PAUL GAUGUIN (13)

Publié le par N.L. Taram

http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/2010/08/lhomme-qui-fabriquait-des-dieux-paul-gauguin-et-le-primitivismesuite.html

 

PGO n°15Après la rédaction entreprise au printemps 1893, d'un cahier de cinquante-quatre pages destiné à sa fille Aline, Gauguin, abandonnant son projet d'aller aux îles Marquises, décide de rentrer en France. La déception l'emporte finalement sur le rêve de l'Eden. Invoquant dans Noa Noa d'impérieux devoirs de famille - en réalité, son aventure avec Teha'amana se terminait dans la désillusion - la France et les siens lui manquaient, et ses ressources étaient au plus bas .Au bilan de ces deux années sous les tropiques, « 66 toiles plus ou moins bonnes », quelques sculptures ultra sauvages. « C'est assez pour un seul homme », écrit-il à Daniel de Monfreid vers la fin mars 1893. Il faut écouter les derniers  mots de NOA NOA : Abandonnée 1

 « Il me fallut revenir en France. Des devoirs impérieux de famille me rappelaient. Adieu, terre hospitalière, terre délicieuse, patrie de liberté et de beauté ! je pars avec deux ans de plus, rajeuni de vingt ans, plus barbare aussi qu'à l'arrivée et pourtant plus instruit. Oui, les sauvages ont enseigné bien des choses au vieux civilisé, bien des choses, ces ignorants, de la science de vivre et de l'art d'être heureux. Quand je quittai le quai, au moment de prendre la mer, je regardai pour la dernière fois Teura. Elle avait pleuré durant plusieurs nuits. Lasse maintenant et triste toujours, mais calme, elle s'était assise sur la pierre, les jambes pendantes effleurant de ses deux pieds larges et solides l'eau salée. La fleur qu'elle portait auparavant à son oreille était tombée sur ses genoux, fanée .De distance en distance, d'autres comme elle regardaient, fatiguées, muettes, sans pensées, la lourde fumée du navire qui nous emportait tous, amants d'un jour. Et de la passerelle du navire avec la lorgnette, longtemps encore il nous sembla lire sur leurs lèvres, ce vieux discours maori»

Gauguin 1893

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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Erick Monod 31/10/2010 10:43



Tu vas encore me dire que je suis un vieux grognon mais les émotions aussi poétiques , élégantes ou nostalgiques quelles qu'elles soient , n'arrivent pas à me faire oublier une réalité : celle
d'un homme , talentueux certes , mais si détestable par bien des aspects :


egoisme transcendental dans l'abandon de sa famille qui tirait le diable par la queue au Danemark pendant qu'il se faisait masser sous les Tropiques par des gamines à peine pubères ,


pratiques pédophiles qui aujourd'hui l'embastilleraient pour 20 ans,


ivrognerie permanente avec proselytisme ehontée puisqu'il distribuait son absinthe aux " indigènes " qui lui rendaient service


contamination sans retenue ni protection de ses chancres et autre purulence aux malheureuses qu'il séduisait sans vergogne ,


non , Pierre , tu sais à quel point je suis sensible aux hommes de qualités , quel que soit le domaine ou ils excellent , mais Gauguin n'est pour moi qu'un triste sire , un connard dirai-je même
plus....et la beauté de son écriture ou des sentiments affichés ne me fait pas oublier le reste.



N.L. Taram 31/10/2010 19:19



Salut vieux grognon,


tout ces ragots ne m'empêchent pas d'aimer les oeuvres d'individus comme Louis-Ferdinand Celine, Paul Verlaine ou Jimmy Hendrix....



SAINT ETIENNE Claude 30/10/2010 08:16



Les fêtes accordées lors des retours ou nouvelles visites, prouvent à elles seules combien l'amour de ces indigènes était sincère auprès de cette
"nouvelle civilisation" jusque la ignorée. Ils apprenaient, ces gens tombant dans un paradis ou ils étaient chaleureusement accueillis devaient être bons eux aussi(à de rares exceptions). Le
déchirement devait être réciproque d'une part et d'autres, l'un restant et voyant partir l'ami, l'autre habitué au cours de ses pérégrinations, et de par son métier de marin, à se faire des
amis et savoir s'en éloigné tout en prenant de sur lui même. Souvent il m'est arrivé d'avoir le cœur serré et même de pleurer lorsque après un séjour assez long je m'était fait des relations et
amis que j'abandonnais. La contradiction est quelque fois apportée entre le cœur et le travail, souvent s'est le travail, mais quelquefois le qui cœur l'emporte. On pleure le soir venu, pas
seulement une femme, des amis, un mode de vie dans lequel on se sent bien, un endroit, souvent le tout à la fois, et on se jette sur le boulot jusqu'à la prochaine escale qui ne
peut être mieux que celle que l'on vient de quitter. 



N.L. Taram 30/10/2010 08:57



Bonjour Claude et merci de ton témoignage.


C'est quelque chose que je ressens comme si j'étais natif de Polynésie, il m'arrive même d'en vouloir (inconsciemment) à mes amis qui sont rentrés en France... Je crois que c'est moi qui souffre
d'un complexe !



Christian Penilla y Perella 29/10/2010 20:34



Taram


 


Le " génie " pousse t il l'homme aux extrèmes ? Pour le meilleur et le pire .


Autant je déteste le Gauguin du pire , dans le pire il a été trés loin que je l'aime dans le meilleur .


Hyper sensibilité ? Assurément , les textes le prouvent .


Un homme " nu " face à la réalité de la vie ? Face à une vie sans artifices ,  je le pense .


Un homme qui avait rejeté les oripeaux de la civilisation ? J'en suis persuadé .


Je n'ai pas choisi le mot " oripeaox "innocemment "



N.L. Taram 29/10/2010 10:50



Voilà comment, j'ai transcris le dernier texte manuscrit à la fin de l'article :


Vous, légères brises du Sud et de l’Est, qui vous joignez pour vous jouer et vous caressez au dessus de ma tête ! Hâtez-vous de courir
ensemble à l’autre île ; vous y verrez celui qui m’a abandonnée, assis à l’ombre de son arbre favori. Dites-lui que vous m’avez vue en pleurs.


 



SAINT ETIENNE Claude 29/10/2010 10:13



Toujours une écriture de style...



N.L. Taram 29/10/2010 10:27



Bonjour Claude,


J'ai été longtemps intrigué par l'impression du peu d'attachement des tahitiens vis à vis des visiteurs qui séjournent en Polynésie. Mais ce n'est qu'une impression... J'étais aussi intrigué par
une certaine mélancolie. Je pense avoir trouvé : depuis les premiers visiteurs, ils sont abandonnés par tous ces gens qu'ils ont aimés sincérement. Est-ce un complexe d'abandon ?


J'ai étudié ce complexe et je n'ai trouvé que des textes concernant des individus ou des couples, jamais des populations.


Dans ce texte de Gauguin, je crois qu'il ressent la même chose que moi...