Journaliste Américain en 2889

Publié le par N.L. Taram

Réédition d'un article du 28 juin 2010. Mais toujours d'actualité....

 

jules verne middle age

Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français, dont une grande partie de l'œuvre est consacrée à des romans d'aventures et de sciencefiction (ou d'anticipation).

La journée d’un journaliste Américain en 2889

Dans cette nouvelle peu connue, les intuitions de l’auteur de « Vingt mille lieues sous la mer » rejoignent nos inquiétudes actuelles en ce qui concerne la communication. En effet, c’est une anticipation décrivant le contrôle d’un seul homme sur l’information mondiale à travers une préfiguration à la fois de CNN et d’Internet.

 

Jules Verne

Extrait ……………

Après avoir achevé l'inspection des diverses branches du journal, Francis Benett passa au salon de réception, où l'attendaient les ambassadeurs et ministres plénipotentiaires, accrédités près du gouvernement américain. Ces messieurs venaient chercher les conseils du tout puissant directeur. Au moment où Francis Benett entrait dans ce salon, on y discutait avec une certaine vivacité.

« Que Votre Excellence me pardonne, disait l'ambassadeur de Franconésie à l'ambassadeur de Russie, mais je ne vois rien à changer à la carte de l'Europe. Le Nord aux Slaves, soit! Mais le Midi aux Latins ! Notre commune frontière du Rhin me paraît excellente! D'ailleurs, sachez-le bien, mon gouvernement résistera à toute entreprise qui serait faite contre nos préfectures de Rome, de Madrid et de Vienne !

- Bien parlé ! dit Francis Benett, en intervenant dans le débat. Comment, monsieur l'Ambassadeur de Russie, vous n'êtes pas satisfait de votre vaste empire, qui, des bords du Rhin, s'étend jusqu'aux frontières de la Chine, un empire dont l'océan Glacial, l'Atlantique, la mer Noire, le Bosphore, l'océan Indien, baignent l'immense littoral ? Et puis, à quoi bon des menaces ? La guerre est-elle possible avec les inventions modernes, ces obus asphyxiants qu'on envoie à des distances de cent kilomètres, ces étincelles électriques, longues de vingt lieues, qui peuvent anéantir d'un seul coup tout un corps d'armée, ces projectiles que l'on charge avec les microbes de la peste, du choléra, de la fièvre jaune, et qui détruiraient toute une nation en quelques heures ?

- Nous le savons, monsieur Benett! répondit l'ambassadeur de Russie. Mais fait-on ce que l'on veut ?... Poussés nous-mêmes par les Chinois sur notre frontière orientale, il nous faut bien, coûte que coûte, tenter quelque effort vers l'ouest...

- N'est-ce que cela, monsieur ? répliqua Francis Benett d'un ton protecteur. Eh bien, puisque la prolification chinoise est un danger pour le monde, nous pèserons sur le Fils du Ciel ! Il faudra bien qu'il impose à ses sujets un maximum de natalité qu'ils ne pourront dépasser sous peine de mort ! Un enfant de trop ?... Un père de moins! Cela fera compensation.  Et vous, monsieur, dit le directeur du Earth Herald, en s'adressant au consul d'Angleterre, que puis-je pour votre service ?...

- Beaucoup, monsieur Benett, répondit ce personnage. Il suffirait que votre journal voulût bien entamer une campagne en notre faveur...

- Et à quel propos ?...

- Tout simplement pour protester contre l'annexion de la Grande-Bretagne aux États-Unis...

- Tout simplement ! s'écria Francis Benett, en haussant les épaules. Une annexion vieille de cent cinquante ans déjà ! Mais messieurs les Anglais ne se résigneront donc jamais à ce que, par un juste retour des choses d'ici-bas, leur pays soit devenu colonie américaine ? C'est de la folie pure ! Comment votre gouvernement a-t-il pu croire que j'entamerais cette antipatriotique campagne...

- Monsieur Benett, la doctrine de Monroë, c'est toute l'Amérique aux Américains, vous le savez, mais rien que l'Amérique, et non pas...

- Mais l'Angleterre n'est qu'une de nos colonies, monsieur, l'une des plus belles. Ne comptez pas que nous consentions jamais à la rendre !

 

Jules-Verne-Bounty.jpg

- Je refuse, et si vous insistiez, nous ferions naître un casus belli, rien que sur l'interview de l'un de nos reporters !

- C'est donc la fin ! murmure le consul accablé. Le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Bretagne sont aux Américains, les Indes sont aux Russes, l'Australie et la Nouvelle-Zélande sont à elles-mêmes ! De tout ce qui fut autrefois l'Angleterre, que nous reste-t-il?... Plus rien !

- Plus rien, monsieur ! riposta Francis Benett. Eh bien, et Gibraltar ? »

 

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Je vous signale que Jules Verne a aussi écrit "Les révoltés de la Bounty" et cela bien avant James Hall et Charles Nordoff.

 

Publié dans Littérature

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SAINT ETIENNE Claude 29/06/2010 11:23



Mort d'une overdose de ...."café" et oui, le café est une drogue aussi.


Si je ne savais pas qu'il avait écrit les révoltés de la Bounty et la journée d'un journaliste je sais par contre qu'il était toujours à la pointe des techniques de son époque. Ainsi dans son
voyage vers la lune ce n'est pas une vision, mais bien des renseignements scientifiques qui lui ont fait mettre la base de lancement au cap Canavérol et non ailleurs dans le monde. Par contre
l'electricité naissante de son siècle, magnétisme y compris, lui a permis de faire des merveilles dans les fonds marins de vingt mille lieu sous les mers, ceci ajouter aux débuts des
scaphandriers.... Un personnage en qdéquation avec son époque. Un grand.