PAUL GAUGUIN (15)

Publié le par N.L. Taram

Les Guêpes, n° 15, 12 avril 1900.

LA SAUTERELLE

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Maurice Olivaint

 

Dans la case a treillis qu'ombrage un palmier frêle,

Sous un toit maori facile à l'étranger,

Aux piliers de bambous si tu vois voltiger,

Souple en sa gaine d'or, la vive sauterelle,

Oh ! ne pose jamais ta main lourde sur elle !

Laisse-la se complaire en son essor léger ;

Ami, la sauterelle est douée à protéger ;

Peut-être une âme anime et dirige son aile.

Bien souvent, le sais-tu ? l'âme des enfants morts.

Choisissant pour asile un de ces petits corps

Erre aux lieux où le deuil courbe une mère en larmes ;

Ton hôtesse a perdu son enfant l'an passé :

Si tu faisais jaillir de l'insecte blessé.

Le cri de l'être cher. Oh ! pense à ses alarmes !

 

 

Ce sonnet est de Maurice Olivaint (1) dont nous connaissons pour l'avoir amoureusement lu son premier recueil de poésies intitulé Fleurs de Mékong.

Je voudrais dire que Maurice Olivaint s'annonce comme un poète de belle race, toujours simple, et devenu Maître ; mais alors plus longuement qu'en cette circonstance : — D'ailleurs il suffit de le lire.

Mais ce qu'il est utile de dire c'est que M. Olivaint, pour être un artiste n'en a pas moins été à Tahiti un juge instruit dans la loi et consciencieux.

Il serait à désirer que la classe supérieure qui nous dirige en vienne à occuper ses loisirs — (et elle en a beaucoup) à étudier, observer nos colonies soit au point de vue législatif soit au point de vue de poésie ; et écrire des choses, sinon d'Art, intéressantes au point de vue progrès. Cela légitimerait le respect absolu qu'elle exige de nous, beaucoup plus que des mesures arbitraires en sa fantaisie et vaudrait mieux que cette idiote et vilaine littérature de « Arrête et arrêtons ». Les seuls devoirs du fonctionnaire, sont un bien mince bagage pour obtenir l'estime des hommes et finalement gagner le ciel.

Les poètes parlent de Dieu à leur façon : nos gouvernants en parlent aussi ou plutôt n'en parlent pas ; dans leur petite cervelle les idées divines deviennent des idées terrestres servant de marchepied à leur convoitise.

P. GAUGUIN.

 

Gouv Gallet

(1) Maurice Olivaint, 1860-1929, le neveu du Jésuite martyr de la Commune, avait choisi la magistrature comme carrière et, poussé par l'amour de l'exotisme, y rechercha les postes coloniaux : Saïgon, Nouméa, Alger et Tahiti où il sera en poste de 1894 à 1897, comme président du Tribunal. Gauguin le fréquentait beaucoup. Comme poète, disciple des parnassiens, il a publié Fleurs de Corail, à la gloire de l'Océanie. Son recueil Fleurs de Mékong, est lui, d'inspiration asiatique. Olivaint a aussi publié un Voyage à Tahiti dans le Bulletin de la Société d'Alger et de l’Afrique du Nord, vol. 25, 1920.

 

Publié dans Littérature, Paul Gauguin

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