DIVISER POUR RÉGNER (2)

Publié le par N.L. Taram

Note : Ces extraits du "Prince" de Nicolas Machiavel n'ont, évidement, aucun rapport avec le projet de loi actuel sur les langues régionales.

 

 

LE PRINCE (Nicolas Machiavel)

VII - Des principautés qu'on acquiert par les armes d'autrui et par la fortune. 

 

Nicolas Machiavel.................

 Alexandre VI, voulant agrandir le duc son fils, y trouva pour le présent et pour l'avenir beaucoup de difficultés. D'abord, il voyait qu'il ne pouvait le rendre maître que de quelque État qui fût du domaine de l'Église ; et il savait que le duc de Milan et Venise n'y consentiraient point, d'autant plus que Faenza et Rimini étaient déjà sous la protection des Vénitiens. Il voyait de plus toutes les forces de l'Italie, et spécialement celles dont il aurait pu se servir, dans les mains de ceux qui devaient redouter le plus l'agrandissement du pape ; de sorte qu'il ne pouvait compter nullement sur leur fidélité, car elles étaient sous la dépendance des Orsini, des Colonna, et de leurs partisans. Il ne lui restait donc d'autre parti à prendre que celui de tout brouiller et de semer le désordre entre tous les États de l'Italie, afin de pouvoir en saisir quelques-uns à la faveur des troubles. Cela ne lui fut point difficile. Les Vénitiens, en effet, s'étant déterminés, pour d'autres motifs, à rappeler les Français en Italie, non seulement il ne s'opposa point à ce dessein, mais encore il en facilita l'exécution par la dissolution du mariage déjà bien ancien du roi Louis XII.

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Dans ces circonstances, le duc forma le dessein de se rendre indépendant des armes et de la volonté d'autrui. Pour cela, il commença par affaiblir dans Rome les partis des Orsini et des Colonna, en gagnant tous ceux de leurs adhérents qui étaient nobles, les faisant ses gentilshommes, leur donnant, selon leur qualité, de riches traitements, des honneurs, des commandements de troupes, des gouvernements de places : aussi arriva-t-il qu'en peu de mois l'affection de tous les partis se tourna vers le duc.

Ensuite, lorsqu'il eut dispersé les partisans de la maison Colonna, il attendit l'occasion de détruire ceux des Orsini ; et cette occasion s'étant heureusement présentée pour lui, il sut en profiter plus heureusement encore.

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En résumant donc toute la conduite du duc, non seulement je n'y trouve rien à critiquer, mais il me semble qu'on peut la proposer pour modèle à tous ceux qui sont parvenus au pouvoir souverain par la faveur de la fortune et par les armes d'autrui. Doué d'un grand courage et d'une haute ambition, il ne pouvait se conduire autrement ; et l'exécution de ses desseins ne put être arrêtée que par la brièveté de la vie de son père Alexandre, et par sa propre maladie. Quiconque, dans une principauté nouvelle, jugera qu'il lui est nécessaire de s'assurer contre ses ennemis, de se faire des amis, de vaincre par force ou par ruse, de se faire aimer et craindre des peuples, suivre et respecter par les soldats, de détruire ceux qui peuvent et doivent lui nuire, de remplacer les anciennes institutions par de nouvelles, d'être à la fois sévère et gracieux, magnanime et libéral, de former une milice nouvelle et dissoudre l'ancienne, de ménager l'amitié des rois et des princes, de telle manière que tous doivent aimer à l'obliger et craindre de lui faire injure : celui-là, dis-je, ne peut trouver des exemples plus récents que ceux que présente la vie politique du duc de Valentinois.

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Enfin, au livre III des "Discours sur la première décade de Tite-Live", chapitre XXVII, Machiavel récuse la vieille maxime "diviser pour régner" :

"Comment il faut unir une cité divisée ; et qu'il n'est pas juste de penser, que, pour tenir les cités, il faut les tenir divisées".

Toutefois, en fin de chapitre, il précise :

" Mais toutes ces diversités d'opinions et de manières de gouverner naissent de la faiblesse de ceux qui sont à la tête des gouvernements. Incapables de déployer de l'énergie et du courage pour conserver leurs États, ils ont recours à de semblables palliatifs. Cela leur réussit quelquefois dans les temps paisibles; mais, au milieu des orages politiques et des revers, ils reconnaissent que ce ne sont que des moyens illusoires."

 

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SAINT ETIENNE Claude 01/02/2014 15:13


Une stratégie somme toute courante, bien mise en évidence dans ces propos.


A chaque niveau y compris le milieu paysan chacun agit de la sorte, peut être plus dans notre époque, mais les mariages arrangés et les dotations de terres ne sont pas si éloignées de nous.


En France, l'activité principale de philippe lebel n'a été occupée qu'à cela. 

N.L. Taram 01/02/2014 19:20



Bonjour Claude,


un ami a écrit sur un autre site (Facebook) "la base de la politique". Tout à fait et je lui répondais : "Le dernier extrait que j'ai cité (Discours... de Tite-Live) est d'une
actualité étonnante. Comme le reste d'ailleurs... Lire le chapitre 27 complet, page 424 sur http://books.google.com/books?id=_9wRAAAAIAAJ... "