LA RELIGION ET L'ENFANT

Publié le par N.L. Taram

Quelles sont les réactions d'un enfant, ensuite d'un adolescent, face à la religion dont il ne connaît rien au début. Elle va lui être imposée par ses parents qui vont lui apprendre les premières règles, complétées ensuite par les aumôniers proches des services de l'instruction*.

Voici les souvenirs des années 1940/50, d'un occitan de la ville et d'un normand de la campagne.

(*Je préfère utiliser le mot "instruction" à la place du mot "éducation" utilisé maintenant, l'éducation étant le rôle des parents)

 

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La parole à Pierre, l'occitan :

 

En fait, je n'en connais qu'une, la catholique....

 

Je suis issue d'une famille catholique depuis plusieurs générations, autant paternelle que maternelle (enfin, je croyais qu'ils étaient catholiques !). Je ne me souviens pas avoir vu mon père à une messe ; d'ailleurs, ai-je moi-même assisté à une messe avant l'âge de 11/12 ans ? Peut-être ma mère m'y a amené étant gamin, je n'en ai pas souvenance, mais notre mémoire est sélective.

Je n'ai jamais vu mon père prier, certainement que ma mère devait faire une rapide prière le soir avant de se coucher et peut-être le matin,  j'en ai aucun souvenir.

 

PEPEMEME

 1946 avec mon frère et mes grands parents du Lot

 Quand je suis rentré en sixième au lycée de Montpellier, à l'âge de 11 ans, ma mère m'a inscrit au catéchisme (il y avait un aumônier affecté au lycée). J'ai participé à très peu de cours et là, je me souviens bien que l'aumônier n'appréciait pas mes questions. Par exemple, dés les premiers cours, alors qu'il nous parlait des différentes religions, je lui demandais qu'elle était la meilleure ; je m'étais retrouvé à la porte avec la "condamnation" de réciter quelques "notre père"...

 

Après mon passage en cinquième, à l'âge de douze ans, ma mère souhaitait que je fasse ma communion solennelle. L'aumônier était plutôt réticent vu mon absence au catéchisme depuis longtemps. Toutefois ma mère réussie à le convaincre et en juin 1953, j'assistais à une grand'messe en costume noir, veste/pantalon long, certainement hérité de mon grand-frère, avec un brassard blanc.

 

 

Pierre 1953 

 

Après cette cérémonie, mes relations avec la religion seront définitivement rompues. Quant à la croyance en Dieu ? Bof ! Pourquoi pas, c'est une simple dénomination... Disons que je l'appelle "l'inconnu", inconnu qui diminue siècle après siècle ; Peut-être qu'un jour il n'y aura plus d'inconnu.

 

Par la suite j'eu l'occasion d'assister à quelques messes mais à titre d'invité. En 1960, j'assistais au mariage de mon frère, en l'absence de mon père malade et alité. En septembre 1961, lors d'une permission (j'étais militaire à Avignon), mon frère m'embarqua d'office pour être le parrain de son deuxième fils. Lequel deuxième fils m'embarqua, lors d'un congé en France en 1994, pour être le parrain de sa fille. Que de responsabilités pour moi, mécréant !!!!

Enfin, lors de nos vacances 1994 dans le Lot, pays de ma mère, mon épouse et moi-même étions présent au mariage d'une petite cousine dans ce village ancestral, Les Junies. Mais c'était totalement autre chose : d'abord, c'était le premier mariage dans ce petit village depuis des années ; c'était une église du 12ème siècle ; c'était une fête, comme on en voit que très rarement, avec les anciens de la commune, le châtelain et sa famille (grand patron des banques Paribas). Cela reste pour moi, un bon souvenir...

 

Mariage Nathalie Lot 1994

 

 

Mais qu'en est-il de la religion catholique ?

 

Cela m'était pratiquement inconnu  jusqu'au jour de la conversion de ma chère compagne. Il y a une dizaine d'années, lorsque mon épouse, protestante peu pratiquante, c'est laissée entrainée par des amis catholiques à une semaine de "vacances" à Miti-Rapa, presqu'île de Tahiti (le foyer-séminaire Sainte-Thérèse).

 

A partir de là, je découvre un monde nouveau ; ce que je vois et ce que j'entends, me surprend au point que je pense avoir affaire à une branche "intégriste" du catholicisme.

A ce sujet, j'écrirai plus longuement, mais pour le moment ce texte restera "confidentiel" ; cela concerne notre vie commune et nous sommes très heureux de cette situation (disons que je m'y suis habitué).

 

Anniversaire Monseigneur Hubert

 Anniversaire de Monseigneur Hubert

 Cet évènement me pousse à étudier sérieusement cette religion, depuis son origine, son premier siècle et toutes les dérives qui suivirent. Je fais connaissance avec ces personnages historiques qui ont peut-être été inventés après, mais qu'importe, il y a bien eu des êtres humains pour lancer ce mouvement qui dure depuis 20 siècles.

Je vais découvrir des personnages formidables, par exemple et près de nous : l'abbé Pierre, Martin Luther King... et même encore plus près de nous, un certain vicaire de la cathédrale de Papeete...

 

Je vous rassure, je suis toujours athée. Une correspondante, sur internet, m'écrivait un jour "comment peux-tu citer un verset de l'évangile, toi qui est athée ?", je lui répondis "on peut être athée et savoir lire".

Une autre fois, lors d'une discussion  sur l'égalité entre homme et femme, je citais l'évangile de Thomas, loggion 114 :

Simon-Pierre lui disait :

Que Marie sorte de parmi nous

parce que les femmes

ne sont pas dignes de la Vie.

Jésus répondit :

Voici que je la guiderai

afin de la faire Homme.

Elle deviendra, elle aussi,

un souffle vivant semblable à vous, Hommes.

Toute femme qui se fera Homme

entrera dans le Royaume de Dieu.

Je reçu de la part de quelques correspondantes des commentaires désobligeants (je pèse mes mots !). Serai-je le seul à avoir compris cette parabole ?

 

En fin de compte, j'en sais beaucoup plus que de nombreux pratiquants car j'ai pu étudier sans limite et sans restriction.

 

N.L. Taram

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La parole à Claude, le normand :

 

Le calvaire de Saussay la Campagne,

mis à jour il y a une dizaine d'années

 

Saussay2Je me souviens du catéchisme et me souviens de mes interrogations enfantines.
je ne voyais pas pourquoi apprendre ça, déjà qu'a l'école ce n'était pas folichon.
Au tout début j'allais chez une vieille cousine à l'autre bout du village, je faisais acte de présence non seulement pour les biscuits qu'elle nous donnait mais aussi comme représentant officiel de la famille du haut, je faisais ce que je voulais et rentrais quand j'avais fini de jouer avec les autres.
Après, l'affaire fut reprise par une jeune fille gentille et douce, Martine, c'était une fille cool un peu grenouille de bénitier. C'est plus elle qui récitait les prières, lors de mes interrogations elle savait que je n'avais rien appris alors elle récitait en laissant des blancs que je comblais si je pouvais.
Mon père ne croyait plus, ça se sentait dans ses conversations, ma mère elle était croyante mais ne se rendait pas à l'église pour autant. C'est peut être pour cela qu'elle me forçait à y aller.
 

 

"Adrien", le saint patron du village

Saussay4

A l'époque il était de bon ton d'avoir les idées communistes, mon père balançait dans ce sens, mais un jour, lors d'une procession dédiée à SAINT ADRIEN le patron du village et férié local depuis des lustres, comme personne ne voulait prendre le manche du "drapeau" il s'est proposé, je me pose toujours la question du pourquoi? Peut être pour le curé qu'il aimait bien.
Ce qui à souvent été un point de discorde entre ma mère et mon père, quand, dans les conversations il critiquait l'église ou les curés, elle lui demandait alors pourquoi il avait brandit l'étendard de Jésus?
Moi donc, je suivais par contrainte mais aussi pour m'échapper de la maison, aller fumer derrière l'église et traîner la savate en rentrant. Ma mère m'incitait à devenir enfant de cœur, ce dont je me suis toujours opposé prétextant au départ qu'il n'y avait pas de place, prétexte que j'ai vite abandonné parce que le curé venait souvent à la maison.
 

Paysans1

Source inconnue, si vous êtes l'auteur contactez moi

 Ce curé, fait exceptionnel dans une vie de curé, avait marié mes parents, mon oncle (frère de ma mère) et ma tante (sœur de mon père) lors de la même cérémonie, puis par la suite baptisé, communié tous leurs enfants, unis également les enfants et baptisé les petits enfants, alors il se sentait comme chez lui et tutoyait tout le monde, toutefois il n'était que rarement invité. Ayant fait des études de médecine, pendant la guerre il soignait mes frères et sœurs, par contre nous savions tous qu'il faisait quelques fois des mensonges, notamment pendant la période de chasse ou il annulait des messes pour se rendre au chevet de son frère alors qu'il était à la chasse pendant ce temps.

Par contre, le dimanche non seulement j'avais l'obligation de me rendre à la messe mais aussi l'ordre de m'asseoir sur le banc de famille loué depuis des lustres à cet effet, et moi tout seul, je ne voulais pas, si bien que d'autres l'occupait.  

Saussay3

 L'église du village et au premier plan à droite le monument au morts

A ma communion j'ai eu la plus grande honte de ma vie, j'étais 2ème sur 2, comme ma mère élevait la voix pour mon classement, j'ai pris pour excuse qu'il y avait eu du favoritisme car l'autre n'apprenais rien et manquait tout le temps. Tant elle me voulait premier qu'elle a donc exigé que je demande un nouveau comptage des points. C'est ce qui fut fait et obtenu. Le pire m'attendait, car le premier récitait une prière devant tout le monde. C'est donc devant toute l'assemblée, monté sur une estrade que j'ai du récité la fameuse prière que j'avais là aussi mal apprise, je remettais toujours les choses pour les faire dans l'urgence c'est à dire au dernier moment. Lamentable, j'ai bafouillé minablement devant tout le monde à l'écoute, je crois que pour mettre fin à ce gâchis, le curé est parti dans les psaumes bien avant que j'ai eu fini. Quoi qu'il en soit, ce jour là était un jour de forte chaleur en Normandie et mes sœurs qui ne buvaient pas ont abusé du cidre, justement parce que ce n'est pas alcoolisé du moins le croyaient elles, tant et si bien qu'elles étaient gaies et riaient tout le temps. C'est ça aussi la communion, 

Une autre fois je me suis trouvé être le parrain de l'un de mes neveux, j'avais quinze ans.
Après la cérémonie le curé qui était blagueur a dit à mon père en parlant de moi, que je l'avais traité de corbeau, je me suis défendu car je n'aurai jamais dit une chose pareille de quelqu'un. D' ailleurs je ne connaissais pas ce symbole et puis je n'ai pas compris qu'il me charriait, longtemps je lui en ait voulu. Si bien que depuis je ne fréquente plus l'église.

Des fois, dans ce monde devenu violent et méchant, je me pose la question de savoir si c'est un bien d'avoir abandonné la religion, non pas pour la croyance qui n'est que baliverne, mais pour le rapprochement de la communauté au moins une fois par semaine. Je ne suis pas persuadé que tout le monde était croyant, mais que les plus vieux obligeaient ainsi les jeunes à se côtoyer dans le respect des autres, pas de bagarre, une partie de dominos pour les hommes pendant que les femmes faisaient le plein de nouvelles...

 Claude Saint Etienne

 

Les photos de Saussay la Campagne proviennent du site de la mairie >>>

http://vivreasaussaylacampagne.over-blog.com/

 

Publié dans LIBRE PENSÉE

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SAINT ETIENNE Claude 05/08/2013 12:03


Je pense que l'enracinement de la religion venue au fil des temps relève du faste des cérémonies, les habits, les ors, le latin, c'est pourquoi les conseillers en communications de l'époque
prévoyaient pour leur roi, de fréquents tédéums (repris même par Napoléon).


On sait que ce faste attirait les paysans qui se déplaçaient quelques fois sur des dizaines de kilomètres pour voir les ors d'un convoi royal ou le passage d'un prélat portant tenue et crosse
d'or, se prélassant sur sa chaise portée par plusieurs hommes et raffraichi par des plumes d'autruche. Avec au final une messe à la cathédrale du coin(show de l'époque). A ce
sujet, lire un article que j'ai fait sur Catherine de Médicis et son voyage à travers la France.


Maintenant avec la disponibilité de chacun plus besoin de tout ça pour avoir des frissons, dans les temps libres l'amusement est permanent avec la télé, le cinéma, les  concerts, le theâtre,
les voyages, les musées et les feux d'artifices... 


Elle est loin l'époque ou ma mère se mettait dans les frais pour m'acheter le brassard de communiant le plus beau, non pas pour mettre son fils en valeur mais pour sa position sociale à elle car
s'était ça aussi la religion, la hierarchie locale et le rang à tenir, pas plus beau que le fils du maire ou du chatelain mais plus que les autres. Pour ce faire les achats ne se faisaient pas au
chef lieu de canton par trop commun, mais directement à ROUEN ou elle trouvait là les nouveautés... Et pourtant ma mère était une femme simple, sauf pour ce sujet.


Pour terminer le sujet, ma  femme est croyante sincère, j'ai donc fait baptiser mes enfants, un peu sous la contrainte des parents de chaque coté, quoique je soupçonne mon père de s'être
compromis pour le banquet. L'ainé avait 4/5 ans, le deuxième 2 ans et j'ai fait d'une pierre deux coups, les deux lors de la même cérémonie. Par contre, tenant tête à ma femme je n'ai jamais
donner suite pour eux à l'apprentissage de la religion, jugeant que c'était à eux de décider plus tard. 


Je ne suis pas vindicatif ou traumatisé au point de faire la demande de reniement de mon acte de baptème. Pourquoi? Alors que l'on sait que je suis déjà comme la majorité des gens de cette terre,
inscrit chez les mormons, à mon insu et contre ma volonté bien sur.


Ainsi va la vie, les gaulois avaient peur que le ciel ne leur tombe sur la tête, les chrétiens de l'enfer et les athées?...


 

N.L. Taram 05/08/2013 16:35



Bonjour Claude et merci pour ton commentaire.


Il va tout à fait dans le sens de cet article. Je pense que pour toi comme pour moi, notre participation à la religion était plutôt du à la tradition qu'à une réelle dévotion. Mes enfants aussi
ont été baptisés "protestant" par les soins de mon beau père à Raiatea. Pour mon fils, c'était à notre retour de Nouméa, j'étais présent à Raiatea. Toutefois je n'ai pas arrêté de faire la fête
avec les frères et soeurs (14) de ma compagne et aussi de beaucoup dormir, alors que mon fils était baptisé discrètement. Cela m'a surpris, car je n'avais rien contre, étant plutôt "libre
penseur"... et de plus, pensant que cela n'avait aucune utilité ou conséquence, la preuve mon parrainage de mes neveux et petite nièce en France.


Pour les cérémonies que tu décris (déplacement des souverains et des prélats) je crois que cela existe toujours avec ces concerts, manifestations sportives, festivals en présence de vedettes du
cinéma, de la chanson ou du sport... et aussi de la politique.