LA TAMBOUILLE POLITICIENNE

Publié le par N.L. Taram

En tête APS Barral

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Le navire du Pays est au sec sur le récif de l’Histoire.

Les plus optimistes disent « on va dans le mur »

Les plus réalistes « on est dans le mur »,

Toujours est-il que notre Pays est au plus mal. Ce ne sont pas les quelques bricolages de bouts de ficelles du budget 2012 qui le sauvera à terme de la banqueroute.

 

Et pourtant, depuis 1977 et plus encore depuis 1984 le capitaine du navire est Polynésien. C’est ce qu’il convient d’appeler « l’autonomie ». L'assemblée de la Polynésie française dispose à elle seule des compétences dévolues aux départements, aux régions et pour une part à l'Etat.

 

Ce n’est tout de même pas le récif qui s’est précipité à la rencontre du navire Maohi nui ! Il convient donc de s’interroger sur le cap suivi par le capitaine et son équipage.

L’autonomie plébiscitée par la grande majorité des Polynésiens nécessitait une vision claire d'une société originale adaptée à ses ressources, une gestion rigoureuse des deniers publics, un sens aigu des valeurs républicaines et océaniennes socle de notre société, en somme, probité, et vertu.

 

Qu‘en fut-il de notre autonomie ?

 

Un projet de société décalqué du modèle Métropolitain hors de portée de nos ressources propres dans tous les domaines de la vie sociale : prestations sociales, éducation, santé, aucun effort sérieux d’adaptation aux réalités de notre petite communauté de 260 000 habitants.

 

Pour paraphraser la fable du chien et du loup, la corde dorée de la dépendance, c’est quand même nous qui nous la sommes passée au cou ! « L’autonomie perfusée » c’est quand même nous qui l’avons sollicitée par les transferts de l’Etat chaque année plus importants. Le sujet est aujourd’hui en situation de dépendance aggravée. La désintoxication risque d’être douloureuse.

 

Par paresse intellectuelle, par indigence politique, par facilité, la tropicalisation de tous les modèles sociaux métropolitains a été réalisée sans aucun discernement.

Le résultat a été diagnostiqué lors de la démarche des Etats Généraux pour la Polynésie française en 2009 : échec sur toute la ligne, marasme éducatif, accroissement des détresses sociales, ruine de la politique de santé, explosion des déficits des comptes sociaux.

 

Quant à la gestion des deniers publics, pendant des années, organisée au sommet du Pays, avec la complicité active de l’Etat central, la plus vaste entreprise de corruption jamais mise à jour sur un territoire de la République, fut organisée, à tous les échelons et dans tous les secteurs de la société civile et même religieuse.

 

Brutalement sortie depuis 2007 de sa torpeur bienveillante, la justice, jusque là muette sourde et aveugle vient enfin de se réveiller et a condamné en première instance 43 responsables de cette corruption institutionnalisée, dont une peine de 4 années de prison. Si l’on rapporte ce chiffre à celui des emplois fictifs de la ville de Paris (2 millions d’habitants pour 260 000 Polynésiens) cela équivaudrait à la condamnation de 322 responsables hexagonaux !

 

Ne parlons pas des pratiques d’extorsion de fonds et des enveloppes d’argent au profit des maîtres d’alors et au détriment d’organismes publics. Depuis plusieurs mois, les termes de corruption, d’abus de biens sociaux, de détournement d’argent public fleurissent régulièrement dans la presse au sujet de ces affaires politico financières.

 

Passons sur les dépenses pharaoniques, le palais présidentiel et ses dépendances, l’avion Présidentiel, le parc de 80 voitures de fonction de la Présidence, la mise en place d’une milice politique, les sociétés d’économie mixte, les EPIC, les GIE et autres EPA qui proliférèrent, le contrôle politique de toute la population avec la concours des 42 communes ayant fait allégeance, grâce au Service d’Assistance aux Particuliers, à la solde du parti hégémonique… Tout cela fut dénoncé avec vigueur et précision pendant la campagne électorale de 2004. Il fallait s’attendre en cas d’alternance à un véritable coup de balai sur toutes ces pratiques que certains nommèrent « l’autonomie dévoyée ».

 

Que se produit-il ? Rien.

 

Les voitures de fonctions furent prises d’assaut par les nouveaux maîtres des lieux, la milice conservée et légitimée voire accrue, l’avion présidentiel se remit à voler pour le compte du nouveau pouvoir, les SEM, EPIC, GIE… conservés, voire multipliés, les embauches dans l’administration poursuivies de plus belle, les pillages des deniers publics portés à un niveau jamais atteint (affaire Emile Vernaudon/OPT) ayant conduit à l’incarcération définitive de ce dernier pour 5 années. Quant nomadisme politique, il atteint des sommets jusqu’alors inviolés. Entre 2004 et 2010 tel élu a changé 17 fois de parti pour suivre tous les aléas des mutations gouvernementales.

 

Quant aux valeurs républicaines, océaniennes et tout simplement morales, nous venons de voir à quel point elles ont été bafouées, violées et salies par le comportement criminel non pas d’un seul homme, ce serait trop facile, mais de toute une organisation politique aujourd’hui fractionnée en une dizaine de baronnies et en proie à une compétition d’ego acharnée et mortifère.

 

Nous sommes rendus aujourd’hui au constat de l’épuisement du modèle de société de l’épisode CEP et de l’autonomie dévoyée. Il convient de choisir un nouveau cap pour le navire du Pays. La mise en cause de ce modèle que nous subissons depuis 40 ans a été très tôt faite par quelques personnalités estimables. Citons Francis Sanford dans son discours d’investiture du 7 juin 1977 devant l’ensemble des conseillers Territoriaux :

« Ce que je dirai s’adressera à nous, tous les élus présents et absents de cette enceinte, s’adressera également à tous les dirigeants de ce territoire, aussi bien métropolitains que locaux, car quelle que soit la forme de société que nous nous donnerons, cette société ne pourra se bâtir et se développer sans le changement de nos motivations et de nos comportements.[…]

Refuser aujourd’hui de mettre un terme à l’abus de nos droits et privilèges, à nos habitudes de fraude, à nos compromissions, à notre réflexe permanent de défense catégorielle rendrait vain demain tout changement de structure.

Si nous voulons être solidaires des plus défavorisés, nous ne pouvons prétendre, pour nous-mêmes et pour nos familles, à des revenus toujours en hausse et à un confort toujours accru ; il nous faut consentir à partager, donc choisir entre la satisfaction de nos appétits égoïstes et la solidarité à laquelle nous convient les immenses besoins de la communauté polynésienne ».

 

Citons également 12 ans plus tard une prise de position de l’Archevêque de Papeete Michel Coppenrath devant le 3ème synode diocésain de l’archidiocèse de Papeete en novembre 1989 :

« […] Regardons en face les faiblesses et blocages de notre société actuelle ; répartition injuste des richesses, privilèges d’une minorité, clientélisme politique, corruption, affairisme, culture du profit, spéculation, corporatisme, exode des archipels et urbanisation sauvage, consommation de luxe à côté d’un prolétariat qui s’installe, économie artificielle basée sur des transferts métropolitains entraînant une consommation démesurée sans production locale significative, poids excessif de la fiscalité indirecte, croissance démographique mal maîtrisée, système éducatif mal adapté, protection sociale plus importante que le travail, unité des familles trop faible, manque d’honnêteté, de rigueur, de responsabilité, de contrôle, etc. […] »

 

Tout est dit.

L’invitation à changer de cap est parfaitement claire, la question de la refondation du projet de société pour les Polynésiens parfaitement posée.

 

Plus près de nous, le document de synthèse des Etats Généraux de Polynésie (septembre 2009) insiste :

Devant ces enjeux, notre dessein qui est de replacer le Polynésien au centre de la société et de lui permettre d’être acteur et non plus figurant, nous impose de réaliser collectivement, avec patience et de façon systématique, une véritable refondation de notre société. Ceci imposera une adaptation de nos comportements à des changements que nous aurons choisis.

 

Enfin, tout récemment il y a quelques semaines, (octobre 2011) l’atelier 5 des Assises du Service public précisait :

« En tout cas, les quatre recommandations prioritaires en ce qui concerne la refonte du Service Public feraient partie d’un nouveau projet de société, construit sur un modèle de développement durable et équitable, qui pourrait redonner l’espoir d’un meilleur avenir en Polynésie française ».

 

Il est donc urgent de construire un projet de société qui nous permette de changer de cap, de mettre en place un consensus minimal sur l’essentiel, comme la société calédonienne a été capable de le faire à la suite d’un épisode tragique de son Histoire.

 

C’est pour cette mission spécifique que le Président de l’Assemblée de Polynésie Française m’a demandé d’entrer dans son cabinet. Initier, inspirer, organiser une démarche de rassemblement autour d’un projet de société pour les trente années à venir.

 

Après la rencontre pendant 3 mois, de plus de 40 personnalités du monde économique, social, culturel, spirituel, un large consensus s’est établi sur l’urgence de la démarche et sur sa nécessité absolue.

 

Hélas le 14 novembre une partie des responsables politiques a souhaité au niveau du bureau de l’Assemblée voir annuler cette démarche au motif qu’elle était soit trop tardive (elle aurait du être menée à l’issue des dernières élections Territoriales) soit trop précoce (il faudrait attendre 2013 et l’issue des prochaines élections Territoriales). De plus, la proximité des échéances électorales (présidentielle et législatives) était à leurs yeux de nature à perturber toute démarche de recherche de consensus.

 

Devant l’absence d’accord unanime des décideurs politiques, ma démarche perdait tout son sens et ma mission n’avait plus lieu d’être. J’ai donc demandé au Président de l’Assemblée d’acter la fin de ma mission et ma démission de son cabinet.

 

Je ne peux pas toutefois me retirer sans faire part de mon indignation devant une telle absence de courage politique, à un moment où le Pays traverse une crise structurelle existentielle héritée du modèle de société généré par l’impact du « système CEP » et les dérives de « l’autonomie dévoyée », aggravée par une crise conjoncturelle mondiale. A l’heure où des milliers de nos concitoyens vivent dans le dénuement, la précarité, l’angoisse des lendemains, une telle désinvolture me parait scandaleuse.

 

L’honneur de la fonction d’élu exigeait un effort de dépassement des intérêts partisans, un effort de chacun pour construire ensemble un véritable « sentiment national » impliquant la transcendance des intérêts particuliers pour faire prévaloir l’intérêt du Pays, l’engagement de chaque individu, de chaque cellule du corps social, de chaque institution dans un processus de transformation vertueuse sur le long terme. Dessiner le visage d’une société solidaire tel était le projet.

 

Il ne s’agit plus aujourd’hui tels des cabris de sauter sur place et de bêler obstinément aux quatre vents « autonomie », « autonomie » ou « indépendance », « indépendance », il s’agit de refonder complètement notre société et de rebâtir un pacte social, plus juste, plus équitable, plus modeste et plus durable pour les trente années à venir en pensant à nos enfants et à nos petits enfants.

 

Au lieu de cela, la logique de réflexe clanique des élus, de la petite manœuvre opportuniste, de la tambouille politicienne a prévalu. La logique des rancunes, des rancœurs, des haines rentrées, des projets de vengeance ruminés, clan contre clan, l’a emporté. J’ai un sentiment de tristesse et de désespérance pour mon Pays.

 

Je remercie Monsieur Jacqui DROLLET, président de l’assemblée de la Polynésie française de la confiance et du soutien qu’il m’a témoigné tout au long de ma démarche.

 

Jean-Paul BARRAL

 

 

Publié dans Politique

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Tehonovahine 30/11/2011 01:02


Bien le bonjour Taram de Tehonovahine des Tuamotu. Voici ce que Tehonotane a écrit à son ami de toujours Jean-Paul:


Une fois de plus, tu as démontré le courage de nos hommes politiques-il paraît
qu'on a ceux qu'on mérite, surtout qu'en plus on a voté pour quelques-uns d'entre eux.


Courage, fuyons et surtout retenez-moi !


De moins endurants que toi perdraient patience devant l'ignorance, la bêtise et
la malhonnêteté matérielle et intellectuelle de nos élites «policardes ». Élites qui n'ont tiré des urnes que le droit de se servir, d'user et d'abuser.


Chapeau Jean-Paul pour ta constance et tes combats !


 

N.L. Taram 30/11/2011 02:48



Bonjour Tehonovahine,


Bienvenue sur mon modeste blog. Entièrement d'accord avec le texte du "Tane", je n'en pense pas moins, même si dans le communiqué IMTN que j'ai pondu peu après, j'ai dû temporiser car je
souhaitais mettre tout le monde dans le même panier...


Le bonjour à Tehonotane.



Stéphanie Fiquemo 25/11/2011 08:08


J'ai rencontré M. Barral à quelques reprises dans le cadre de mon ancien travail et de ses fonctions à la Mairie de Faa'a. Je reconnais avoir été pleine d'à-priori à son sujet, sans
aucun doute en raison de ses valeurs indépendantistes et du maire-président dont il est un des 1ers conseillers.


Mais en toute honnêteté il fait preuve ici d'une RARE objectivité sur les 2 forces politiques qui se disputent le gâteau polynésien. Il nous livre par ailleurs une rétrospective
judicieuse de ce qui l'a rendu si attrayant, permettant ainsi d'ouvrir puis d'assouvir les appétits les plus primaires... Enfin il dresse un bilan réaliste: l'assiette est vide. Plus rien à se
mettre sous la dent messieurs les élus bien intentionnés!!! 


Pourtant il y a 270 000 personnes qui vivent (ou survivent) grâce à ce gâteau. Vous n'êtes pas seuls sur ce navire échoué. Alors il serait bon pour tous que vous
dépassiez vos querelles de bac à sable, ou, tout bien considéré, que vous vous y consacriez corps et âmes afin de laisser la barre à d'autres égos, plus
équilibrés, qui ne seraient flattés que par la reconnaissance unanime de leur altruisme et de leur efficacité.

N.L. Taram 25/11/2011 08:42



Bonjour Stéphanie,


Merci de ta visite et de ton commentaire. Ce que tu écris nous conforte dans nos actions, tu apportes de l'eau à notre moulin...


Patience et persévérance!



Vansam vaea 24/11/2011 09:07


Bravo !

N.L. Taram 24/11/2011 10:00



Ia ora na Vaea,


Merci de ta visite et de ton encouragement...



Charlie 24/11/2011 04:13


Ia ora na, bonjour à toi Taram,

Merci de partager cela avec nous.
Merci à Jean-Paul d'avoir essayé, en tout cas, même s'il fait aujourd'hui le constat d'un échec.
Il nous reste, à nous, de continuer ce qui est entrepris. Le dépassement des clivages stériles et puériles, le dépassement de ces affrontements entre autonomes de circonstance et indépendantistes
à la petite semaine, pour construire une Polynésie équilibrée, où la morale, l'éthique, le respect, la vertu même, prédominent sur les vélléités politiciennes qui ne cesseront sans doute
jamais.

Que ce tremblement que nous subissons aujourd'hui, constaté par tous, nous mènent à revenir à l'essentiel, à ne plus nous égarer dans des idéologies et des appétits démesurés. Que nos rivages,
après le souffle et la folie des vagues, et du vent, retrouvent leurs contours sereins, la confiance, et la clarté qui leur vont si bien.

Parahi,
Charlie, reconnaissant.

N.L. Taram 24/11/2011 08:19



Ia ora na Charlie,


Merci pour ton commentaire. Tu es le premier à réagir sur ce blog ; mes autres ami(e)s hésiteraient-ils ?