LE SERVICE MILITAIRE (3)

Publié le par N.L. Taram

Nous voilà donc installé au camp d'Arue sous de grandes tentes, au pied de la colline dans le petit bois qui entoure le bassin de la  reine.

 

Lenglet7III - Le camp d'Arue à Tahiti

 

(Photo Émile Lenglet)

 

Le camp se trouve à 400 mètres à vol d'oiseau de la route. Le grand terrain entre le camp et la route est couvert d'eau et de roseaux, traversé par la rivière Pu'o'oro. Sur notre gauche, il y a des jardins maraichers et un chemin rejoint le camp depuis la route en longeant les jardins. Dans le bois de nombreuses vaches paissent paisiblement, nous en trouvons parfois dans les tentes... Le soir, il y a des vols de canards sauvages sur le marécage.

 

  

Légionnaire 65

 

 

 

Le clairon qui va sonner le réveil du matin, le long du chemin menant à la route.(Photo Alain Giot)

 

 

Ma lettre du (fin) juillet 1963 :

 

"Papeete, le ... juillet 1963

Chère maman,

Je continue toujours à noter ce que je vois et ce que je fais.

 

  

 

PC63-8Mon premier bureau

 

 

Tout d'abord, ce que je fais : Me voilà devenu comptable de chantier. J'ai un bureau sous une toile de tente face au chantier (à côté du camp), j'établis les permissions, je calcule les effectifs à nourrir, je fais la répartition du travail, je tiens à jour le tableau indiquant l'avancement du chantier dans chaque spécialité. En plus je tiens les comptes de tout les matériaux en stock (planches, ciment, sable...) et de tout l'outillage. Le soir je fais les commandes pour le lendemain (en accord avec le chef de chantier). Comme tu vois, un travail très varié, intéressant et en plein air (1).

 

PC63-2

 

Mon deuxième bureau plus confortable

 

Dimanche, je suis allé me promener sur la route qui fait le tour de l'île (120 km). Ici, pas besoin de faire du stop, il y a toujours une voiture, une camionnette ou une vespa qui s'arrête et le chauffeur nous demande s'il peut nous amener quelque part, les habitants sont très sympathiques et serviables.

 

 

 

Mataiea 1965

 

 

 

 

 

 

Il y a une végétation très varié, surtout des cocotiers. Chaque cocotier possède une cinquantaine de noix de coco, il y en a tellement qu'on en fait les bordures de chemin. Bien sur, beaucoup de fleurs de toutes les couleurs, de la grosseur d'une assiette. Elles sont sur les arbres ou en buisson. Les merles de Tahiti sont très nombreux et se laissent facilement approcher (le tahitien ne les chasse pas). Tout le long de la route, il y a des petites maisons en bois, sur pilotis et couvertes de feuilles de cocotiers ; autour, des cocotiers, des bananiers, des pamplemousses, .... de la volaille, 2 ou 3 cochons noirs ; en face, sur la plage, se trouvent 2 ou 3 barques à balancier de pêcheurs. C'est le domaine du tahitien.

 

TAUTIRA 1963 1-copie-1 Hitiaa 1965

 

 

 

 

 

 

Vendredi soir, toutes les paillotes, alignées au bord de mer à Papeete, étaient illuminées, couvertes de grandes feuilles et de fleurs ; à l'intérieur on dansait, buvait, jouait ; la rue était pleine de monde. La fête a duré 3 jours sans interruption. Les tahitiens travaillent une semaine ou quinze jours avant chaque fête et, ce jour-là, ils dépensent tout ce qu'ils ont gagnés.

 

Il y a 4 ou 5 maisons de 3 étages à Papeete, les autres sont des maisons en bois avec  une véranda (ça rappelle un peu les villes de cow-boy).

 

rue Jeanne d'Arc 1

 

Ici, la vie n'est pas plus chère qu'en France, excepté les voitures, scooters,... (ça a bien changé depuis !). Point de vue paye, je ne sais pas encore combien je toucherai ; ce matin, nous avons reçu une avance de 1.500 francs, soit 82,5 fr français. Pour le moment, je n'ai pas besoin d'argent, je pourrai encore tenir deux mois.

 

Dans quelques jours, il est prévu une croisière dans les atolls pour vérification du terrain, je ne pense pas en faire partie, je t'écrirai cela la semaine prochaine (2).

......

J'ai oublié de te dire que nous nous servons de la coquille de l'amande de la noix de coco comme bol pour le déjeuner. Nous n'écoutons qu'un seul poste, Radio-Papeete qui retransmet de temps en temps Paris-Inter.

 

Pointe-V-nus-63.jpgMa lettre du 8 août 1963 :

 

"Papeete, le 8 août 1963

Chère maman,

...............

Samedi et dimanche, je suis allé me baigner à une quinzaine de kilomètres de Papeete (pointe Vénus).Les plages sont très belles, le sable est noir, l'île étant un ancien volcan, mais il a les mêmes qualités que le jaune, c'est une  question d'habitude.

 

Les abris couverts de pandanus sont les restes du film "Les révoltés du Bounty", tourné en 1962.

 

Tous les soirs, nous allons en ville ; il fait très bon le soir ; nous buvons du pamplemousse ou de l'ananas pressé, excellent, puis nous allons danser.(3)

.....

J'ai ouvert un compte à la seule banque  du pays (Banque de l'Indochine).

.......

A part ça, je fais toujours le même travail et nous mangeons très bien, les cuisiniers sont des marins. Cela ne m'empêche pas d'aller manger une soupe ou des crevettes dans un restaurant chinois de temps en temps.

....................

 

Anniversaire Perry

De gauche à droite, Escudier, moi, un ancien du génie saharien,.... c'était l'anniversaire de la fille du patron du restaurant. Ce petit restaurant, à côté du cinéma Liberty, existe toujours.

 

 

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Bon, à cette vitesse là, je suis parti pour de nombreux épisodes, les œuvres complètes de Balzac seront dépassées...

 

(1) Mauvais souvenir de mes 9 mois passés derrière un guichet de la BNCI, devenu BNP, à Montpellier.

 

(2) En fait, c'est le premier départ de matériel lourd de chantier avec une section génie/légion ; nous sommes complètement ignorants du lieu et pour quel but. Ils voyageront avec le Méherio, bâtiment de débarquement du service de l'équipement de Tahiti, direction Moruroa. Pourquoi faire ???

 

(3)Je ne dis pas à ma mère que malgré nos soirées qui finissent tard, il m'arrive d'être réveillé à 5 heures du matin par le service de garde car les premiers camions de l'entreprise de Tutaa Salmon arrivent chargés de tout-venant pour combler le marécage, le pointage de ses livraisons fait partie de ma fonction...

 

à suivre....

 

Publié dans Souvenirs

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clabaux 17/10/2012 23:43


Je ma doutais de quelque chose de ce genre. Quelle chance mais cela ne m'étonne pas des parents .. de cette époque ! Comment imaginer conserver les courriels actuels ou les
conversations  par Internet ...


Quand aux petits problèmes topographiques ou orthographiques bien peu nombreux, tu auras le temps d'y revenir le jour où tu prépareras une édition paier.


 

N.L. Taram 18/10/2012 00:31



Je te remercie pour ton indulgence, je constate que je perds beaucoup au niveau de l'orthographe, peut-être l'âge...


Je suis en train de commencer le nouvel épisode qui titre "Travail et... bringue", tout un programme !



clabaux 17/10/2012 19:55


Bonjour Pierre,


Je n'avais pas lu l'épisode précédent ... Retard comblé.


Heureusement que tu as une âme d'archiviste et que tu as su conserver et préserver tous ces documents et toutes ces photos.


Un retour dans un passé, finalement récent, très agréable pour qui n'a pas connu cette époque.


Je reviendrai à ma lecture tout à l'heure ...


 

N.L. Taram 17/10/2012 22:12



Bonjour Jacques,


Après le décès de ma mère en 1986 et lors de mon passage à Montpellier, l'année suivante, j'avais récupéré un carton dans lequel elle avait soigneusement rangé toutes mes lettres depuis la
première, ainsi que les photos que je lui adressais. Mon travail actuel est finalement très simple, je reprends de larges extraits de ces lettres. Les annotations  en bleu sont actuelles,
c'est pour rappeler que cette histoire se passait il y a près de 50 ans... et que les choses ont bien changé ici comme ailleurs.


Pour ce dernier épisode, j'ai publié très tard hier soir sans avoir relu une fois de plus pour corriger les fautes de frappe... et d'orthographe. Je m'y colle...



Vasseur Jacky 17/10/2012 16:21


Re


Ta caricature est superbe. Ne me dis pas qu'en plus elle est de toi !

N.L. Taram 17/10/2012 22:04



Bonjour Jacky,


Non, ce dessin est de Jean-Michel Deligny, graphiste (mais aussi ancien guitariste de Johnny), qui travaillait avec moi à l'imprimerie Multipress... en 1973 !