LE BERLINGOT

Publié le par N.L. Taram

J'ai reçu hier un message d'un ami qui me raconte sa visite  à la Maison de la Confiserie de Wattignies. J'ai de suite apprécié le style, la partie historique et l'humour de l'auteur, aussi avec son accord,  je le partage avec vous.

 

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Berlingot boiteJe voudrais tout de suite apaiser certaines de mes collègues à l’imagination parfois fort débridée quand je tends à m’exprimer. Je parle bien sûr de la petite friandise, faite d’un mélange de sucre et de sirop de glucose, dans des proportions qui diffèrent selon la consistance que l’on recherche : molle, ferme ou dure, et non ... d’une partie de l’anatomie féminine. (Eh oui ! Votre dictionnaire ne le savait peut-être pas ou plutôt, il sait mieux se tenir en société que le mien). (1)

 

Saviez-vous pour la petite histoire, qu’Henry IV, en plus de sa poule au pot, aurait pensé au pousse-dessert ?

Il aurait en effet, laissé échapper un “mmm bon” très vite redoublé, en mangeant un “épice rare” (du sucre de canne en fait) tellement c’était bon.

 

canne-sucre-01

 

Et oui, ça saute aux oreilles maintenant. Je vous l’accorde, c’est digne d’un enfant de trois ans. Mais comme les gens sont parfois pendus aux oreilles des rois à guetter une faveur, un bon mot... bah, faut croire que c’est resté ! *C’est Louis XIV qui a dû être jaloux.*

 

Si le sucre était encore un luxe à l’époque, les premières friandises existaient depuis longtemps. La première est attribuée à un gars qui s’appelait Julius Dragatus, et qui créchait à Rome en 177 avant JC. Je vous laisse deviner ce qu’il a inventé ? Non, trop “face” dirait ma moyenne, qui m’a désagréablement surpris l’autre jour à employer ce langage “texto” alors qu’elle est en CP. Bon passons. Il avait eu l’idée d’enrober de miel une amande et il est passé à la postérité !

 

Chez nous, vers 1830, un petit garçon chez ses parents confiseurs laissa tomber accidentellement de la menthe dans la préparation des berlingots de la semaine, il se serait fait reprendre par sa grand-mère genre “t’as encore fait une bêtise !” mais les clients adorent. Les parents demandent la recette à leurs fils devenu prodige. La bêtise de Cambrai voyait le jour !

 

Dans le Nord toujours, un gentleman aurait inventé le carambar pour sa sœur qui adorait à la fois les sucres d’orge et le caramel ; mais depuis la visite,  j’ai lu une autre histoire, ce serait encore une “bavure” industrielle, comme la "Bêtise" ! Alors que penser ? Faites plaisir à votre palais ou à celui des autres, vous entrerez peut-être dans l’Histoire, mon chou !

 

Toutes ses histoires me furent racontées dimanche dernier avec une telle passion pour la chose toujours que ... j’ai retenu ! Belle leçon pour un prof, soit-dit en passant plus sérieusement.

Et là, si vous n’avez pas encore supprimé ce mail, vous vous demandez, alléchés : mais où était-il le week-end dernier ?

 

La-pie-qui-chante.jpg

 

*A la maison de la confiserie, à Wattignies*, “ichi” tout près de chez nous, avec mes deux grandes, à la découverte de notre patrimoine industriel local.

Parce que ce fut une autre découverte parmi d’autres ce jour-là et non des moindres, la région du Nord, connue pour son charbon et son textile était aussi une très grande région industrielle au niveau confiserie, avec la betterave à sucre pas loin qui remplaça la canne à sucre avec le blocus continental de Napoléon, les raffineries ... Il y avait un savoir-faire qui a perduré même si les entreprises familiales ont progressivement disparu ou furent rachetées par des grands groupes.

 

A Wattignies donc, il y avait l’usine “la Pie qui chante”, et il y a maintenant des bénévoles passionnés, d’anciens salariés, des retraités, qui, souhaitant conserver ce passé, sont à l’origine de cette maison. On les voit dans les photos souvenirs qui couvrent les murs du couloir, au travail dans leur entreprise, travail qui représentait sans aucun doute plus qu’un gagne-pain, une véritable fierté, l’appartenance à une grande famille.Machine berlingot

 

 

 

On a donc vu des machines comme celle qui débitaient 800 carambars à la minute, ça laisse songeur...

 

 

 

Des vieilles boites de friandises que tout le monde connait et qui éveillent chez les moins jeunes du groupe quelques souvenirs d’antan !  Charmés par notre guide intarissable d’anecdotes (sur les bonbons, leurs emballages, leur mode de fabrication)

 

Emballage-bonbon.jpg

 

 

MAIS le clou de la visite fut d’assister à la fabrication de leur spécialité, un berlingot artisanal aux couleurs de la ville, sous nos yeux éblouis d’enfants de 4 à 77 ans. Fabrication berlingot

 

 

 

 

Des couleurs, de la viscosité à pétrir, des odeurs, un tour de manivelle par (véritable) enfant, et c’était presque magique, ils dégringolaient devant nous comme des pièces d’or qui remplissent un coffre, encore tout chauds à déguster. Non, poussez pas derrière, il y en aura pour tous les pirates !

D’un coup, on est tous des gosses, la texture, le fondant sous la langue, ah j’en aurais chialé, j’en aurais bien repris avant qu’ils refroidissent !

Mais je voulais être digne devant mes filles !

Moi qui n’ai jamais été bonbons sucrés de ma vie, c’était trop bon, Henry t’avais raison, t’es un grand linguiste.

 

En plus, ce n'était pas fait exprès, mais c’était l’idéal, il était midi et la visite se terminant, on allait rentrer faire honneur aux talents culinaires de maman chérie (donc compréhensive !)

Mais, après cette dégustation qui portait son nom à merveille, et avant de partir même à la bourre dans le timing, il fallait ramener des petits souvenirs de cette virée culturelle !

 

On a alors été efficace ! Les filles, chacune sa boite, j’en prends une pour la troisième même si elle a le temps de voir venir, et je vais me trouver une bonne raison d’en acheter d’autres, je pense à mes collègues, et... rien qu’à moi, à ce prix-là c’est donné mais ... je vais quand même arrêter, ou je risque une remarque à l’arrivée.

 

Froid, ça me rappelle les sucres d’orge que ma mamie me donnait quand je venais la voir. Dans la voiture, je plongeais dans mes souvenirs.

Les filles, je mets Radio Nostalgie, ne me dérangez pas, on va bientôt arriver, laisser votre boite fermée et regardez le paysage !

 

Je prends conscience ce soir qu’à part ce tendre souvenir, j’ai vécu une enfance et une adolescence, sans bonbon ! Pas de bonbonnière à la maison même si nous étions bien dans notre appartement.

C’est peut-être pour ça que même avec l’arrivée de mes filles, je n'étais jamais tenté.

 

berlingotMais les choses vont changer, y a pas d’âge pour les petits plaisirs de la vie n’est-ce pas ! Je sais déjà que j’irai me réapprovisionner !

J’ai mis le site de la maison de la confiserie en favori, je vous invite à y faire un tour si vous êtes dans le coin  >>

http://www.maisonconfiserie.fr/

 

Il y aura une journée exceptionnelle en novembre avec des grands noms du bonbon présents sur place, mais c’est ouvert un dimanche par mois toute l’année.

 

Allez, je vais me coucher mais je vous fais des bisous sucrés (j’ai un berlingot dans la bouche à l’heure où je vous écris).

Bien chaleureusement,

Matthieu

 

 

 **

*Je vous ai apporté des bonbons

Parce que les fleurs c’est périssable

Puis les bonbons c’est tellement bon

Bien que les fleurs soient plus présentables

Surtout quand elles sont en boutons

Mais je vous ai apporté des bonbons.*

 

Jacques Brel, *Les bonbons*, 1964

 

 

 

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Quelques commentaires :

 

 

Pierre : (2)

 

C'est formidable, avec l'Histoire, il y a toujours à apprendre....

Au sujet des sucreries, j'ai un souvenir comme les "Madeleines de Proust" :

 

 Meringue.jpg 

Quand j'allais en vacances avec mes cousines à Paladru (Isère), en particulier en 1955 où j'étais parti seul, toutes les fins d'après-midi, je descendais avec ma cousine préférée  au village par un petit chemin au milieu des bois.

Nous allions chercher du pain chez le boulanger, ma tante nous ayant remis les sous et un peu plus avec lesquels nous achetions des "meringues". Quand nous remontions à la ferme, il faisait presque nuit et nous passions en courant devant le cimetière...Paladru

 

 

Et puis pendant la journée, nous visitions l'immense grange à plusieurs niveaux, remplis de paille et de foin.

Ma cousine, un an de moins que moi (j'avais 14 ans) n'était pas innocente... mais j'ai beaucoup appris avec notre copine, la fille du fermier.

Depuis j'adore les meringues.

 

J'ai raconté cette histoire à ma chère compagne qui, maintenant, me ramène parfois des meringues de la boulangerie de Papenoo...*

 

* peut-être qu'elle espère que me reviendra la "vigueur" d'antan ?

 

(1) et (2) Ce message n'a aucun rapport avec "Le berlingot"... quoique ceux qui connaissent l'argot,  y trouveront surement un lien >>

http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/berlingot

 

Claude :

 

Moi j'étais tranquille il n'y avait pas de confiseur au pays... Quoique en y réfléchissant de plus près il y avait l'épicier pour les bulles gommes, les acidulés et les poudres. J'oubliais les carambars. Je ne faisais pas trop d'incursions chez l'épicier pour ce motif mais pour un tout autre, je raffolais de saucisson frais, donc quand j'avais un peu de sous je prenais selon mes moyens, 100, 200 ou 250 grammes de saucisson frais et fumé tant qu'à faire que je dévorais comme ça, à la main et sans pain.

 

 

geleePour le sucre j'étais servi et me servais à la cuillère à soupe directement dans un sac de 100 kgs, mon père travaillait dans une sucrerie et il recevait pour l'année 100 kgs pour la consommation familiale, puis 25 autres en juin pour les confitures de groseilles et en automne 25 autres kgs pour les gelées de prunes, pommes ou poires. Par contre si j'ai ouvert des pots, c'était rare, sur un coup de folie seulement quand j'avais mis le nez dedans, alors que mes frères eux faisaient des stratagèmes pour ne pas être vus et surtout pris, moi je ramenais le pot vide. Eux se faisaient engu.... mais pas moi. Une autre chose que je faisais, c'était boire le lait concentré des biberons de mes neveux, comme ça au tube ou a même la boîte en faisant attention de ne pas me faire prendre. J'aime les desserts sans excès mais il ne faut pas quelque chose de très très bon car je ne sais pas m'arrêter.

Ex: les confitures si elles me conviennent et le chocolat au lait et aux noisettes. On n'en achète pas, comme ça je suis tranquille car j'attaque la suivante à peine la première finie.expresso

 

 

Maintenant que j'ai un peu de diabète, le médecin m'a prescrit de diminuer les doses, j'ai renchéri en arrêtant totalement le sucre et ce, sans problème. Maintenant je préfère le café sans sucre alors qu'il y à quelques temps encore je mettais 4 pierres dans un petit bol, 2 dans une tasse. Je change.

Pour la lettre objet de ce message, j'ai cru au début à du badinage, mais non, le gars à seulement flirté avec, tout y est de bon goût si j'ose m'exprimer ainsi.

 

 

BONBONS DE FRANCE

 

 

 

Pour voir ce fichier PPS en plein écran, cliquez sur les 4 petites flèches en bas à droite 

Publié dans Souvenirs, FRANCE

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Commenter cet article

CORRE ALAIN 22/09/2013 10:54


j ai pas le berlingo mais j ai les merringue, torsadées nature, ou aux noisettes ou rondes et plates


bon appetit

N.L. Taram 22/09/2013 11:41



Bonsoir Alain et merci de ta visite.


Je ne manquerai pas de m'arrêter chez toi pour déguster tes meringues (si je passe dans le coin).


Je viens de relire le tout, diaporama compris, pour mon épouse. Elle a bien rigolé de l'histoire des meringues...



Gérard JOYON 21/09/2013 16:47


J'ai tout lu avec gourmandise et surtout grand plaisir .


Mais ce jour samedi , je ne fais que passer  en ville,vers l'ordi


et remonte vite là où le vent souffle  fort sur le thym.


J'ai tant envie d'écouter BREL tranquille et relire tout ça , mais vite , je file .


Merci mon ami PIERROT,


ne prêtes  surtout  pas ta plume


car ce que tu écris est trop beau .


 


Nana,hoa.


Gérard JOYON

N.L. Taram 21/09/2013 19:10



Bonjour Gérard et merci pour ton commentaire.


Toi, l'ermite de Poulx, quand auras-tu internet dans ta garrigue ? Moi, je l'ai bien sur mon plateau Atohei....


Eh bien, sur cet article, j'ai prêté ma plume à Matthieu et j'espère que ce n'est pas la dernière fois. Ce genre de texte est un régal pour moi...



Maiarii 21/09/2013 10:19


Pierre vient de me lire ce texte et de me montrer les photos.


C'est promis, demain je lui achéte une boite de berlingots, si j'en trouve.


Pour les meringues, je laisse tomber... de toute façon, le résultat est décevant

N.L. Taram 21/09/2013 12:48



Maiarii,


"On ne peut pas être et avoir été" Nicolas de Chamford.