L'ART D'ÊTRE PÈRE

Publié le par N.L. Taram

Notre nouvel ami Matthieu est prolifique en "bafouilles", selon ces propres termes (je dirais plutôt "billets d'humeur et d'humour").

Voici sa dernière expédition, toujours aussi agréable à lire.

Ce billet m'a beaucoup plu, d'abord par ses propres histoires que l'on raconte à ses enfants et, ensuite, à ses petits enfants. Enfin, le résultat n'est pas toujours celui qu'on espère.

Dernièrement, j'ai raconté l'une de mes bêtises pendant mon service militaire à l'un de mes petits neveux ; celui-ci m'a répondu "c'est génial, tu es mon idole !"

Quant à mon carnet de correspondance, je préfère m'abstenir... mes descendants lisent mes textes publiés sur ce blog...

 

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"Dis, t'es peut-être pas obligé de raconter tout ça à ta grande ?"

 

Parmi mes lectures estivales, je suis tombé dernièrement sur un petit livre léger assez sympathique !

Un bonheur bref tant il se lit vite, pas forcément intense, mais qui m’a assoupli les zygomatiques après une pile de lectures plutôt  sérieuses.

 

Le-Guide-du-mauvais-pere-de-Guy-Delisle-Delcourt referenceCette courte détente, éditée cette année, est en fait une BD par épisodes.

Elle serait à mon avis onéreuse à acheter. C’est idéalement un livre à feuilleter dans une grande librairie ou à emprunter, comme moi, dans une bonne médiathèque, si un jour vous tombez dessus.

Je ne résiste pas à l’envie d’essayer de vous transcrire mon épisode préféré ci-dessous, même si on perd forcément le charme du duo texte-image.

 

C’est le matin, le père est seul dans la cuisine : lecture du journal au petit déj. “Oh la vache ! Quelle horreur !”

Planche suivante. Le soir, le père est cette fois à l’entrée de la chambre à coucher de sa fille.

“Bon, allez ! C’est l’heure de faire un gros dodo.

- Papa, c’est vrai qu’il y a des voleurs d’enfants ?

- Mais non voyons... Qui t’a raconté des histoires comme ça ?

- C’est Louanne, à l’école.

- Pfff... Elle dit vraiment n’importe quoi, celle-là ! J’te jure... Alors, écoute-moi bien, les voleurs d’enfants, ça n’existe pas. C’est pas plus compliqué.

Là, le père se tait et on voit l’enfant immobile dans son lit, les paroles paternelles n’ayant pas l’air d’avoir rassuré la jeune fille. Il reprend...

- Par contre, y a des singes...

- Les singes ?

- Oui, les singes. C’est assez surprenant, j’ai lu ça ce matin dans le journal... En Malaisie, y a un singe qui est entré par la fenêtre d’un appartement et qui s’est enfui avec un bébé. Tu te rends compte ?

- Mais pourquoi le singe il a volé le bébé, papa ?

- ... Oh mais ne t’en fais pas ma chérie, finalement le singe n’a pas réussi à voler le bébé. En voulant enjamber la balustrade du balcon, le bébé s’est réveillé en criant et le singe, qui a été surpris, l’a lâché ! Manque de bol, il est tombé du mauvais côté et il a fait une chute mortelle de cinq étages.

- ...

- C’est fou parfois la vie. Bon allez, ça suffit le bavardage, il est temps de faire dodo.”

Là, toute la magie du dessin. Quelques coups de crayons valent mieux qu’un long discours mais vous imaginez l’état de la fillette ! Et évidemment, le père se rend compte de rien.

Extinction des feux sans sommation, suivi d’un “bonne nuit ma chérie !” qui vient du couloir. Re-plan sur la fillette pour finir ... le même dessin dans le noir !

 

Quel tact ce papa prévenant !! ça m’arriverai pas, à moi ça, de dire des horreurs à mes enfants !

 

Lecture se passe ... Puis insidieux hasard de la vie ... Ce dimanche am, de retour d’une sortie familiale, ma grande, 10 ans bientôt au compteur me sort :

“Papa, tu pourrais me raconter quand t’avais repris des frites en te servant dans le plat à la cantine, c’était marrant !”

Je la regarde interloqué, presque choqué. “Je t’ai parlé de ça moi !? mais quand ?”  Elle sait plus quand, moi non plus, et .... (sic) j’en suis pas très fier de cette histoire en vrai.

 

EnseignantIl y a très très longtemps, en Normandie, vivait un jeune ado ... que je ne reconnaîtrais peut-être pas ... dans certaines de ses actions toujours ! Change-t-on beaucoup au cours de nos existences !? (vaste question que je laisse de côté ce soir). Un jour donc au self du collège, un midi (forcément), mal luné (sans aucun doute), alors que ses parents n’avaient pas de friteuses à la maison (le côté petit poucet, c’est important ça), frustré de sa portion de midinette (alors qu’il était en pleine croissance... non je ne tourne pas autour du pot !), je m’étais, et sans même chercher à me cacher, un peu à la Eric Cantona dans ses bonnes heures, resservi une belle poignée de frites, au sens littéral de l’expression, non pas dans un plat au milieu d’une table entre élèves, ce qui aurait été déjà assez lamentable j’en conviens, mais dans un des grands bacs de cuisine collective qui nous faisaient face sur la ligne d’assemblage des repas équilibrés. Ouf, c’est dit.

Le verdict fut sans appel et à la hauteur de ma connerie. Je fus chopé à mon tour si je puis dire, manu militari par le cuistot, sorti sur le champ du réfectoire et remis en main propre (mais un peu graisseuse quand même) au 1er planton de surveillant disponible. Et j’espère ma fille... que ce ne sont pas ces faits assez pitoyables qui t’ont fait rire la première fois et cette fois encore (la dernière, on ne m’y reprendra plus ?), non, ce ne serait pas bien. J’ose espérer que c’était juste ma manière de les raconter.

 

Malheureusement, dans ma lancée, j’ai eu le malheur de rajouter “Tu sais ma chérie, j’ai eu d’autres avertissements moins graves et plus rigolos, enfin... je trouve”.

Les yeux de ma chérie qui conduit, dans le rétro. Je les ai vus. "T'es peut-être pas obligé de raconter tout ça à ta grande, Matthieu ?"

Trop tard, le mal était fait. “Allez papa !!” insiste-t-elle, dans la pureté de son innocence toute élémentaire.

 

TopazeSous pression, ma mémoire est légèrement défaillante. Je pèse mes mots. Je brode un peu, me trouvant toujours des excuses aux circonstances forcément atténuantes.

En fait, j’en garde sous le pied, j’ai une idée. Une fois à la maison, en fouinant un peu dans mon bac à trésors (de guerre), j’arrive à remettre la main sur mes vieux carnets de liaisons avec leurs fameuses pages d’observations écrites à faire signer ! Chacun son collège, chez nous, ces observations suivant la gravité pouvaient se transformer en avertissements. Mais je ne sais pas à partir de combien les avertissements pouvaient se transformer car j’ai eu l’intelligence, ou le rapport à la loi, sous le regard appuyé de mes parents, assez solide pour ne pas franchir ce stade. Je m’étais vanté un peu vite, des avertissements j’en avais eu que 2 en 4 ans, par contre, les observations, j’en avais eu... un certain nombre.

 

Presque tout excité par ma trouvaille, je vais derechef en douce !? non, pourquoi ? retrouver ma grande les documents un peu jaunis mais authentiques avec moi.

Je lui mets sous le nez une sélection de ces véritables reliques.

 

“Tiens vise un peu ! Quand je te disais qu’il y avait un pion énervé qui m’avait retourné mon cartable dans la salle de surveillance devant tout le monde pour récupérer mon carnet, et bah ... C’était pour m’écrire ça !”

 

Tout est prétexte pour que Matthieu se fasse remarquer en permanence. Son attitude devra changer rapidement.

 

“Et celle-là papa !?”

 

A été surpris en dehors de l’enceinte du collège, ceci ne doit plus se reproduire.

 

Là, on était allé un midi pour tuer le temps chez le fils de l’intendante à deux pas, mais je ne lui ai pas dit que c’était pour regarder une scène culte du “Nom de la rose”, mais si vous la connaissez, celle avec une jeune paysanne (sic). Visiblement, être (avec) le fils de l’intendante, ça aide pas pour tout, repérés, on a été cueilli dès la porte du hall franchie.

 

Mais celle que je préfère, c’est cette dernière. On avait une prof de musique qui m’a visiblement fait peur au moins jusqu’en 4ième. Je n'étais pas un virtuose de la flûte à bec.

Cette année là, on avait une heure de permanence avant ce cours hebdomadaire. C’est (encore) dans ce cadre que j’ai eu droit à une bafouille sur mon carnet de liaison.

Ci-dessous, au milieu.

 

Matthieu 3 

 

 

Bon à la fin, j’ai quand même montré à ma grande, parce que j’ai retrouvé ça aussi, mon meilleur bulletin de 3ième pour lui prouver que j’étais déjà ... un futur papa exemplaire !

 

A vos souvenirs !!

 

Bien chaleureusement, 

Mattieu

 

ps : Ma plus belle bêtise au collège m’est alors revenue aussi, mais chut... y a pas de traces écrites ! (on s’est juste pas fait prendre)

Bon, je vous le dis, mais ça reste entre nous ! J’ai fait (avec d’autres) le guet pour un pote, fils d’un prof du collège et qui avait donc de précieuses clefs pour aller emprunter avant l’heure, un exemplaire du devoir d’allemand prévu quelques jours plus tard (mais on l’a fait qu’une fois).

 

ps n°2 : Je devais finalement arrêter l’allemand en fin de 1ière, ça devenait une option pour mon bac S et je n’étais plus très motivé.

Si j’avais su que je rencontrerais une alsacienne, 3 ans plus tard ... (sic). Ci-dessous ma dernière évaluation !

 

Matthieu 1

 

 

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J'ai eu envie de citer Georges Brassens.

Que "Le bon maître me le pardonne"...

 

LA MAÎTRESSE D'ÉCOLE

A l'école où nous avons appris l'A B C
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère, hélas.
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.

Avant elle, nous étions tous des paresseux,
Des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux.
En travaillant exclusivement que pour nous,
Les marchands de bonnets d'âne étaient sur les genoux,
Étaient sur les genoux.

La maîtresse avait des méthodes avancées:
Au premier de la classe elle promit un baiser,
Un baiser pour de bon, un baiser libertin,
Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin,
Enfin bref, un patin.

Aux pupitres alors, quelque chose changea,
L'école buissonnière eut plus jamais un chat.
Et les pauvres marchands de bonnets d'âne, crac!
Connurent tout à coup la faillite, le krach,
La faillite, le krach.

Lorsque le proviseur, à la fin de l'année,
Nous lut les résultats, il fut bien étonné.
La maîtresse, elle, rougit comme un coquelicot,
Car nous étions tous prix d'excellence ex-æquo,
D'excellence ex-æquo.

A la récréation, la bonne fée se mit
En devoir de tenir ce qu'elle avait promis.
Et comme elle embrassa quarante lauréats,
Jusqu'à une heure indue la séance dura,
La séance dura.

Ce système bien sûr ne fut jamais admis
Par l'imbécile alors recteur d'académie.
De l'école, en dépit de son beau palmarès,
On chassa pour toujours notre chère maîtresse,
Notre chère maîtresse.

La cancre fit alors sa réapparition,
Le fort en thème est redevenu l'exception.
A la fin de l'année suivante, quel fiasco!
Nous étions tous derniers de la classe ex-æquo,
De la classe ex-æquo!

A l'école où nous avons appris l'A B C
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il Fut doux le temps bien éphémère, hélas!
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.

Publié dans Éducation

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SAINT ETIENNE Claude 27/09/2013 19:40


Bonjour Taram,


Désolé moi j'étais un élève exemplaire, dommage que j'ai mis au feu mes notes, cahiers et bons points, le sac avec d'ailleurs, qui lui n'a pas brûlé car il était en cuir. Époque oblige.


Tellement je travaillais bien, souvent j'étais même second devant ma copine troisième et dernière. Elle était souvent malade la pauvre.


Mes parents n'étant pas agriculteurs j'ai souvent eu le prix d'assiduité.


Mais chut! ne dites rien à mes enfants pour leur éducation comme c'est bien connu que les enfants n'écoutent pas ce que disent leur parents, et même, on tendance à faire le contraire... Je leur
ai fait croire que j'étais un cancre, j'y met tellement de conviction que même mon orthographe s'en ressent. Maintenant vous savez pourquoi je fautes.

N.L. Taram 27/09/2013 20:24



Félicitations mon cher Claude,


mais si tu étais deuxième et ta copine troisième et dernière... en fait tu étais avant-dernier ??


Cela me rappelle l'histoire de Marius et Olive : Tous deux participent à une course à pied. Après la course, Marius rentre chez lui et dit à sa femme :


-je suis content, j'ai terminé deuxième,


- Et Olive, demande sa femme,


- Oh, lui, avant dernier... pffffft !


- Et combien y avait-il de participants, insiste l'épouse,


- Deux !!!!


Bien sur, je plaisante, Claude. Je suis sur que tu étais un bon élève.