LE DROIT A L’AUTODÉTERMINATION

Publié le par N.L. Taram

La France et la Polynésie française au travers de quelques citations

 

Mitterand 05 04 75

 

 

(Photo extraite du livre « De l’atome à l’autonomie » Philippe Mazellier)

 

En 1974, en Polynésie française, François Mitterrand recueille 50, 3 % des voix le 5 mai et 51, 4 % le 19 mai. Venu remercier les Polynésiens en avril 1975, il déclare : “si je laisse parler mon cœur, je souhaite que nous restions ensemble, si je laisse parler ma conscience politique, il vous appartient d’en décider (1).

 

S’il s’agit de dresser un bilan en 1988, de l’action de François Mitterrand dans le Pacifique, on retiendra deux questions. A-t-il fait progresser la « décolonisation » des TOM ? A-t-il donné de la France, une image positive, pour les États et Territoires du Pacifique Sud ?

En ce qui concerne la Polynésie française, il semblerait que la question statutaire se soit résumée à la fin d’une dépendance de type colonial et que le statut de 1984 avait largement réalisé cet objectif. Dès lors, la question statutaire - voire de l’indépendance - n’a plus été une préoccupation du président de la République, qui mesurait le problème avec d’autres instruments que les hommes politiques polynésiens. Les élus locaux avaient reçu une plus grande liberté de manœuvre que leurs homologues des régions métropolitaines. Il leur fallait cependant apprendre à utiliser cette autonomie et le vœu, plusieurs fois exprimé, de voir la Polynésie se doter d’un impôt sur le revenu correspond à cette analyse.

 

Le second septennat apporte des changements notables avec le moratoire sur les essais nucléaires en 1992.

 

Sur le plan institutionnel, François Mitterrand ne s’engage pas en 1988 à aller beaucoup plus loin que ce qui existe. En 1990, il explique à Papeete qu’on ne peut pas changer de statut trop souvent. Pendant la campagne des législatives de 1993, il résume sa pensée sur le devenir de la Polynésie :

Depuis que je suis président de la République, on a déjà retouché deux ou trois fois le statut de ce Territoire en allant toujours vers plus de compétences et puis d’autonomie interne. à quel endroit est-ce que cela s’arrêtera ? Moi, je n’en sais rien. Ce qui est vrai, c’est qu’il faut apprendre à se gérer soi-même, on ne peut pas le faire tout d’un coup et les populations, j’en suis sûr, qui demandent de plus en plus, d’ailleurs, à Paris et au gouvernement ne sont pas prêtes à demander l’indépendance.

Je n’ai pas de raison, moi, de rechercher une indépendance que la population ne souhaite pas. Ou du moins, elle n’a pas démontré qu’elle le souhaitait au vu des résultats électoraux de ces dernières années (2).

 

Ainsi, à partir du moment où les élus locaux disposent des leviers essentiels (et pour François Mitterrand, celui de décider de l’impôt est certainement primordial) l’État n’est plus réellement responsable ni des inégalités qui subsisteraient, ni des choix de développement. Le cadre étatique étant de moins en moins contraignant, François Mitterrand peut considérer qu’en ce qui concerne la Polynésie française, l’essentiel de son programme a été exécuté.

Defferre Marseille 1964 

 

 

G. Defferre expliquait, lors des négociations pour le statut d’autonomie interne de 1984 que « la France n’a jamais été opposée, dès lors qu’une majorité de la population en aurait exprimé le désir, par une procédure démocratique, à ce qu’un territoire puisse accéder à une autre forme de relations avec la métropole » (3).

 

 

(Photo extraite de « Histoire de France et des français » André Castelot, Alain Decaux)

 

 

Chirac 1995 

 

 

Déclaration de Jacques Chirac à la Conférence du Caire, le 4 avril 2000 : “La France reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est clair. Si tel ou tel territoire ou département d’outre-mer, à l’issue d’un vote, décidait de quitter la France, naturellement, cela se ferait sans drame ni difficulté”. Le président ajoutait toutefois qu’il ne pensait pas qu’il y ait “de mise en cause sérieuse de l’appartenance à la France en provenance de département d’outre-mer ou même de territoire d’outre-mer”.

 

Jean-Marc REGNAULT

 

 

 

(1) À plusieurs reprises, F. Mitterrand tient le même langage.

Aux Antilles, où il réaffirme le droit des peuples antillais à disposer d'eux-mêmes, il ne cache pas que sur le plan personnel, il souhaitait que les Antilles restent à l'avenir au sein d'une communauté française, « mais il n'a pas fait de ce vœu un programme, et encore moins un chantage ». (Régis Debray, L'Unité, n° 131, 8-14 novembre 1974).

(2) Interview télévisée du 27 février 1993, reproduit dans Les Nouvelles de Tahiti, 3 mars 1993.

Il y a une grande continuité dans la pensée de F. Mitterrand. Il est persuadé que les populations d’outre-mer « choisiront le maintien dans la République française » (J. Attali, Verbatim I, p. 801).

(3) La Dépêche de Tahiti, du 11 janvier 1982.

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