LES CATHARES (1)

Publié le par N.L. Taram

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LA CHUTE DE MONTSEGUR

(Extrait du livre « Montségur, Roche tragique » de Louis Gaussen – Foix 1905

 

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Le siège de Montségur durait depuis trois ans. Tous les efforts de Rome et de la France n’avaient pu enlever de ses rochers ce nid d’aigles pyrénéens. Cent chevaliers avaient tenu tête à dix mille agresseurs. Apres dix mois d'escalade, la terrible Gatta (1) abordait enfin le donjon : elle étreignait la forteresse ; elle lançait ses crampons, et tachait d'accrocher ses ponts aériens. Hélas ! tout avait trahi les défenseurs patriotes : l'empereur d'Allemagne, le roi d'Aragon, le comte de Toulouse, le comte de  Foix, l'hiver même; hommes et éléments tout, les délaissait. La montagne seule était fidèle : l'abîme  qui l'entoure gardait seul son mystère ; mais des traîtres dont ont a secrètement acheté le cœur, vont livrer la fidélité de 1a Roche et l'incorruptibilité du gouffre.

 

trebuchetPar une nuit obscure; alors que les bruits s'éteignaient dans les murmures de la forêt, et que les chevaliers, après les combats du jour, s'abandonnaient au sommeil, tout à coup le cri d'alarmes, un cri subit, strident, éperdu, précipité, lugubre comme une menace de mort, retentit dans les ténèbres. Les chefs catholiques, conduits par des montagnards infidèles, avaient découvert enfin un de ces rares sentiers, perdus, verticaux, vertigineux, effroyablement suspendus sur l'abîme, tracés par ces hardis aventuriers qui pénétraient la nuit dans Montségur. Ils avaient escaladé 1a montagne du côté sud, égorgé les gardes de la tour de l'Ilers et surpris les Albigeois (2) endormis dans leurs cabanes et dans leurs grottes. Evêques, diacres, femmes, vieillards, enfants se lèvent en désordre dans l'obscurité et se réfugient en hurlant vers les murailles de la forteresse ou les enveloppe à l'instant même le sénéchal. Le chef français, en effet, pendant cette attaque au sud, en faisait tenter une autre au nord, et des Basques, partis de la machine de l'évêque d'Albi à l'ouest, contournant le roc septentrional et rampant comme des écureuils, sous les racines mêmes du donjon, abordèrent au levant l'étroite estrade  qui déborde sur l'Abes (3). De ce balcon de roc, les Basques et les Français, avides de sang el de butin, tâchaient d'enfoncer la poterne orientale qui venait de recevoir les fugitifs et d'escalader les murailles sous les flèches el les pierres qui pleuvaient des créneaux. Pierre-Roger de Mirepoix, pris entre les échelles du sénéchal el la machine de l'évêque qui lançait ses projectiles sur ce tumulte nocturne, fit cesser le combat désormais inutile. I1 n'avait de choix que la reddition ou le massacre.

- Retirez les échelles, cria-t-il aux Français, et du haut de la plateforme, il entra en pourparlers avec le sénéchal.

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Les deux chefs traitèrent de la reddition de la forteresse : les conditions furent, que les hommes d'armes seraient remis au sénéchal, lieutenant du roi de France, et que les évêques, les diacres et tous les parfaits seraient livrés à l'archevêque de Narbonne, délégué de l’apostole (4) de Rome. C'était pour les laïques la prison perpétuelle, et pour les ministres du culte, le bûcher. Pierre-Roger était un de ces hommes audacieux et rusés qui se tirent avec avantage des situations désespérées où d'autres ne sauraient que mourir magnanimement. Il exigea qu'on lui laissât l'or et l'argent, les armes, les meubles et tous les biens accumulés dans Montségur, d'où il sortirait accompagné de son ingénieur et de son chirurgien. Le sénéchal lui fit cette concession, qu'il obtint du consentement des évêques et des chevaliers patriotes, heureux, dans leur infortune, de conserver à la cause nationale ses richesses et son invincible chef. Quant à eux, ils étaient prêts pour la mort et les fers. Il eut été possible à quelques-uns de s'évader, à tous d'échapper au supplice par un volontaire trépas. Ils n'avaient qu'à s'élancer des créneaux dans 1'Abès, fosse immense qui eut été le tombeau de cinq cents cadavres. Mais les défenseurs de Montségur s'y refusèrent unanimement : ils voulurent laisser un grand crime de plus à leurs bourreaux et un noble exemple de plus au monde. Cela convenu, Pierre-Roger répondit au sénéchal que le château lui serait livré au lever du soleil.

 

Ramon de Perelha n'apparaît jamais dans cette négociation : soit que Pierre-Roger se soit emparé du commandement, et que, dans ce moment suprême, la communauté albigeoise l'ait conféré a ce jeune chef résolu, audacieux et dominateur ; soit que le noble vieillard l'ait résigné volontairement et qu'accablé par l'âge el la destinée, il n'ait pu que s'asseoir en silence sur la plateforme de son château, comme un naufragé, muet et morne, sur le pont de son vaisseau qui s’enfonce dans l'abîme. Et, Montségur, en effet, sur ce sommet qui n'était plus qu'un écueil, n'était plus lui-même qu'un navire de granit eu perdition dans un océan de neiges el de nuées. Quoi qu'il en soit, Pierre-Roger de Mirepoix apparaît seul dans la reddition de la forteresse cathare. D'après les conventions avec le sénéchal, les soldats français et gascons s'écartèrent pour laisser aux assiégés la liberté de faire leurs apprêts pour l'esclavage et pour la mort.

 

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…… à suivre

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Notes :

Les évêques, diacres, parfaits en bleu sont des membres de la religion cathare.

(1) Gatta, de l’occitan gata, machine de guerre ; cité par ailleurs comme « machine de l’évêque (d’Albi) »

(2) Albigeois, en principe habitant d’Albi mais dans ce cas autre nom des cathares.

(3) Abés, rivière contournant la montagne de Montségur.

(4) apostole, du grec apostolos qui désigne couramment une mission,  son accomplissement ou les lettres la décrivant.

 

 

La suite >>> 

http://www.tehoanotenunaa.com/article-les-cathares-2-76363879.html

 

 

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SAINT ETIENNE Claude 11/06/2011 08:37



J'attends la suite de ce pogrom, le début est conforme à mes lectures, toutefois, dans les miennens les écureuils ne rempaient pas...


Pardon pour la mémoire de ces pauvres gens.



N.L. Taram 11/06/2011 09:00



Bonjour Claude,


la suite est déjà publiée. Pour les écureuils, chez les occitans c'est peut-être pas les même que chez les normands (colonisateurs ). Le texte a été écrit en 1905, mon livre est très ancien et compte tenu de la mauvaise qualité de l'impression, j'ai presque
tout retapé...