Le gouverneur & l’administration

Publié le par N.L. Taram

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Paul Gauguin, journaliste, écrit en Janvier 1900 sur le journal « Les Guêpes » :

 

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 « Notre gouverneur sait que l'opposition que fait à son Administration la population de Tahiti et Moorea est justifiée. Il sait, aussi, que la population intelligente de la ville de Papeete, éprouve pour lui moins que des sympathies, ainsi qu'elle l'a manifesté aux élections du 19 novembre dernier. C'est ce qui le rend furieux. Aussi ne décolère-t-il pas depuis son arrivée ! (Gare à l'apoplexie M. Gallet). Mais comme notre peu sympathique gouverneur se sent impuissant à exercer sa colère sur la population, une grande partie s'en moque. Ainsi que sur certaines personnes qu'il voudrait tout particulièrement atteindre et qui en rient, il est bien obligé de chercher ailleurs. Gouverneur-Gallet.JPG

 C'est ce qu'il fait, du reste, en répandant la terreur parmi les fonctionnaires. Ces malheureuses victimes d'un espionnage permanent ne savent plus où donner de la tête. Ils ont beau faire du zèle et du dévouement dans leur service, cela ne suffit pas au grand chef. Ce que veut M. Gallet, c'est l'obéissance absolue à ses volontés, à ses caprices. Malheur à celui qui semble vouloir résister. Le fonctionnaire sous le règne de M. Gallet vit en paria, il ne doit fréquenter que ses amis à lui, rompre toutes relations, celles-ci fussent-elles anciennes et même amicales, avec ses adversaires. Etre enfin pour lui ou contre lui, sous peine de voir son avenir brisé ou tout ou moins sérieusement compromis. C'est en fait le règne de la terreur, gare aux suspects !

 Dure alternative devant laquelle le fonctionnaire ne peut que s'incliner, c'est ce dont nous ne le blâmons pas. De tels procédés envers les petits et les faibles ne sont pas convenables et dénotent de la part de celui qui les emploie un manque absolu de dignité. Mais de M. Gallet, ce despote féroce, rien ne nous étonne ; il se croit tout permis, parce qu'il a eu, grâce à des rapports inexacts, gain de cause contre nous auprès du Ministre. Qu'il prenne garde, la situation peut changer, et il n'y aurait rien de surprenant à ce qu'un jour, et ce jour n'est peut-être pas loin, il ne lui arrive la même mésaventure qu'à l'un de ses prédécesseurs, M. Papinaud.

Il se peut que M. le Ministre mieux renseigné l'invite par dépêche à prendre le premier Ovalau, pour se rendre en France, afin de conférer avec lui de choses importantes et intéressant la colonie, à moins cependant qu'il ne lui annonce sa mise à la retraite d'office.

 C'est ce que nous souhaitons de grand cœur. »

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Actes du colloque 20 et 21 juin 1989, Philippe Draperi écrit :

La Polynésie fera de Gauguin un grand peintre mais le confirmera aussi comme un écrivain. Pour la forme, il est intéressant de comparer sa peinture polynésienne et son écriture.

On constate, semble-t-il, comme une rupture entre une œuvre picturale essentiellement tournée vers l'autre où se dévoile une âme polynésienne toute en immobilité, lenteur, pavane chromatique, inquiétude muette, et une prose qui nous jette à la face son être à lui de provocateur, de révolté, de mystique raté, de volonté furieuse, d'angoisses abyssales. (Il disait d'ailleurs "j'ai voulu vouloir").

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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