JEAN-PAUL MARAT (9)

Publié le par N.L. Taram

Jean-Paul Marat, les Chaînes de l'esclavage

Se faire des créatures.

http://books.google.fr/books?id=zOcTAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=jean+paul+marat&hl=fr&ei=_AkpTbCFMJLAsAOG7pW2CA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CC4Q6AEwAA#v=onepage&q&f=false

 

Chaînes Se faire des créatures p86

 

Se faire des créatures.

(page 86 à 88)

 

Dans tout gouvernement où le prince dispose des bénéfices, des charges, des dignités, il s'en fait bien toujours des amis ; cependant il ne les accorde d'abord qu'au mérite ; mais une fois parvenu à avilir & à corrompre ses sujets, il travaille à s'en faire des créatures.

 

Maîtres des petits, les grands le sont en quelque sorte de l’État, & c'est avec eux qu'il commence à partager l'autorité : il séduit celui-ci par l'appas d'un emploi, celui-là par l'éclat d'un ruban ; & bientôt les têtes viennent d'elles-mêmes se présenter au joug.

 

Indépendamment de la multitude de fonctionnaires qui occupent les différentes places de l’État, il tient par l'espoir ces nobles fainéants, ces petits ambitieux, qui courent sans cesse après la faveur & les dignités.

 

Ceux qu'il ne peut gagner par des effets, il les gagne par des promesses, des égards, des cajoleries. Flattés de ces marques de distinction, ils font tout pour les conserver. A ces créatures du prince ajoutés la foule des intrigants, que les hommes en place enchaînent par leur crédit.

 

Ainsi sans rien faire pour le devoir, ceux qui sont à la tête de quelque département ne songent qu'à flagorner le prince dans la vue de partager son autorité ; ils se chargent de fers pour en faire porter à d'autres ; tous recherchent la faveur avec empressement, & visent à s'élever ; les gens même de la plus basse condition ne s'efforcent d'en sortir que pour dominer à leur tour.

 

Lorsque le prince est riche en domaines ou qu'il a le maniement des deniers publics, il se sert des richesses pour augmenter le nombre de ses créatures (1). L'amour de l'or qui est entré dans tous les cœurs avec le goût du luxe, lui soumet tous les rangs ; & le riche comme le pauvre, préférant ce métal à la liberté, est toujours prêt à mettre son honneur à prix (2).

 

Que les choses ont changé ! L'amour de l'égalité unissait les enfants de la patrie, en confondant l'intérêt particulier dans l'intérêt général : maintenant l'amour du faste, de l'or, des dignités brise ces liens, & isole chaque individu.

À voir la discorde, l'avarice & la vénalité des citoyens, on croirait la liberté aux abois : mais de tant d'hommes disposés à se vendre, le prince n'a que ceux qu'il peut acheter ; les autres restent à regret fidèles à la patrie.

 

 

(1) Depuis Charles-Quint jusqu'à Philippe V, il sortait annuellement du trésor Public 90,000,000 de livres pour le paiement des pensions accordées aux grands d'Espagne.

En France, le trésor public payait depuis Louis XIV plus de quarante millions de livres aux pensionnaires du prince.

(2) Tandis que la pauvreté était honorée à Rome, on donnait les magistratures à ceux qui en étaient les plus dignes, à ceux qui savaient le mieux gouverner l'Etat ou battre l'ennemi : mais quand les richesses eurent corrompu les cœurs, on nomma aux charges ceux qui savaient le mieux fêter le peuple.

 

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Bien sur, ce texte n’a aucun rapport avec la situation de notre merveilleux Pays…

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jacques clabaux 18/07/2012 05:23


Un bien beau texte qui me ramène bien loin en arrière, du temps où on les étudiait ... où les lisait par plaisr.


Quand j'ai lu les premers mots, les autres me revenaient ... Le temps passe mais les idées forgées restent.


 

N.L. Taram 18/07/2012 05:44



Bonjour Jacques,


Oui, un beau texte... et tellement actuel. Fan d'Histoire, je m'étais intéressé à sa carrière politique mais je n'ai découvert ses textes que récemment (Les chaînes de l'esclavage, L'ami du
peuple, Les charlatans,...). Merci internet !



SAINT ETIENNE Claude 17/07/2012 12:27


Justement Taram tu oublies une autre facette, celle des repas privés et du temps libre accordé et non rémunéré, logique. Dans ce cas il s'agit de gens qui ne perdent pas de temps pour se rendre
en ville se restaurer dans le restaurant de leur choix ou bien seulement chez eux. Mais bien de ceux qui mange vite fait sur le bout du genou et se remettent au travail aussitôt fait, leur temps
de pose restant décompté jusqu'à l'heure de reprise normale.


Dans le milieu rural cela se fait souvent, moins maintenant que les gens sont motorisés, mais l'heure gagnée au travail si elle n'est pas payée par le patron est récupérée soit le soir en partant
plutôt ou en bonne entente avec le patron et cumulée sur un jour de semaine. Enfin, c'était comme ça avant, aucun ouvrier pour quelque motif qu'il soit ne rechignait sur des dépassements mais
aucun ne donnait gratuitement de son temps. La réciproque était également respectée par exemple lorsqu'une pluie interrompait un travail au champs

N.L. Taram 17/07/2012 21:40



Il est vrai qu'à l'exception de mon séjour à Nouméa (charpente métallique), je n'ai travaillé que dans des journaux et un centre de recherche ; Donc rien à voir avec le boulot dans les champs ou
sur un chantier. Par contre, si j'avais décompté mon temps de travail, je faisais beaucoup plus que la durée légale hebdomadaire ; Sauf les derniers mois, où je passais la journée au centre
Orstom pour 2 heures de boulot réel par jour, cela m'a poussé à prendre ma retraite plus tôt que prévue...



SAINT ETIENNE Claude 17/07/2012 10:38


Bonjour Taram,


& bientôt les têtes viennent d'elles-mêmes se présenter au
joug.


Au passage une info entendue ce matin. Les Anglais pour ne pas déplaire à leur patron, déjeunent sur place, et ce, en un minimum de temps.


Le calcul final donne 16 journées gratuites de données pour rien.


Les Anglais sont loin d'être les mieux payés, encore moins protégés, quant aux retraités... Dans les échanges internationaux les Anglais ne sont pas plus compétitifs pour cela, ou và la
marge? 

N.L. Taram 17/07/2012 10:52



Bonjour Claude,


Quand je manque d'inspiration pour parler de politique locale, je lis Marat... et je trouve toujours quelques chose.


Pour les repas pris sur place dont le calcul donne 16 journées gratuites, je ne comprends pas bien. Pendant toutes mes activités salariés où j'habitais loin de mon travail, j'ai organisé au sein
des entreprises, le repas sur place pour ceux qui le souhaitaient. Je crois que le résultat a toujours était positif pour le patron et pour les salariés. Hum ! pas pour moi qui tenait les
comptes, certains se débrouillant pour partir sans régler la cotisation quand ils étaient en fin de séjour (donc pas les plus mal payés !!!). Et aussi de temps en temps, le maneouvre ou le
jardinier qui souhaitait manger un couscous mais qui n'avait pas de quoi payer (ma modestie m'a toujours interdit d'en parler jusqu'à ce jour).