JEAN-PAUL MARAT (10)

Publié le par N.L. Taram

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage

http://books.google.fr/books?id=zOcTAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=jean+paul+marat&hl=fr&ei=_AkpTbCFMJLAsAOG7pW2CA

Chaines exclavage p218

 

Corrompre le corps législatif.

(page 218 à 221)

 

Le coup le plus fatal que les princes portent à sa liberté publique, c'est d'asservir leurs concitoyens au nom même des lois; & l'un des moyens qu'ils emploient le plus volontiers pour cela, est celui qui est le plus analogue à la bassesse de leur caractère... la corruption.

Regardant le corps législatif comme le contrôleur né de leur conduite, ils ne songent qu'à le subjuguer, d'abord ils le consultent, le louent t le flattent ; & emploient pour le perdre tous ces artifices, dont la vanité ne se défie jamais; mais bientôt brûlant de voir leur esclave dans le souverain, ils travaillent à se rendre maîtres de ses représentants ; & comme il fut gagner ceux qui s'opposent à leurs projets, ils font tout pour les corrompre. A l'un des caresses, à l'autre des promesses, à celui-ci de l'or, à celui-là un ruban, à cet autre un poste pour ses amis. Ils tentent l'ambitieux, le vain, le cupide, l'avare, chacun selon ses goûts : quiconque veut épouser leurs intérêts n'a qu'à dire son prix ; & bientôt on voit les arbitres de1'état se prostituer aux volontés du prince, vendre la cause de la liberté pour  satisfaire leurs basses passions, trahir la patrie au (1) mépris de leurs engagements les plus sacrés, & devenir de vils instruments de tyrannie.

Aussitôt qu'un sénateur venait d'être élu à Sparte, Agezilas lui envoyait un bœuf en présent. (2)

Pressé d'argent, Charles-Quint demande aux Cortes de Castille de nouveaux subsides, qui lui sont refusés. Mais bientôt profitant de la basse jalousie des nobles contre le peuple, qui cherchait à assurer sa liberté ; séduisant les uns par des promesses, intimidant les autres par des menaces, gagnant ceux-ci par des cajoleries, corrompant ceux-là avec de l'or , il s'en fait des créatures : puis  au mépris des lois fondamentales de l'état, il les engage à lui accorder un fécond subside (3), avant même que le terme de payer le premier fut échu.

Pour obtenir les subsides qu'il demandait, Louis XI sema la division dans les États-Généraux, corrompit par argent, gagna par promesses, s'assura d'un fort parti, et se rendit si bien le maître de l'assemblée qu'il y fit délibérer ce qu'il voulut.

Et en Angleterre, combien de fois de pareils moyens n'ont ils pas été mis en usage (4), même de nos jours, et trop souvent avec succès. Dans cette auguste assemblée, où l'on ne devrait compter que les amis de la patrie, on trouve autant de vénalité que partout ailleurs. Une partie des représentants du peuple est pensionnée de la cour, une autre partie cherche à l'être, quelques-uns sont fidèles à leur serment; le reste, selon les circonstances, flotte entre la cupidité et le devoir : tels sont les pères de la patrie, les conducteurs de l'état, les gardiens de la liberté. Et certes, il semble que la nation ait perdu le droit de se plaindre de ses infidèles mandataires, lorsque les électeurs sont les premiers à vendre lâchement leur suffrage aux candidats qui veulent l'acheter.

Quelques princes, par une ambition plus lente, ne profitent pas d'abord de leur ascendant ; & cette fausse modération qui les comble de gloire, fait que quelque chose qu'ils entreprennent ensuite contre les lois, le peuple se déclare presque toujours pour eux. Qu'y a-t-on gagné, trop lâches pour usurper la souveraine puissance, ils n'ont paru y renoncer que pour amener le peuple à la leur remettre entre les mains.

 

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(1) Parcourez l'histoire, vous verrez le parlement d'Angleterre fidèle à ses devoirs, dans les temps de crise où la patrie était en danger : puis dès que les dangers étaient passés rechercher la faveur de la cour et vendre la patrie.

(2) Plutarque. Vie d'Agézil.

(3) P. Martyr. Epist. 66r3.

(4) Il faut voir dans n Whitlock , dans l'histoire du parlement, dans les lettres de Stafford, dans le journal même des communes , les artifices dont tant de princes se sont servi pour corrompre le corps législatif. Et les Anglais n'ont-ils pas un parlement désigné sous le nom de pensionné.

 

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Bien sur, ce texte n’a aucun rapport avec la situation de notre merveilleux Pays…

 

 

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SAINT ETIENNE Claude 03/10/2012 11:34



 Les
princes portent à sa liberté publique,


 


Bonjour Taram, Un bouche trou
que ce Marat, avant je le connaissais peu, grâce à tes publications beaucoup mieux.


Il prône le renversement des princes malfaisants et
cites des exemples, or ces princes ont été renversés, que s'est il passé?


D'autres encore plus avides ont pris la place(noblesse
d'empire puis la commune et les républicains ) ils ont laissé la France dans un état anarchique et surtout appauvri, d'autres encore sont venus et si Charlotte
n'était passée par là, cet exémateux serait toujours entrain de débiner et maudire les princes, hélas
sans proposer de substitut valable. Un râleur patenté...

N.L. Taram 03/10/2012 11:49



Bonjour Claude,


en fait ce qui m'intéresse dans ce texte (ou plutôt ces textes) ce ne sont pas les princes mais que 2 siècles plus tard cela n'a pas changé. Je pense d'ailleurs que c'est ce qu'il veut dire
"... il semble que la nation ait perdu le droit de se plaindre de ses infidèles mandataires, lorsque les électeurs sont les premiers à vendre lâchement leur suffrage aux candidats qui veulent
l'acheter. " Je remplace systématiquement le mot "prince" par "pouvoir" quel qu'il soit...


Ma dernière phrase n'est pas innocente.