L'ALBUM PHOTO

Publié le par N.L. Taram

Je viens de recevoir un courrier de Matthieu et c'est toujours avec le même plaisir que je le lis et que je le partage avec vous.

J'ai remplacé ses photos personnelles par les miennes extraites de mes vieux albums photos. Ce qui prouve qu'ils servent à quelque chose...

 

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A quoi servent les albums photos ?

 

A première vue et pratiquement, à meubler les étagères du salon. Comme les beaux livres, on ne les ouvre pas souvent, il faut l’avouer.

Pourtant, en cas d’incendie dans la maison, je préférais abandonner bien des choses plus précieuses pour nos gros albums... Pourquoi !?

 

Album TaruouraL’autre jour, pour changer des imagiers, de Juliette, des Tchoupi, Léo, petits ours bruns et autres petits bonhommes aux aventures palpitantes mais quand même un peu redondantes à la longue, ma petite se postant devant le meuble et me montrant toujours la petite étagère du haut, je lui propose à la place les gros albums du bas, ceux du temps de l’argentique. Ils ne datent pas de ma jeunesse et pourtant, on a l’impression que c’était une autre époque. En effet, depuis le numérique, on clique pour un oui ou pour un non, on a un disque dur rempli à ras-bord, mais on n’a plus d’albums. Enfin, je parle pour nous toujours. Plus le temps de sélectionner, de faire la démarche, on reporte et on est en train de prendre, de vacances en vacances, quatre étés de retard au moins, en tout cas on arrive un stade où je ne compte plus. (sic)

 

Non ma chérie, le beau bébé sur la photo, c’est ta grande sœur, et là ton autre sœur... (elle n’y verrait sans doute que du feu mais faut dire la vérité aux enfants sinon ils sont traumatisés, plus tard ils fuguent et se droguent on m’a dit, alors je voudrais pas faire d’impair) Oui je sais, t’es un peu déçue ma puce, les adultes changent moins. Je regarde ému, les visages des grands-parents qui ne sont plus parmi nous. Leurs sourires, eux, sont immortels. Tous les bons souvenirs ne sont pas en photos loin de là (ils risquent d’ailleurs de disparaitre tôt ou tard de notre mémoire), mais toutes les photos présentes dans un album sont par définition des bons moments captés sur le vif, même quand c’est un peu posé. Si on est vigilant, on entend même des bribes de voix, des éclats de rires, on peut voir ce qui est hors du cadre.

 

JUNIES87 

On était donc en train de s’éclater ma fille et moi, à regarder la famille. Elle en redemande et j’ai alors le malheur d’ouvrir un album plus ancien, moins ouvert encore que les autres.

Elle est partie pour tourner les pages toujours aussi rapidement, quand dès la première, je frémis : c’est notre premier album, quand j’ai rencontré ta mère, mon ange. Elle s’arrête sur certains instantanés suivant une logique connue d’elle seule quand, troublé, je pourrais m’arrêter sur chacune des photos. J’aimerais tant qu’elle prenne son temps. Ces modestes photos raniment des pans entiers de ma mémoire. Mes yeux ont de nouveau 23 ans, ma chérie 24. Des sourires des pauses, des lieux... me sautent au visage sans crier gare. Au bout d’un moment, ma crevette commence à me tirer par la manche. Désolé ma choupette, j’étais parti un peu trop loin. 

 

BELVEDER

 

Je fais souvent le mariolle et suis sans doute trop léger quand j’évoque la femme de ma vie, mais Céline... Que serais-je sans toi ? Tu m’as tant appris, donné, apporté... depuis que je suis avec toi.

A l’époque de ces photos, on était ensemble depuis 3 ans. Jeunes diplômés, on ne se voyait plus tous les jours, c’étaient nos premiers week-ends, nos premières vacances ensemble, tes premières payes, nos premiers voyages. Un âge d’or, un paradis (perdu ?), personne pour nous tenir la chand... euh ! l’appareil, alors on est rarement côté à côte. Et pourtant...  

 

Bora 1967 1Notre chambre embrassait d’un souffle l’univers et quand on sortait, la nature se déployait sur notre passage. A cette époque bénie, j’aurais pu écrire ........

 

A quatre heures du matin, l’été,

Le sommeil d’amour dure encore.

Sous les bosquets l’aube évapore

L’odeur du soir fêté.

Rimbaud

 

Oui, je sais maintenant. S’il ne doit rester à la fin de sa vie que des souvenirs, alors qu’ils soient bons.

Les albums photos, comme les lettres, certains objets... sont là si notre mémoire flanche, pour nous permettre de nous approprier ces vers d’Aragon.

 

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

 

A ce stade, j’entends ma douce me secouer les puces et me dire que je vis trop souvent dans le passé. Elle n’a pas tort. Elle a beaucoup de qualités, celle en particulier d’avoir les pieds sur terre.

Je suis le premier à le reconnaitre, au quotidien c’est important. Mais ... On n’a pas dit oui que pour le repassage, les courses, le taxi pour les activités des filles le mercredi... Même s’il faut le faire bien, même si on peut y trouver du plaisir à le faire. La vie serait bien terne sinon !?

Enfin, je crois.

 

D’autre part, une remarque, les albums ont un côté trompe l’œil, conte de fée à raccourcis faciles. Je pourrais rajouter la photo de notre mariage, du premier enfant, du deuxième, puis de la dernière.

Bref, on peut faire une sélection genre panneau pour noces d’or, qui gomme les aspérités, cache les jours maudits... La solitude à deux est parfois terrible. Dans ces moments là,

 

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,

D’un œil indifférent on le suit dans son cours ;

En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève

Qu’importe le soleil ? On n’attend rien de ces jours ......

Lamartine

 

Celui à qui ce n’est jamais arrivé m’écrive, c’est un grand sage, qu’il me donne quelques recettes, que je complète mon livre... Mais ... c’est du passé maintenant !

J’ai retrouvé l’album des Corrs qu’on écoutait quand j’allais te voir dans ta piaule de projet de fin d’études à Aix la Chapelle, un album sans caractère mais mélodieux, avec cette chanson, Don’t say you love me, unless forever ! Les débuts peuvent transporter. Moi qui n’ai jamais scarifié un arbre, hurlé à la mer en plein vent, écrit sur les murs, je te le disais et te l’écrivais souvent.

Mais on ne devrait pas se dire trop souvent “je t’aime”. Différent de la passion, l’amour n’a pas tant besoin de s’exprimer, il montre sans doute son vrai visage dans l’action renouvelée, chaque jour.

En tout cas, ma chérie, je crois que tu approuverais ce que je viens d’écrire.

 

Mais ce soir, je vais quand même te dire une deuxième fois dans une même journée, mais tout sobrement alors : je t’aime. Bon anniversaire !

 

Tribu Carabasse 14 01 2012 

  

Tout à l’heure, au restaurant, quand je t’ai demandé comment tu voyais l’avenir, je m’attendais à pas mal de choses et tu m’as planté par surprise, le sourire (légèrement provocateur ou sincère ?) aux lèvres !

Un 4ième ! Mais un garçon cette fois !?'” ... Et comme si ça pouvait me rassurer (sic), tu as rajouté un “Mais pas tout de suite !!”

 

Ah pauvre de moi... J’adore les femmes qui ont de l’humour, elles me font craquer !

 

Bisous cher(e)s happy few 

Matthieu

 

ps : C’est une chose étrange à la fin que le monde, Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit. Aragon

Mais promis, je vais essayer de profiter de cette soirée d’Halloween pour me débarrasser d’un démon de plus en plus envahissant, le démon Démo !! (ou en faire quelque chose d’autre ??)

 

 

 

http://youtu.be/mIOJlvkQx_I

Publié dans Souvenirs

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Gérard JOYON 04/11/2013 13:20


Merveilleux texte


GG

Pascal Ulrich 04/11/2013 09:18


Pierre, je ne me laisserais jamais de te lire. Tu écris bien, très bien même, et aujourd'hui jour de remise des prix littéraires je te décerne sans hésiter le Goncour des sîtes internet .


Mais qu'est-ce que tu foutais à la compta alors que ta place était à la rédaction du journal ?


J'espère te lire longtemps pour ensoleiller mes petits matins.


 

N.L. Taram 04/11/2013 09:40



Bonjour Pascal et merci pour ton commentaire.


Mais, je t'assure que ce texte n'est pas de moi mais d'un ami, Matthieu, dont j'ai fait la connaissance par l'intermédiaire d'un de ses lecteurs habituels. Il aime écrire, un peu ce qui lui passe
par la tête (comme moi). Je fais donc partie de ses destinataires et il m'a autorisé à publier ces textes qui peuvent m'intéresser. C'est le 3ème que je publie.


Pour mon époque journalistique, j'étais mieux à la compta qu'à la rédaction car depuis le lycée j'ai toujours été terrorisé par la feuille blanche. Ce n'est que vers 1997 où je me suis mis à
écrire pour correspondre avec une amie (qui doit me lire en ce moment ) et donc à lire beaucoup plus. Et
puis cela devient un virus...