet.


http://echos-poetiques.net/textes/index.php/Les-femmes-en-poesie


 



N.L. Taram 19/04/2011 01:51



Merci Christian,


Je note ce lien. Je suis toujours intéressé par ce genre de site..



Sylvie-Anne 18/04/2011 23:50



Bon je vois que Monsieur est d'humeur joyeuse. Tu as raison de donner tant au temps et surtout de prendre le temps d'en rire.



N.L. Taram 18/04/2011 23:55



Sylvie-Anne,


Oui le temps d'en rire, c'est tout ce qu'il nous reste et c'est encore gratuit.


Cela ne m'a pas empêché de pleurer en écoutant Ferré...



Sylvie-Anne 18/04/2011 23:30



Merci pour ces poétiques divagations.  A Tahiti c'est le "temps du procès", mais est-ce encore  le bon temps ? 


J'espère que le temps est moins frisquet que les petits matins sur Saint Malo. Tu as oublié "le temps des cerises" et "le temps de l'amour" cela m'étonne de toi.



N.L. Taram 18/04/2011 23:41



Bonjour Sylvie-Anne,


Oui, c'et vrai "le temps des cerises", "le temps de l'amour"... il y en a tant et tant sur le temps, mais il sera encore temps de les publier dans quelques temps.


Et comme disait les kosovars "OTAN suspend ton vol !"