LA DÉMOCRATIE EN DÉROUTE

Publié le par N.L. Taram

Le fantôme de Sarkozy

 

Front de gaucheLa séquence électorale présidentielle-législatives continue en apparence de tourner la page du sarkozysme. Mais derrière la rupture, elle conserve en réalité des éléments de continuité essentiels avec ce régime. Les cinq années d’hyper présidentialisation ont laissé leur empreinte sur la vie politique française. La législative, qui se tient pour la troisième fois seulement dans la foulée immédiate de la présidentielle, a été comme effacée par celle-ci. La participation s’effondre. Dans cette décrue civique, le bégaiement de la présidentielle - donner une majorité à Hollande - devient électoralement dominant. Le PS atteindra donc son objectif d’une majorité absolue à lui seul. Mais le prix à payer pour la démocratie s’annonce sévère. Alors qu’ils totalisent seulement la moitié des suffrages au premier tour de la présidentielle, grâce au renfort déformant du « vote utile », le PS et l’UMP totaliseront plus de 90% des sièges dans la nouvelle Assemblée. Le système politique est plus contesté qu’en 2007. Il sera paradoxalement plus verrouillé qu’il ne l’a été ces cinq dernières années.

 

Fauteur de crise politique, ce décalage entre le pays et sa représentation parlementaire s’observe nettement quand l’on regarde les résultats du Front de Gauche. Malgré l’effet d’amplification de la victoire du PS, nous obtenons 70% de voix supplémentaires par rapport aux scores des candidats PCF en 2007. Or avec plus de voix et un meilleur pourcentage nous aurons moins d’élus. Tels sont les charmes du scrutin majoritaire à deux tours. Et cela malgré le fait que le Front de Gauche résiste bien mieux que d’autres. L’extrême-gauche atteint un plus bas historique qui la privera de financement public pour cinq ans puisque ni LO ni le NPA n’arrivent à dépasser 1% dans 50 circonscriptions. Le Modem est pulvérisé. Les Verts atteignent 3,5% dans les circonscriptions où ils concourraient sans le soutien du PS. Le Front de Gauche s’installe ainsi non plus seulement comme la deuxième force à gauche mais comme la seule alternative de ce côté-ci de l’échiquier politique.

 

A droite en revanche il n’y a pas eu de « vote utile » puisque l’UMP a perdu la présidentielle. En 2007, ce phénomène avait permis à Sarkozy de faire dégringoler le FN de 10% à 4% entre la présidentielle et les législatives. Cette fois le FN atteint un niveau qui lui permet de continuer à manger la droite. Le mouvement s’accélère même. Les candidats de droite succombent un à un sur le terrain à une arithmétique implacable qui fait des électeurs FN la clé du second tour. Les dirigeants nationaux de l’UMP justifient comme ils peuvent ce calcul. Ils ont ainsi engagé une campagne calomnieuse et grotesque contre le Front de Gauche, taxé d’antisémitisme pour avoir publié un appel du compositeur grec Theodorakis, artisan de la lutte conte les colonels et décoré par le ministre UMP Donnedieu de Vabres, sur un sujet sans rapport avec des déclarations que personne ne connaissait alors ! C’était l’argument du FN pour répliquer à l’indignation suscitée par l’hommage public rendu par Le Pen à Brasillach. La fin de la « digue » ou du « cordon sanitaire » entre la droite et l’extrême-droite est un autre héritage du sarkozysme. La stratégie d’extrême-droitisation de la droite se poursuit malgré le départ de son initiateur. Ce n’est pas le moindre facteur aggravant de la crise politique. La gauche gagne -heureusement !- mais tous les voyants sont au rouge. Il est plus urgent que jamais de tourner pour de bon la page du sarkozysme.

 

http://partidegauche34.midiblogs.com/

 

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Lire aussi : « La fin programmée de la démocratie » de Sylvain Timsit

 

http://www.syti.net/Topics2.html

 

Publié dans Politique

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SAINT ETIENNE Claude 15/06/2012 12:27


Qu'elle différence? Mêmes annonces, mêmes gens aussi tordus.


Le précédent gouvernement était un mélange(certes détonnant) rassemblant divers partis de gauche et centristes Morin, Kouchener pour les verts etc.... et ce, au grand dam des amis qui se
trouvaient spoliés de postes importants.


Le nouveau président plus timoré, se veut être le contraire de l'ancien locataire, jugé par trop exubérant, pétillant, autoritaire voire décideur.


Les décisions ne seront donc pas siennes, mais celles du parti représenté par un collège d'amis proches, elles seront appliquées fermement, avec une autorité qui détonne avec le personnage. Seuls
les timides sont capables de fermeté outrancière et sans appel, je crois que ce sera le cas dans ce quinquénat.


En fin de compte nous n'aurons pas ce pourquoi il prétendait oeuvré lors de sa campagne, nous commençons à voir la chappe poindre, genre fin de discussion. Les travers du ne pas paraître sont
quelques fois pire que son contraire. Donc, des exactions non contrôlées dans la vie de tous les jours. C'est déjà parti des le premier mois.


Ici en Normandie, un dicton s'applique bien à cette situation


Qu'elle différence y a t-il entre être mordu par un chien enragé ou être mordu par une chienne enragée?

N.L. Taram 15/06/2012 21:56



Bonjour Claude,


Concernant les évènements politiques en France, il y a longtemps que j’ai décroché, même très, très longtemps. Ce que
j’ai relevé dans ce texte, c’est une modification qui, à l’époque, m’avait fait bondir en tant que démocrate : « La législative, qui se tient pour la
troisième fois seulement dans la foulée immédiate de la présidentielle, a été comme effacée par celle-ci. »


 


Sinon le seul point qui m’intéresse, c’est le ministère de l’outre-mer.


En 2004, Mme Girardin nous impose une loi électorale pour favoriser le favori de l’Élysée…
ce favori perd. A noter qu’elle n’a pas demandé l’avis de notre assemblée (pourtant prévu par le statut) et qu’elle a dissous cette assemblée.


En 2007, Mr Estrosi modifie en catimini (un « cavalier » ajouté à une loi sur
Saint-Barthélemy, Antilles), cavalier qui fera perdre à nouveau leur favori.


En 2008, Mr Estrosi demande l’avis de notre assemblée (ce qui aurait dû être fait par les
autres ministres OM) sur une nouvelle loi électorale. Ce projet est rejeté par notre assemblée par 44 voix sur 57. Estrosi nous l’impose et dissout l’assemblée… et leur favori
perd !


En 2011, Mme Penchard refait une nouvelle mouture de cette loi électorale. Elle nous
l’impose sans avis de notre assemblée. Cette loi qui devrait être appliquée à l’échéance normale (février 2013), est une vraie « usine à gaz » qui n’a tenu aucun compte de nos
propositions. La constitution des listes va être très complexe et les résultats vont faire l’objet de nombreux recours au tribunal administratif. Il y a même un article qui aurait dû faire
l’objet d’un recours en Conseil d’État… Personnellement et après avoir étudié ce sujet pendant deux ans et débattu avec de nombreux élus, j’avais proposé tout simplement le même système électoral
que pour les « régionales », version département d’outre-mer, avec quelques modifications pour tenir compte de nos spécificités.


Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Il y a de fortes chances
pour qu’en 2013, nous fassions un retour 10 ans en arrière avec qui vous savez à la tête du pays…


Excuses-moi d'avoir été un peu long, mais je tenais à me situer par rapport à la politique
en France.