LE SERVICE MILITAIRE (6)

Publié le par N.L. Taram

Lenglet8

 

L'ambiance du début devient routine, le chantier avance rapidement mais ce n'est pas mon principal souci. La saison des pluies commence, venant de la région sud-Méditerranée, je ne suis pas habitué à ces journées de pluies incessantes qui limitent mes balades en scooter.

 

 (Photo Émile Lenglet)

 

 

 

 

 

 

 

VI - Il pleuvait sans cesse sur... Tahiti

 

"Papeete, le 14 octobre 1963

 

Chère maman,

.... Par la faute des conserves américaines... à ce propos, le manque de vitamines se fait sentir chez nous. J'ai les gencives qui saignent, le toubib m'a donné des vitamines et j'irai dorénavant manger des légumes tous les soirs dans mon petit restaurant à Papeete (à côté du cinéma Rex)..."

 

 

Cantine 5 RMP

 

"Papeete, le 28 octobre 1963

 

Chère maman,

..... Depuis vendredi, il pleut continuellement.... Je commence à en avoir assez des conserves et du vin infect qu'ils nous servent au camp. L'armée arrive à nous dégouter de tout, même du Paradis... Je n'ai encore  écris à personne d'autre, je ferai cette corvée si je me trouve un jour sur une île déserte... (J'y tiens à mon île déserte !!). Encore 193 jours d'armée."

 

 

Patrouille 5 RMP

"Papeete, le 4 novembre 1963

 

Chère maman,

... Je voulais t'écrire hier soir, mais j'étais de patrouille de sécurité (la 1ère fois depuis que je suis ici). Patrouille calme avec un gendarme et un policier indigène ; il y a eu seulement une bagarre entre marins japonais et tahitiens ; Nous nous sommes contentés de ramener les marins au bateau et les blessés à l'hôpital.  Ne te fais pas de souci, c'est rien de grave, juste des petits incidents qui arrivent quotidiennement  à Papeete... Question peinture, j'avais trouvé des sujets de personnages très intéressants, mais l'individu dont je parlais plus haut, a pris mes modèles pour des gribouillages et les a jetés... J'ai trouvé ici quelques bons livres de psychanalyse et j'ai repris cette étude qui m'avait déjà passionnée avant mon départ (tiens donc ? je découvre des choses oubliées)."

 

"Papeete, le 19 novembre 1963

 

Chère maman,

..... Tout d'abord une nouvelle : je m'embarque le 12 décembre pour l'île de "MURUORA" avec ma section. Mururoa se trouve à 1.500 km à l'est de Tahiti, au nord de l'archipel des Gambier. C'est un atoll inhabité, couvert de cocotiers, il y a déjà une centaine de militaires installés qui ont construit des baraques.

D'après certains bruits, nous partirions pour "HAO" : un atoll plus grand et habité par des pêcheurs à 500 km au nord de Mururoa dans l'archipel des Tuamotu...

 

 

Arue64Ici, toujours pareil : il pleut tous les jours, on est dans la boue jusqu'au chevilles. C'est une question d'habitude, maintenant pieds nus ou en "nu-pieds"  toute la journée et le soir je me lave les pieds.

Chaque fois que j'ai l'occasion, je m'éloigne de la ville car il commence à y avoir un peu trop de militaire. Je suis content de partir car je pourrai faire des économies et me reposer. Je pourrai enfin connaître vraiment le Pacifique car Tahiti, c'est un morceau de la France : la civilisation et, surtout, la religion (toc !) y ont fait beaucoup de mal... Je te signale que tous les renseignements que je te donne, sont sensés être secret aussi je te demanderai de ne pas en parler dans tes lettres..."

 

"Papeete, le 26 novembre 1963

 

Chère maman,

..... Ici, rien de nouveau, la pluie a cessée et il fait chaud : 35° à l'ombre... Notre départ est prévu le 12 décembre pour Mururoa. Cette île est constituée par des récifs de corail. Son point le plus haut est environ 15 mètres, elle fait 130 mètres de large et 70 km de long, elle forme un cercle coupé par une passe. On peut se baigner à l'intérieur du lagon. Elle est couverte de cocotiers. On attrape des langoustes à la main. Un copain qui a passé trois mois là-bas et qui vient de rentrer il y a quelques jours, souhaite repartir. On y mange très bien et le climat est favorable.

Il y a déjà deux camps de techniciens et ingénieurs civils et un camp militaire. Une fois sur l'île, je ne pourrai pas te donner des renseignements car le courrier sera surveillé..."

 

 

Moruroa lettre 1963

 

"Papeete, le 16 décembre 1963

 

Chère maman,

Je t'écris un petit mot car demain matin je m'embarque (théoriquement) pour l'atoll... Depuis quelques jours nous préparons Noël (musique, crèche, cadeaux, chœurs, pièces...). Je suis chargé de la musique et de monter un sketch. Pour la musique, ça va, j'ai l'électrophone, les disques et un petit magnétophone qui m'a permis d'enregistrer de la musique tahitienne. Pour le sketch, je me suis inspiré de "Spirou" (le journal que je lisais avant de partir)... la journée, il fait beau et chaud et, sur le soir, il fait quelques averses. J'ai déjà pris quelques douches, heureusement on est aussi vite sec. D'ailleurs dés qu'il pleut, je me mets en maillot de bain et je mets mes affaires dans un sac nylon, même en vespa, méthode tahitienne..."

 

Moruroa 63

(Si vous êtes l'auteur de cette photo, veuillez me contacter)

 

Je viens de m'apercevoir que je ne dis pas un mot à ma mère sur mon défilé du 11 novembre 1963, avenue Bruat (baptisée depuis quelques années avenue Pouvana a Oopa). Les trois ou quatre sections de légionnaire défilent en tête de notre compagnie, précédés par le drapeau du régiment, les sapeurs-légions barbus avec leur hache et leur tablier de cuir, ensuite la musique de la légion, la section du génie vient en fin. C'est un fait que les légionnaires défilent dans un meilleur ordre que nous ; de plus c'est au pas "légion" qui est plus lent que le pas habituel. Par contre le commandant de la compagnie qui défile, commet une petite erreur quand nous arrivons au bas de l'avenue, au lieu de nous faire tourner en demi-cercle ("deux fois à droite... droite !"), il nous fait faire un "compagnie... halte !", ensuite un "demi-tour... droite !", enfin un "en avant... marche !" (je viens de retrouver ces termes de commandement grâce à Wikipedia).  Résultat : c'est nous qui sommes devant avec d'abord les plus petits et les grands après, les légionnaires et la musique derrière et en queue le drapeau et le capitaine. La remontée de l'avenue sera assez folklorique...

 

11 11 63

 

 

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Voilà une page qui est tournée, cinq mois passés à Tahiti. La suite sera différente... car je ne compte plus les jours pour rentrer en France. Je ne saurais dire si j'envisage déjà de rester en Polynésie, c'est la période mai/juin 1964 qui sera décisive...

 

La suite de ma "saga" se passe à Moruroa pendant trois mois. Le texte est déjà écrit depuis longtemps et figure dans les "Pages Histoire", colonne de droite du blog, sous le titre "La ballade du soldat". Je me contenterai donc de publier les liens et quelques photos inédites envoyés par des copains que j'ai retrouvés récemment.

 

 

 

à suivre....

Publié dans Souvenirs

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SAINT ETIENNE Claude 24/10/2012 12:29


J'ai également ces débats, a l'époque déjà commencaient des transferts de responsabilités, de bicéphales elles sont bien vite devenues tricéphales. Les Nielsen (le nom m'est revenu) ont construit
leur livre en étnologues avertis, des centaines de rapports et ils transmettent bien les tenant et aboutissant, surtout le manque de pouvoir de l'autorité térritoriale qui n'en prenait que
lorsque le dirigeant changeait et devenait soumis au gouverneur, dans le cas contraire c'était nul et non avenu.


Je sais que tu n'as pas lu le livre, tu devrais, je pense que l'histoire des autres a été un peu édulcorée au fil du temps par les "se faire valoir" qui ont interprêter à leur faveur les
décisions prises tout en omettant d'autres qui les contredisaient.


 

SAINT ETIENNE Claude 24/10/2012 11:35


Et en même temps l'arrivée des produits chinois avec le fameux chapeau chinois de la légion... Je plaisante bien entendu.


Cette arrivée des militaires on en parlait sans plus, ce jour là le sénateur tea riki (mauvais orthographe) qui refusait leur venue avait été écarté par le gouverneur de l'époque, envoyé en
mission en France justement sur le sujet de leur venue, ainsi a son retour il a été mit devant l'évidence accomplie(livre des suédois). 

N.L. Taram 24/10/2012 11:43



Nos deux suédois ont, encore une fois, un peu improvisé, surement leur traducteur qui en rajoute. Dés que j'ai un moment, je t'enverrai le détail du débat à l'assemblée sur la venue de la légion,
ainsi que l'article sur leur arrivée le 19 juillet 1963.



Pierre Carabasse 24/10/2012 10:24


Le bataillon du 5ème REI qui débarque à Papeete le 19 juillet 1963 (extrait du livre "De l'atome à l'autonomie" de Philippe Mazellier)



SAINT ETIENNE Claude 24/10/2012 09:39


Bonjour Taram, Original comme défilé. Je suppose que ce commandant de cie, surtout si c'est un légionnaire, a du se retrouver au pain sec pendant quelques temps 

N.L. Taram 24/10/2012 10:16



Bonjour Claude,


Je ne me souviens plus, il me semble que c'était un officier du Bimat qui dirigeait l'ensemble du défilé