LA PÊCHE : RESSOURCE ?

Publié le par N.L. Taram

En Polynésie, on parle beaucoup de la pêche comme ressource principale.

Jusqu’à maintenant, la pêche hauturière nous a coûté beaucoup plus en subventions qu’en production.

 

IRD.JPGExtrait du livre « Les atolls de Polynésie » ,  édition de l’Institut pour la Recherche et le Développement – IRD (ex-ORSTOM), de Jacques Bonvallot, directeur de recherche, spécialiste de la géomorphologie, Pierre Laboute, plongeur océanographe, Francis Rougerie, directeur de recherche spécialiste de l’interaction entre l’océan tropical et les récifs coralliens et Emmanuel Vigneron, docteur en géographie, maître de conférences.

 

FAIBLESSE DE LA PRODUCTIVITE  DE LA COUCHE OCEANIQUE  ECLAIREE : LE GRAND  DESERT BLEU TROPICAL

 

Les propriétés physicochimiques, ainsi que la productivité océanique et lagonaire, permettent d'établir les caractéristiques moyennes des eaux de la couche superficielle océanique sur une épaisseur de 100 m, qui englobe la profondeur maximale des lagons polynésiens. Les variations thermo-halines de a couche de surface ne s'accompagnent pas de modifications équivalentes des autres paramètres physicochimiques. Les teneurs en sels nutritifs dissous sont constamment très basses,  la couche superficielle océanique polynésienne peut donc être qualifiée d'oligotrophe (16). Les concentrations en chlorophylle a la surface sont de l'ordre de 0,1 mg par mètre cube, situant cet écosystème parmi les plus pauvres de l'océan mondial. La couche située vers 100-150 m présente une production primaire plus importante. Dans ce milieu tropical qui bénéficie d'un ensoleillement supérieur à 3.000 h par an, l'activité photosynthétique du phytoplancton(17) utilise rapidement les rares sels nutritifs présents recyclés par les processus de reminéralisation qui affectent les matières organiques détritiques.

 

Production primaire 1

 

Dans certaines zones océaniques, le long des côtes du Chili et du Pérou ou le long de la ligne équatoriale, un puissant processus dynamique, lié a l'action du vent et a l'existence de la force de Coriolis, se traduit par une remontée des eaux profondes vers la surface. Le processus, appelé upwelling, constitue le facteur majeur d'enrichissement de l'océan mondial, puisqu'il permet l'arrivée en zone éclairée des sels nutritifs neufs, issus de la réserve profonde, Dans les zones d'upwelling les eaux sont vertes, chargées en particules et leur productivité peut atteindre 500 g de carbone fixé par mètre carré et par an. En zone tropicale, que ce soit au large ou à proximité des atolls, aucun phénomène de remontée d'eau profonde n'est possible a cause de la stratification thermique permanente. La productivité, limitée par le manque de sels nutritifs, ne dépasse pas 50 g de carbone fixé par mètre carré et par an (tabl. l et fig. 13). De plus, l'eau salée, formée en surface par la forte évaporation, subit une augmentation de densité qui tend à la faire couler (processus appelé plongée ou downwelling). Ceci favorise l'enfoncement par gravité des particules organiques et planctoniques au-delà de la zone éclairée dite zone euphotique(18) ; le système océanique tropical a donc tendance à s'appauvrir en surface jusqu'à un stade quasi désertique, Par leur proximité du centre du gyre, les eaux océaniques qui baignent les Tuamotu se classent parmi les plus transparentes, les moins chargées en particules, planctons et sels nutritifs et les moins productives. Le légendaire bleu outremer des mers du Sud est synonyme de désert marin, tout comme le jaune marque sur les continents l'empreinte du désert.

 

Tableau 1 : Relation entre l’enrichissement par upwelling et le rendement de la pêcherie sur trois zones   

Bien que ne représentant que quelques pour cent de la surface de l'océan mondial, les zones d'upwelling (remontée d'eau profonde riche en sels nutritifs) produisent les trois quarts de la matière organique océanique totale.

Pour des raisons dynamiques (vent, force de Coriolis) , les upwellings côtiers se développent essentiellement aux bordures orientales des océans. Ceux situés en zone tropicale bénéficient d'un ensoleillement optima et sont donc les plus productifs (Pérou, Californie, Mauritanie, etc.). A l'inverse, les énormes étendues océaniques tropicales et subtropicales sont très peu productives et interviennent peu  dans le bilan de la pêcherie mondiale, qui est de l’ordre de 80 millions de tonnes par an, ce qui représente un apport moyen de 40 g par jour et par personne.

 

Tableau 1 

Zone-peche-copie-1.JPG 

 

16 – La couche superficielle océanique est oligotrophe, c'est-à-dire pauvre en éléments nutritifs

17 – Le phytoplancton est le plancton végétal et le zooplancton est le plancton animal.

18 – La couche euphotique est la couche océanique éclairée (0-150 m) où s’effectue la production organique par photosynthèse.

Figure 13 – Production primaire (phytoplanctonique) de l’océan Pacifique, exprimée en grammes de carbone organique fixés par mètre carré et par an.

Les parties centrales tropicales du Pacifique constituent de vastes déserts marins renommés pour la transparence de leurs eaux. Leur production primaire, de l'ordre de 30 gC par mètre carré et par an les place tout au bas de l'échelle de production des écosystèmes planétaires, alors que les récifs-barrières sont, avec plus de 1 000 gC par mètre carré et par an, parmi les plus productifs. Les atolls constituent ainsi les véritables oasis de l'océan tropical et leur fonctionnement interne fait encore l'objet de nombreuses recherches (Bruno WAUTHY, 1986).

Publié dans Economie PF

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SAINT ETIENNE Claude 22/09/2012 18:33


Attention au poisson d'Avril

N.L. Taram 22/09/2012 20:47



Bonjour Claude,


ne t'inquiètes pas, nous ne sommes pas en avril. Les chercheurs que je cite, j'ai travaillé avec eux pendant 22 ans  et ce sont des amis.