MANITAS DE PLATA (1)

Publié le par N.L. Taram

Je retrouve enfin cette vieille cassette Barclay que j'avais achetée en 1967. Que du bonheur, que de souvenirs... depuis que j'ai quitté ma terre natale... et mon quartier Figuerolles à Montpellier. Merci Manitas !

 

Manitas de Plata 2

 

Les titres ont un peu changé, je publie les morceaux dans l'ordre de la cassette originale 

 

Sol Gitano - Sol de mi tierra - 03:53

Mi Tierra - España mia - 03:11

Mi Sentimiento - Sentimiento - 03:21

Prodigio - Asi se toca - 02:06

Ecos de Andalucia - Tierra Andaluza - 01:51

Zingaros - Théme gitan (vocal : José Reyes) - 11:51

Temple y Alma - Al son de mi guitarra - 04:12

 

 
 

Extrait de « MANITAS DE PLATA, musique aux doigts », récit recueilli par Jean Boissieu, photographies de Lucien Clergue – Editions Robert Laffont

Biographie picaresque, lecture recommandée…

 

……..

Pour la première fois, j'avais gratté une guitare ; les jours qui suivirent, mon père parut soucieux ; ce qui n'était pas dans ses habitudes. Nous vivions dans une roulotte achetée au cirque Bouglione. Elle en portait encore le nom, en grosses lettres rouges sur fond vert ; c'était la source de beaucoup de plaisanteries. Mais, pour se déplacer, mon père avait une petite charrette qu'il attelait d'un âne. Un matin, sans rien dire, il monte sur sa charrette et part pour la ville.

 

Dans la soirée, ma mère prépare, sur le feu de camp, un ragoût bien épicé qui se mange avec des pâtes. Moi, désœuvré, je tourne autour. « Chocolat » n'est pas encore revenu. Soudain, le voici ; il apparaît dans la lumière du feu, portant sous le bras quelque chose d'assez gros qui a bien l'air d'être un étui à guitare.

— Homme, dit Antoinette, d'où viens-tu ?

Il ne répond pas, mais pose l'étui devant lui.

— Qu'est-ce que c'est que ça ? demande ma mère. On dirait une guitare.

— C'est une guitare...

— Pour quoi faire, une guitare de plus ?

— Blond est doué, ce petit. Mais il a besoin d'une guitare à sa taille.

Ma mère pense qu'il s'agit d'un jouet d'enfant, sans doute trouvé chez quelque brocanteur ; sans plus s'en occuper elle retourne à sa marmite. Mais, sous mon regard attentif, mon père a ouvert le couvercle de l'étui. C'est bien une petite guitare, mais quelle guitare ! une merveille ! Noire, au manche d'ébène, elle est tout incrustée de nacre. Cet instrument italien vaut au moins deux cents francs (francs Poincaré, bien sûr !). Mes cris de joie attirent l'attention de ma mère. Elle a vite compris :

— Mais, dit-elle, ça vaut une fortune, ça ! Combien l'as-tu payée...

— Euh ! pas cher pour ce qu'elle vaut ! Même pas deux cents francs. J'ai donné deux cents francs et celui qui me l'a vendue m'a rendu quarante sous. Tiens, les voilà !

— Et ces deux cents francs, où les as-tu trouvés ?

— Eh ! c'était juste le prix que j'ai vendu l'âne ! !

 

Ma mère explose.

Chez les Gitans, il est rare qu'une femme ose élever la voix devant son mari. Quoi qu'il ait pu dire ou faire, elle le respecte : c'est le maître. Mais là, vraiment... elle ne comprend plus, Antoinette ! Elle se met à hurler comme une pleureuse d'enterrement. Les portes des roulottes s'ouvrent, les gamins s'attroupent, les hommes, sans faire semblant de rien, se rapprochent pour ne pas perdre une miette du spectacle.

- Es botch ! crie ma mère. Es botch ! (il est fou).

Puis elle explique :

- Il a vendu l'âne pour acheter une guitare au Blond !

Soudain, aussi vite qu'elle s'est élevée, sa colère s'apaise :

- Après tout, dit-elle, c'est ton affaire. Et comme ça n'est pas une guitare qui va tirer le charreton, maintenant, tu le tireras tout seul ! ça t'apprendra à faire l'âne...

Cette guitare, avec ses incrustations de nacre brillante, ses touches et ses touchettes précieusement découpées, je la revois comme si elle était encore entre mes bras. Tout en jouant, parce qu'elle fut payée le prix d'un âne, mes doigts improvisent un galop effréné. Qu'est-elle devenue ? Je n'en sais rien. Belle comme elle était, il est impossible qu'elle ait été détruite. Si quelqu'un la retrouve et me la rapporte, je la reconnaîtrais tout de suite. Si je pouvais la racheter, ce serait la première guitare d'un de mes petits-fils.

……..

 

 Manitas de Plata 1

 Voir et écouter aussi >>>>> MANITAS DE PLATA (2)

Deezer n'étant accessible qu'aux abonnés, voici un extrait sur You Tube

(code recherche : MUSREG)

Publié dans Musique

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SAINT ETIENNE Claude 27/04/2011 09:12



Bonjour Taram,


C'est agréable d'écrire sous l'emprise de la musique, de plus celle d'un maître reconnu. Comme tous ces gens du nord je suis plus touché par l'histoire de l'âne que je trouve belle, que par ce
genre de solo musical. Certes j'aime, mais à petites doses quand même.



N.L. Taram 27/04/2011 09:26



Bonjour Claude,


Tu as raison "écrire sous l'emprise de la musique... si je ne me retenais pas, j'écrirais tout les jours sur ce sujet. Quand je travaillais au journal Les Nouvelles, je tenais une rubrique
hebdomadaire sur le jazz, ainsi que des emissions radio sur l'ORTF/Tahiti et des animations à la discothèque de la maison de la culture de Papeete (OTAC).


Cette musique n'était pas celle de ma famille, mais je l'ai tellement entendu dans mon quartier. Quant au livre, c'est un vrai roman raconté par Ricardo Baillardo (Manitas)... plutôt un conte de
fées. Je l'ai trouvé en 1990 sur un marché de Cahors.